‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 3)Chapitre 32 sur 72 · XLVI. L'admirable conduite du jeune prince poila · texte numérisé non relu

XLVI. L'admirable conduite du jeune prince poila

Louis XIV lquj5 XIV à déroger tout- à-coup à son caractère»

Qssocie le duc .

de Bourgo- à l'inflexibilité de ses maximes politiques, à cette,

jalousie du pouvoir suprême confirmée par une ^^ ««* gouhabitude de cinquante ans.

« Toute la Cour fut étrangement surprise (0, » lorsque le Roi/^yant retenu un matin le non- 1) veau Dauphin seul dans son cabinet, ordonna » le même jour à ses ministres d'aller travailler » chez le jeune prince toutes les fois qu'il les » manderoit; et sans être mandé encore, de lui » aller rendre compte de toutes les affaires, dont, » une fois pour toutes, il auroit ordonné de le » faii^.

» Il n'est pas aisé de rendre le mouvement pro- » digieux que fit à la Obur un ordre si directe- » ment opposé au goût, à l'esprit, aux maximes, à » l'usage du Roi, si constant jusqu'alors; qui par M cela même marquoit une confiance pour le » Dauphin, qui n'alloit à rien moins qu'à lui re- » mettre une grande partie de la disposition des » affaires. Ce fut un coup de foudre sur les mi- » nistres dont ils se trouvèrent tellement étour* » dis, qu'il n'en purent cacher Tétonnement, ni » le déconcertcment....... Quelle chute pour de

» tels hommes, que d'avoir à compter avec un » prince qui n avoit plus rien entré lui et le n trône, qui étoit capable, laborieux, éclairé, M avec uri esprit juste, supérieur, qui avoit acquis

k*) Mémoires de Saiat^imon.

174 IllSTOinC DE FÉNELON^

» sur un grand fonds tout fait de:puis qull étoit » dans le conseil, à qui rien ne manquôit pour » les édairer; quL, avec ces qualités, avoit le » coeu^r bon, étoit justç, aiinoi^rordre;4|m avoit » du discernement, de Fattention, de TappUca- » tion k sulv!re et à démêler; qui savait tourner I» et approlondir ; qui pe se payait qae de choses, ji et point de langage; qui vouloit déterminé- » ment le bien pour le bien; qui pesoit tout au » poids de la conscience; qui, par un accès facile » et une curiosité estimable, voudroit être ins- » truit de tout ; qui .sauroit comparer et appre'- » cier les choses, se défiler, et se confier à propos » par un juste discernement ».

Tel étoit, et tel apparut tout-à-^oup Télève de Fénelon.

Nous avons cru nécessaire de rappoirter ce long fragment des Mémoires de Saint ^ Simon ^ il a été écrit par un témoin oculaire^ un observateur attentif et instruit; il a été écrit après la mort du jeune prince, et dans un tempsoù l'intérêt et la flatterie n^ont eu aucune part au sentiment qui l'a dicté ; il sert à expliquer les jugetnens contradictoires qu'on a portés sur M, le duc de Bourgogne à des époques diÛTére&tes; il devoit naturellement entrer dans la vie de . Fénelon , puisque Fénelon avoit consacré sa vie à préparer

• LIV&E SSFTIÈMC. 175

à la Frafice «n toi i«i; il montre €b£r qnele duc

de Boorgogifê éuài digne de concovoir^ el ca-

pable d'eisëGiiter les plans de gimvememeni que

Fénelon lui jo^oposa, et que nous feroK bienlôl

connottre.

Aussitôt que Fëaelon fut instruit de la mort du XLVII.

premier J^upfain, et de rëlëvation prématurée p^ÔÎ^T^Îu

oii oette espèce d'association à Fempire plaçoit nouy«auD«a-

le duct de Boui^octc^ fl crut devoir lui adresser ^^^^ » *^"*

des conseils conformes à ses nouydles destinées. (Maotuor.)

