LIVRE S^I^IIÈkE^ ' l6î
Leâ événemens firent craindre en effet, peu de temps après, de voir justifier l'inquiète prévoyance de Fénelon, et on fut obligé de régler dWance, dans le traité d'Utrecht, l'ordre de succession aux trônes de France et d'Espagne.
Il fait observer que Louis XIV, et M. le Dauphin qui étoit encore en puissance de père, n'a* voient pas pu accepter le testament de Charles II , parce que la France se trouVôit déjà liée par un traité de partage avec l'Angleterre et la Hollande ; qu*il auroit fallu, avant tout, sommer l'Empereur d'accéder au traité de partage, et que ce n'eût été que ^ar son refus, que Louis XIV anroit pu se croire dégagé envers l'Angleterre et la Hollande.
FéneloD rappelle ce qu'il avoit déjà dit dans un mémoire précédent : que Philippe Y ne tenant la couronne d'Espagne que de la bonté de son père et de son frère aîné, la reconnoissance et son propre intérêt ne loi permettoient pas de laisser la France s'exposer à une mine inévitable, pour s efforcer de le maintenir sor le trône d'Espagne.
n finit par convenir qu'il avoit d'abord cro
qce Phili|^ Y avoit on véritable droit à la soC'
cession dTsps^e; mais qo^en «umin^fit ie§
dioses de fins près, il j avrM apet ço t/iKfO d/;«
FiscLOx. Tom. vf. f i
162 ' mSTOlRE DE FÉHELON,
difficultés; que, dans tous les 6as, il n'étoit pas douteux que ce prince ne fût oblige de renoncer à son droit y bon ou mauvais^ sur TEspagne^ pour sauver la France.
Tandis que Louis XIV consentoit à rendre à
ses «nnemis la plupart des conquêtes qui avoient
illustré son règne , et qu'il en étoit réduit à dési*^
r^" que son petit-fils consentit à descendre du
XLa trône d'Espagne, une suite d'événemens, que les
Grands {lomnies ne pouvoient m prévoir ni préparer^
changemens
en Europe. ^^'^^ n'eût pos même été permis a annoncer j sans passer pour vùionnaire (0, devoit mettre un terme aux calamités de la France et de f Europe. « Dieuconnoitles pensées dessagesdu monde (^\ » et sait combien elles sont vaines. Sa seule.puisj» sance avoit placé Philippe Y sur le trône d'Es- » pagne : elle seule pouvoit Vy maintenir. Les » hommes n'avoient pas conduit ce grand événe- » ment; celui de la paix ne devoit pas être atlri- » bué à leur habileté ; mais avant que d'accorder » cette paix à 1a France , que Dieu par sa bonté » a toujours protégée ^ le moment devoit en être » précédé par les humiliations d'un grand Roi. .1» Sa résignation satisfit à la }ustic^ divine ^ et le » Dieu de miséricorde regar^jia favorablement le » monarque et ses peuples ».
CO Mémoires de Torcy. — (') Ibid,
LITRE SEPTIÈMS. l63
Tel est rimmble et religieux aveo du safp ministre (M. de Torcy: ) qui «lirigeoit àiotû les wéfiàctations, et ^i eut enfin le ^nliear d&les voir conronnées par un succès ioattendu. U n'a pas la présomption de s'en attribuer la gloire; et, trop conyaÎDca de Tinutilîté de ses veniz el de.ses ef* forts pour œ grand ouvrage, il prodame luimême (fie Pieu seul a pu disposa des hommes et des éyénemenSy en déconcertant toufies les conjectures de la prévoyance humaine.
Uue simple intrigue de Cour renversa en un ' ' moment la puissance du duc de Mjxrlhoromg en Tempereur Angleterre, et tourna le cœur de la reine Anne ^^y^* »7
^ • avril 1711.
vers des pensées de paix. L'empereur Joseph \}i^,ficc
est frappé de mort dans la force de Tâge, sans deMarIbolaisser d'enfans mâles. L'archiduc Charles , son '^'^' frère. Lui succède à Fempire, et menace TEurope de voir réunies sur la même tête toutes les couronnes de Charles-Quint et de Ferdinand l^. k œ diangement subit de la scène politique, toutes les craintes, tontes les eq)éranoes, toutes les intrigues des cabinets chmgeot de direction et d^objeL Ce n est plus la puissance de la France, c est cdle de rAnUiche qui oflre «m aspect redoU' table ; et dans le mouvement générai, occasiopé par une rév^luttoa aussi imprévue, la voix des sages commence à faire entendre ^ cooseiis de paix et de modération.
iB4 HISi'OiRE DE FÉNgLON,
\ilx. Dans le même temps, an événement moins im^
rc^^^lte" p*tant pourla tranquillité de l'Europe, et qui pliin, i4aYrii sembloit devoir la(|^er luire sur la France une ^7>i* longue suite de jours heureux, venoit de se passer
dans la famille de Louis XIV. Son (ils unique, le Dauphin, âgé de cinquante ans, mourut de la petite vérole le i4 avril- 171 1, trois jours avant que la mélne maladie enlevât l'empereur oseph. La mort du Dauphin ne faisoit disparoître qu'un prince sans crédit et sans influence ; elle né changeoit rien au cours des affaires ni h la situation extérieure des courtisans et des ministres; mais elle fixait tous les regards sur un avenir peu éloigné, en montrant dans le duc de Bourgogne le successeur immédiat d'un Roi de soixantetreize ans*
Il est impossible de peindre avec des traits plus vifs que Fa fait M. de' Saint-Simon, toutes les agitations de la Cour en ce moment. Nous n'extrairons de ce tableau (0 intéressant que celui qui a rapport à Fénelon et à ses amis.
