XLV. ** ^" P^**^ ^'^'^ croire que MM. de Beauvil
Conduite de )Kliers et de Chevreuse ne laissèrent pas refroi-
nourçoçne ** ^^ ^^^^ ^^ cœur du nouveau Dauphin ses vifs
^levcnu Daur » seutimens pour l'archevêque de Cambrai.
*■ "*** » Leur premier soin fut de porter le jeune
» prince à des mesures encore plus grandes : à
». un air de soumission et de respect encore plus
tt marqué, à une assiduité habituelle auprès du
n Roi, si naturellem,ent jaloux, et déjà éprouvé
» tel en diverses occasions par son petit -fils^
» Secondé à souhait par sa jeune et adroite
» épouse, il redoubla ses soins auprès de ma-
» dame de Mainténon, qui, dans le transport de
» trouver un Dauphin sur qui sûrement comp^-
LIYRE SEPTIÈME. 169
» ter, au lieu d'un autre qui ne l'aimoit pas, se li- )> vra à lui, et par cela même lui livra le Roi. » Les premiers quinze jours rendirent sensible » à tout ce qui étoit à Marly un changement si y> extraordinaire dans le Boi, si réservé pour ses » enfans légitimes, et si roi avec eux.
» Plus libre dans tous ses mouvemens, par i> un si grand pas, le nouveau Dauphin s'enhar^ » dit avec le monde, qu'il redoutoit du vivant » de Monseigneur, parce que, quelque grand » qu'il fût, iï en essuyoit des brocards applau- » dis. C'est ce qui lui donnoit Cette timidité qui » le renfermoit dans son cabinet, parce que ce » n'étoit que là, qu'il se trouvoit à l'abri et à A son aise; c'est ce qui le faisoit parottre sauvage^, 9 ce qui le faisoit craindre pour l'avenir, tandis » qu'en butte à son père, peut-être alors au Roi » même, contraint d'ailleurs par sa vertu, ex- » posé à une cabale audacieuse, étranger enfin y> au monde en général, comme monde, il mej> noit une vie d'autant plus obscure, qu'elle étoit 9 nécessairement plus éclairée, et d'autant plus » cruelle,' qu'il n'en envisageoit point de fin.
i} Mais t0ut-à-coup la mort d'un père, presque » son ennemi, et dont ir prend la place, dissipe 7i une insolente cabale, tient le monde en res- >i pedt, en attention, en empressement; lés pev*
1*^0 HISTOIRE 0£ FtN«dLX>JNy
» sonoages les plus opposas es air: de senritude^ » lé gcos même de la Coar ensottmissioD^et en n.craÎDfte. L'enjoué et le fiivole^ partie non mé- » diocre d'une grande Cour, à se» pieds, par sa » jeune et brillante ëpouse $ et on voit ce prince » timide, sauv-age, concerté, c^te vertu précise ^ » ce savoir déplacé, cet homme engoncé ^ étran- M'ger dans sa maison, contraint en toot*, on le » vpit se montrer par degrés, se déployer peu » à peu, se donner au mpnde avec mesure , y » être libre, majestueux, gai, agréable; tenir te » salon de Marly dans des temps coupés, prési- 3» der au cercle assemblé autour de lui , comme » la divinité du temple, qui sent et qui reçoit A . avec bonté les hommages des mortels auxquels 21 il est accoutumé. Une conversation aisée, mais » instructive, adressée avec choix et justesse,. )> charma le sage courtisan, lit admirer auxau- » très des morceaux d'histoire convenablement » amenés sans art, des occasions naturelles, des » appliéationsdésirables,maistoujOQrs di^crèteset » présentées sans effort:, des traits éèbappés de » science, maià rarement et comme Involontaire- » ment, firent tout à la foi^ ouvrir les oreilles, » les yeux- et les cœurs.
» La soif-de faire sa cour eut, en plusieurs». » moins de pari à l'empressement de l'environner
LIVHE SEPÏli:ME. 17I
» dès qu'il paroîssoit, que de Tenteiidre , et d'y » poiser une iastruction délicieuse pi^ Tagré- < » meut et la doucettr d'une éloquence naturelle , » qui n'avoit rien de recherobé.
» On goûtoit d'avance k consolation si néces- » saire et si désirée de servir un maître futur si » capable de l'être par Son fond, et par l'usage » qu'il momtroit qu'il aauroit en faire.
» Gracieux j>artout y plein d'attention au rang, D à la naissance, à Tâge, à l'acquit de chacun, » cbùses depuis si Ion g- temps omises et confon- » dues avec le plus vil peuple de la cour ; régu- » lier k rendre à chacune de ces choses ce qui » leurétoitdû de politesse, et ce quîVy pouvok »• ajouter avec dignité ; grave, mais sans rides, et » enf marne temps gai et £nsé; il est incroyable » avec quelle étonnante rapidité Fadmiration de » l'esprit, l'estime du sens, l'amour du cceur, et » toutes les espérances furent entraînées; avec » quelle roîdeur les fausses idées qu'o» s'en étoit » faites, et voulu faire, furent précipitées-, et » quel fut l'empressement et llmpétueux tour- » billon du changement qui se fit à son égard. La » joie publique fit qu'on ne s'en pouvoit taire-, et » qu'on se demandoit les uns aux autres, si c'étoit a bien là le même homme, oUtSi ce qu'on voyoit
» éioii sotigQ ou réalité ».
172 HISTOIAff DB FÉUFELOlf^
La duchesse de Bourgogne n'étoit pas aussi portée que son mari pour MM. de Beauviliiei-s et Chevreuse : « elle leur étoit même opposée » d'inclination et de conduite^ et elle ëtoit en- » treteciue dans cette prévention par madame de i) Maintenon. Leur vertu trop austère , au gré de » la jeune princesse, parce qu elle n'en connoissoit » que Técorce, lui faisoit peur par leur influence » sur le Dauphin; elle les craignoit encore par un » endroit plus délicat, qui étoit celui-là înéme » qui auroit du l'attacher véritablement à eux, si » avec tout son esprit^ elle eût su discerner les » effets de la vraie piété, delà vraie vertu, de 4a » vraie sagesse^ qui est d'étouffer et de cacher » avec le plus grand soin et les plus extrêmes n précautions, tout ce qui peut altérer la paix et » la tranquillité du mariage. J'ai souvent observé, «^ajoute M. de Saint-Simon, combien les deux » ducs étoient constamment attentifs à ne laisser 0 rien arriver jusqu'à M. le duc de Bourgogne de » tout ce qui auroit pu l'alarmer sur un sujet si » délicat. Ainsi la jeune princeisse tremblait des » avis fâcheux du lieu même de sa plus entière 9 sûreté ».