Ce n'est iplns Mentor^ dont la voioc dpnce et paternelle apprgnd au jeune Télémaque à régner sur les rochers sauvages deki petite tle d^ithaqne; c'est un pontife, armé de la puissance et de la mafesté de la religion, qui vient révâer, au nom da.ciel , à Thentier d'un grand empire , les devoirs redoutables qui lui sont imposés : et tatidis que des courtisans adulateurs et des ministres tremblans ne parlent au cfuc de Bourgogne que de sa puissance et de l'éclat du rang suprême, Féoelouydans ses leçons augustes et sévères, ne lui retrace que de grands dangers et de grandes obligations. Telle est l'espèce d'impression solennelle et religieuse qu'on éprouve en lisant la lettre que Fénelon adresse an duc de Beauvilliers, pour être mise sons les yeux du nouveau Dauphin.

i-jô histoihe de tènei^o^^

« Dieu vient de frapper un grand coup COj >» mais sa main est. souvent miséricordieuse , }us- » que dans ses coups les plus rigoureux. Nous » avons prié 'dès le premier jour ; nous prierons )> encore. La mort est une grâce en ce qu^elIe est » la fin de toutes les tentations : elle épargne la » plus redoutable de toutes les tentations d'ici- » bas, quand elle enlève un prince avant quUl » règne. Ce spectacle affligeant est donné au » monde y pour, montrer aux hommes éblouis » combiealespriDceSy qui sont si grands en ap- » parence, sont petits en réalité. Heureux ceux » qui y comme saint Louis , n*ont jamais fait usage » de leur autorité pour flatter leur amour-pro- » pre, qui Tout regardée comme un dépôt qui )> leur est confié pour le seul bien des. peuples. » // est temps de se faire aimei\, craindre, esti- » mer. Il faut de plus en plus tâcher de plaire au » Roi, de s'insinuer, de lui faire sentir un alta«> » chement sans bornes, de le ménager, et de le » soulager par des. assiduités et des complaisances » convenables. Il faut devenir le conseil de Sa M Majesté, le père des peuples, la consolation des » affligés, la ressource des pauvres, l'appui de » la nation, le défenseur«de l'Eglise, l'ennemi de M toute nouveauté; il faut écarter lés flatteurs ^

(0 Manuscrits.

» s'en

,tlVRE SEPTIEME. t*]"]

•» s'en défier; distinguer le mérile, le chercher^ -» le prévenir, apprendre à le mettre en œuvre, ^y écouter tout, ne croire rien sans preuve, et se » rendre supérieur à tous, puisqu'on se trouve » au-dessus de tous* Celui qui fit passer David , » de la houlette au sceptre de roi, donnera une » bouche et une sagesse à laquelle personne ne » pourra résister, pourvu qu'on soit simple, re- ,» cueilli, défiant de soi*même, confiant en Dieu » seul. Il faut vouloir être le pere^ et non le ^ maître. Il ne faut pas que tous soient à un seul} ' y^ mais un seul doit être à tous pour faire leur • » bonheur ».

On peut bien croire que Fénelon n'apprît pas sans la plus douce satisfaction les succès du duc de Bourgogne à la Cour et dans le public, l'espèce d'autorité que sa sage conduite lui donnoit déjà dans le gouvernement et dans l'opinion, et le retour subit de tous les cœurs et de tous les esprits en sa faveur. Il porta son attention à diriger tous ses pas dans cette nouvelle carrière, qui offroit de grandes difiicultés à côté de grandes facilités. Dans l'impossibilité d'entretenir dicectement avec le jeune prince une correspondance habituelle , dans un moment oCi ilétoit san$4oute plus surveillé que jamais, et oii Louis. XIV n'auroit point pardonné à son petit- fils de s'aban- Fénelon. Tom. IV. 12

i^^S Hisïoiii£ DE FÈmULon,

donner aux inspiration^ 4e son anden précepteur, Fénelon se servoit du duc de Chevreust* comme de l'intermédiaire le plus utile et le plus naturel , pour faire arriver jusqu'au nouveau Dauphin ses conseils, ses leçons et ses vœux*

« Il y avoit déjà des années que le duc de Beau- » villiers (») avoit initié le duc de Chevreuse au- » près du duc de Bourgogne, et qu'il l'avoit ac- )i coutume à le considérer coBune une seule chose » avec. lui. Le liant naturel et la douceur de l'es^ » prit de Chevreuse, son savoir et sa manière. de » savmr et de s'expliquer, ses vues fleuries, quoi- M qu'un peu sujettes à se perdre, furent des qualités 9 faites pour plaire à ce jeune prince, avec lequel » il avoit souvent de longs tête-à-téte, et qui le » mirent si avant dans sa confiance, que M. de » Beauvilliers s'en servoit souvent pour des choses » qu il crut plus à propos de faire présenter par » son beau-frère, que par lui-même. Gomme ils » n'étoient qu'un, tout marchoit en eux par 1^ » même esprit, couloit des mêmes principes, ten- M doit au même but, et se référolt entre eux » deux y en sorte que le prince avoit un seul contt ducleur en deux différentes personnes, et qu'il > avoît pris beaucoup dégoût et de confiance au -)> duc de Chevreuse , qui depuis long-temps étoil

'•<>) Mémoires da duc de Sainl-Simoi][.