« On peut imaginer quels furent les sentimens » du duc de Beauvillîers, le seul homme peut- » être pour lequel Monseigneur (le premier Dau- » phin) avoit conçu une véritable aversion, jus- » qu'à ne l'avoir pu dissimuler, laquelle étoit
(0 Tableau de la Cour de France en 1 7 1 1 . Mémoires de Saint'^ Simon, Supplém., tom. iv, p. 170.
L1VB.E SEPTIÈME. ' l65
» sans cesse bien soigneusement fomentée. En » échange, Beauvilliers voyoit Télévation inesT » pérée d'un pupille, qui se faisoit un plaisir se- » cret de Fétre encore, et un honneur public de » le montrer, sans que rien eût pu le faire chan- » ser là*dessus,
» L'honnête homme dans l'amour de l'Etat, » l'homme de bien dans le dé^h: du progrès de 2> la vertu, et.sous ce puissant auspice , un autre » M. de Cambrai dans Beauvilliers, se voyoit à » portée de servir utilement l'Etat et la vertu, de » préparer le retour de ce. cher archevêque , et » de le faire un jour son coopérateur en tout. A » travers la candeur et la vertu la plus pure, uu >» reste d'hupaanité, inséparable de rhomme, £ai- » soit goûter à celui-ci un élargissement de. cœur » et d'esprit imprévu ^ une aise pour des desseins » utiles qui se remplissoient comme d'euxrmemes ; » une sorte de dictature enfin , d'autant plus sar » voureuse, qu elle étoit plus rare et plus pleipe, » moins étendue et moins contredite, et qui par » lui se répandoit sur les siens. Persécuté au mir » lieu delà plus éclatante fortune, et poussé quel- » quefois jusqu'au dernier bord du précipice, il » se trouvoit tout d'un coup fondé sur le plus » ferme rocher ; et peut-êtiie ne regarda-t-il pas 9 ?ahs quelque complaisance ces pêmes vaguçs^
l66 HISTOIRE DB PÉNELON,
» de la violence desquelles il avoit pensé être em- 3» "porté quelquefois , né potrvoir phis que se brî- 9 ser à ses pieds. Son ame, tontefeis, parut tou- » jours dans la même assietle : même sagesse, » même modération^ même attention, même » douceur, même accès, même politesse, même » tranquillité sans le nK)itidre relan d^élévation, » de distraction, d'empressement. Une autre » cause plus digne de lui le comblott d'allégresse. » SÛF du fond du nouveau Dafâphin , il prévitson V triomphe sur les cœurs et sur les esprits, dès. » qu'il seroit afiranchi et en sa place ; et ce fut sur » quoi il s*abandonna secrètement avec nous à sa » sensibilité.
» Ghevrense, un avec lui dans tous les temps » de leur vie, s*éfùmt avec lui de la même joie,. *' et y eta trouva les mêtoe motifs ; et leurs fa- » milles' s^applaudirent d'un consolidemeùt de » fortune et d'état qui ne tarda pas à paroitre.
» Mais celui de tous à qui cet événement de-« » vint le plus sensible, ftit Fénelon, archevêque » de Cambrai. Quelte préparation ! quelle ap- )> proche d'un triomphe sûr et complet ! quel » puissant rayon de lumière vint à percer tout-à- » coup une demeure de ténèbres P
» Confiné depuis douze ans dans son diocèse,. 9 ce prélat y vieilllssoit sous te poids inutile de
» se& e^érances^ el voyoit les années s'écouler » dans une égalité qai ne pouvoit que le déses- » pérer (0« Toujours odieux au l^oi^ à qui per^ » sonne n*osoit proncftoer son nom, même en » choses indifférentes; plus odieux encore à ma- » dame de Maintenèn , parce qu elle l'avoît perdu ; i» plus en butte que-n^l autre à la terrible cabale » qui disposoit de Monseigneur^ il n'^voit de res- » source qp'en l'inaltérable amitié de son pupille, » devenu lui-même victime de: cette cabale, et » qui, sekm le cours ordin|ûre de la natm^e, ». devoit Fêtre trop long^tem^, pour que son » précepteur pût se flatter d'j survivre. En un n clin d'oeil ce pupille détient Daupbjin, en un
» autre il parvient à une sorte d'avant^règne
» Dans ce grand changement de scène, il ne » parut d'aboixl que deux personnages en pos- » ture d'en profiter : le duc de Bea^ivilUers, et » par lui le duo de Chevreuse; et un troisième i>en éloignement^ Varchevâque de Cambrai. M Tout rit aux deux premiers tout^^à-^coiip, tout » s'empressa autour d'eux, et chacun avoit été
» leur ami de tous les temps; mais en eux les
(«) M. de Saiat- Simon n^aimoit que la Cour, ^e voyoit qife la. Cour, et croyoit qu'on ne pouvoit être heureuse qu*a la Co^r et par la Gour. U ne connoissoit pas personneUen&enl Fénelon, oV ii lut prête, sans e'eu apercevoir, ses propres sentiraens..
l6B IIISTOIJIE D£ FÉjySLOKr,
i> courtisans, n'eurent pas affaire à ces charnpi^ » gnons de nouveaux ministres , tires en un mo^ ». ment de la poussière^ et placés au timon de 9 TÊtaty ignorans également et d'affaires et de n cour^ également«enorgueillis et enivrés , inca- A pables de résister, rarement même de se défier » de ces sortes de souplesses, et qui ont la fa- • » tuité d'attribuer à leur mérite ce qui n'est
Pi prostitué qu*à la faveur. Ceux-ci, sans rien » changer à la modestie de leur extérieur, ni à n l'arrangement d^ leur vie, ne pensèrent qua >i se dérober le plus qu'il leur fut possible, aux
% bassesses entassées à leurs pieds