» bien rej^ à }m dire'tout ce qu'il pdosoit de Ini^ » et ce im'il dëûix)it sut sa Coniivitd^ et toujours » avec des intermèdes d^histoire, de science et » de piétjé ». . ,

D'ailleurs, le caractère du duc de Qeauvillîers "étoit na^urelleoient plus^froid^ jdus cûrconspect et plus resserve que o^Iui du duc de Chevreuse^ il aimoit mieux attendre la couQanQe 4é son élève que la prévenir^ et le jeune prince > tou- JQurs assulré de ti^ouver dans la tendresse de son ancien gouvertieur les conseils les plus dësintë* ressésy et les consolations lés phis pures, vêHéit entreteuir sans cesse auprè» de lui cet amoui^ de la vertu et du bien public que ses institJuteurs avoient allume dans sou cœur comibe le feti sacré, symbole du salut de la patrie.

« Ou peut dire de ces deux beaux *frëres (0,. » qu'ils n'étoieut qu'une ame, et qae M. de Cam- » brai en étoit la vie ;et le movvemeiit. Leur àhsitï^ » don pour lui ëtoit sans bornes; leur commerce n sjccret étoit continuel; il étoit sans- cessé oon-" » suite sur les grandes et les petite^ choses pu- » bliqqe^^ politiques ; domestiques^ Leuçobufiance n étoit entre ses maitis; le jeune prince se comul- » toit par eux 9 et c'étoit par eux que s'entt:ete^ » notent cette amitié, cetté,^stime, cette eonfiatxce

(0 Héâoitei du duc de Saiii€4SiâEioB. i :•;'..' ^

l80 IIISTOmC DE FÉNBLOlfy

» si baqte et si eonnue qa*il eut toujouis pour » F^Delôn. U comptoil les jentendre toasr tcoâs » quand il écoii^toit Yutt d'eux »,

Ce concert si parfaitement établi, dont aucune Cour n a peut-être offert un second exemple, douBoit aii duc de Chevreuse la facilité de voir à chaque instant le nouveau Dauphin, et de lui Gommiuiiiquer toutes les lettres de Tarchevêque de. Cambrai, sans inconvénient, sans danger^ sans alarmer Tesprit ombrageux du Roi et de madame de'Maintenon, et sans offrir de prétexte à la jalousie des ministres.

M« de Saint-Simon nous a peint Fadmirable

conduite du )eune Dauphin dans sa nouvelle po-

sitiop, et la lettre suivante de Fénelon nous fait

voir qu'elle lui avoit été tracée jusque dans les

plus petits détails, par son sage instituteur.

XLVIII, « Le P. P. ( M. le duc de Bourgogne) doit pren-

Lciire de ^ ^^^ ^^^^ lui, pluS que jamais, pour parottre ou -

duc de Che- >» vert, prévenant, accessible et sociable. Il faut

Treusc, la y^ qu^ il détrompe le public sur les scrupules qu'oiz mai 1711. . , ,. . , . •'

(ManiucrO * ^^^ impute; qu il soit régulier en son particu-

» lietr^ et quil ne fasse point craindre à la Cour'

» une réformé sévère , dont le monde nest pas

» capable^ et tjuil ne faudroit même mener'

» qu insensiblement^ si elle étoit possible; nous

» allons prier pour lui. Il ne sauroit trop s'appli-

LltKft SBPTiàME. l8l

» quer à plaire au Roi, à lui éviter les moindres j» ombrages» h lui faire sentir une dépendance » de confiance et de tendresse, h le soulager dans » le travail, et* lui parler aved une force douce » et respectueuse, qui croisse peu à peu. // ne » doit dire çue ce {jv^*on peut porter; il faut ayoir » préparé le eœur^ at^ant de dire les vérités 3» pénibles, auxquelles on n est pas accoutumé* » u4u reste j point de puérilités j ni de mmuties » en dévotion. On apprend plus k gout^ernerj en » étudiant les hommes^ qu'en étudiant les livres ». Déjà la réputation du nouTCau Dauphin s*étendoit rapidement de Versailles et de Paris jusqu'aux extrémités de la France, et Fénelon commençoit à jouir dm succès de ses soins et de ses vœux. Toutes les lettres qui arrivoient à Cambrai de toutes les parties du royaume, attestoient unanimement Tespèce d'abandon avec lequel tous les cœurs se livroient aux espérances d'ordre et de bonheur qui alloient succéder à tant de confusion, de ténèbres et de calamités. On voit dans une lettre de Fénelon qu'il ne peut se défendit luimême de cette espèce dVmotioii générale 3 mais il n'ose cependant s'y abandonner qu'avec cette méfiance modeste, que Ton conserve toujours , lorsqu'on est trop difficile sur le mérite de son; pcopre ouvrage

liciirc de « J^enfeads dire que le PI P. feit mûeut, que

^^^^"^^^ n sa réputation. se relève, et qu'il aura de Tauduc de Che- * ^ ^ vreu«c, 34 » tovité» Il faut le s<Hiteiiir, lui douneF le tour

août 1711. ^ jçg af&ires, Taceoutunier i voir par iainneme ^ j» et à décider. Il faut qu'il traite avec les hommes » pour dëcoiivrirleurs finesses,^ pour étudier leurs )) taleusy pour savoir >eu Sfervir malgré leurs dé^ » fautk. Il faut le mettreen train de rendre compte » au Roi f de le soulager, et de lui aider à dédder >i par une manière insinuante de lui proposer son » avis^ s'il le feit avec respect eb zèle, il ne don- 9 nera aucun ombrage^ et sera bient<!^t cm. Qa'il » s^ donne tout à Diéu^ pour n'agir que ipar son » esprit ».

Toutes les réflexions et tous les conseils de Féuèlon au nouveau Dauphin n'ont jamais pour objet que ViOtterét de sa propre gloire, et le bien ^es peuples qu'il était appelé à gouverner. Dans ce graqd çhangemjent de scène, qui de voit naturelleiaent amener un si grand changement dans la situatioui personnelle de Fénelon, il ne fait jamais un retour sur lui^méoie. Ceux même de ses amis intimes, avec qui il étoit le plus, accoutumé à niontrer son ame toute entière, à qui il pouvoit au moins laisser apercevoir Tespérance consolante d*étre réuni avecfeux, avant que la inorfi les séparât pour toujours, lui reprochent sou-

vent dans leurs lettres cette espèce d^abn^gation

de lui --même, qui ofiènsoit leur amitié. « C'est l*u«4<J»

^ . . duc de Caic-

x> vous que vous ne regardez jamais , écrivoit le yreiue à ¥é- » duc de Cbevrense à Fénelon^ que nous devons nelon,4sep- » i^tfanmoins regarder, non -seulement à cause (Kg^oscr.)* » de vous, mais pour ne point mettre de nou- » veaux obstacles à Tordre inconnu de Dieu *.

Plus Fëuelon apportoit d'attention à se renfer» XLix. mer dans Tobscurité de sa retraite, en 'ne chan«- . j^^*

' ment des gë-

géant rien à Tordre accoutumé de «a vie, et en nérauxetdef évitant de révéler Tiaquiétude et la jalousie «>«^'|"»«

* ^ ^ ' pour Fene-

de ses envieux, plus les ambitions particulières ion. s'agitoient autour de lui, et cherchoient à se ménager d'avance le suffrage et lu bienveillance d'un prélat, dont le retour prochain à la Cour et il la lîtveur paroissoit si clairement annoncé.

fc Le printemps (de 1711} qui est la saison dé » rassemblée des armées (<), fit apercevoir bieû » distinctement à Cambrai le changement qui » étoit arrivé à la Cour. Cambrai défini la seule v route de toutes les différentes parties de la » Flandre. Tout ce qui j servoit de gens de la 9 Cour, d'officiers généraux, et méine d'officiers . » moins connus, y passèrent tous, et s'y arré- >i tèrent le plus qu'il leur fut possible. Fénelon 0 y eut une telle Cour, et si empressée, qu'il y

(>) Mémoires df Saint-SimoD.

l84 HISTOIRE DE FÉNELON)

» avoit tout à craindre du ressentiment et du » mauvais e^t qui pouvoit en résulter du côté » du Hoi. On peut juger avec quelle affabilité, » quelle modestie, quel discernement il reçut. » tant d'hommages y et le bon grë que lui en » surent le$ raffinés j çp.%\, de longue main, Fa^ » voient vu et ménagé dans leurs voyages en » Flandre. Cela fit grand bruit en effet ^"^ mais » FarcLevjque de Cambrai se conduisit si sage-^ A» ment, que le Roi, ni madame de Maintenon, » ne témoignèrent rien de. ce concours, quik ». voulurent apparemment ignorer ».

Fénelon profita de ce concours de tant d'offi^ ciérs généraux, eâipressés à lui plaire par dés témoignages de confiance et de dévouement, pour se former une idée exacte de Tetat de îaV- H^^ et des avantages où des dangers qui pouvoî^nt naître de la disposition des soldats , et de la présomption des généraux. Il savûit que le cabir net de Versailles étoit parvenu à nouer avec celui deXondres une négociation, dont on pouvoit espérer un succès prochain (0.

Fénelon pensoit que, dans cette cii^coustance^ le parti le plus sage étoit de temporiser, et d'é-^ viter une bataille qui pouvoit condoire Tennemi

(») Les préliminaires de la paii aveé ï'Anjgleterre furent en, cQet signés, à LoQdrçs axk mois d'oe^dbre 171 1.

LIVUE SEPTIÈH^ iSS

victorieux jusquaux portes d^Paris, et décon* certer les dispositions favorables que le nouveau ministère anglais .montroit pour la paix ; il craigaoit d'ailleurs que le découragement que tant de revers successifs avoient répandu dans l'armée, et le caractère de présomption dont on accusoit le maréchal de Yillars qui la commandoit, ne compromissent la foible et dernière barrière qui protégeoit la défense intérieure du royaume. Cétoit par cette raLsop. qu'il blâmoit la chaleur indiscrète avec laquelle le ministère de la guerre ne cessoit d*exciter le maréchal de Yillars à hasar-r . der une bataille.

<¥ Je sais que M. Voisin écrit "k M. le maréchal L. » de Villîirs des lettres trop fortes, pour le pi- ,^*^^'*

*^ *■ *^ Feiielon au

9 quer, et pour l'engager à des actions hasar-n juc de Clic- ».deuses. C'est faire un, grand mal, si îe ne me ^'^^"*®» <»

, . . . ^ - sept 171 ï»

>> trompe, que décrire amsu Ces lettres trou- (ManuacrJ

yi blent le maréchal, et ne sont propres qu'aie

>i rendre inaccessible aux bons conseils des gens

7i du métier, qui voient les choses sur lcs.]ieux....i^

9 La plupart des places qui nqus restent,, sont

y> dépourvues. Après la perte d'une bataille, api*è&

» une.déroute, tout tomberoit comme uu châ-

» teau de cartes. Il ne s'agit point de ces pertes.

» de petites batailles du temps passé. Cétoit uuq.

n armée de vingt mille hommes, qui en, perdoit.

» Cinq OU six. Le poyauHi^ ^toit alors plein de » noblesse guerrière et dAectionnée, de peuples 3» riches, noipbreux et zAis; au contraire, vous » n'aurez plus (Farmëe, ni de ressources pour en » rétablir, si une dâronte vous arrivoit. L'ennemi » entreroît en France avec cent mille hommes ^ 9 qui en feroient la conquête et le pillage. Ce » seroit une invasion de barbares* Paris est i » trente-six lieues de Tarmée eniiemie ; qette ville » est devenue elle seule tout le royauikie ; en h j» prenant y les ennemis prendroient toutes les 9 richesses de toutes les provinces f ils tlreroient » par violence tout l'argent des financiers, que » le Boi ne peut en tirer par crédit. Tout le » dedans du royaume est ^uisé, an désespoir, » et plein de religionnaires, qui lèveroiènt la

3» tête Je crois qu'on peut, en disputant Ih

» terrain, éviter cette bataille décisive, couvrir ir les places qui nous restent, et lasser les enne^ 3» mis; mais cette manière de faire le cunctateur, y qui vaut infiniment mieux qu'une bataille trèsy hasardeuse pour l'Etat, (demande de bonnes V têtes et des mesures difficiles ».

Cétoit la considération d'un si grand péril qui effrayoit justement Fénelon. Instruit des dispositions de l'armée, et éclairé par les avis des principaux officiers, îtsut se pénétrer de tout ce qu'il

XIiraB SEPTIÈME. iSt^

y fito^t k craîndre ou à espértr 4aB»niie posilîon aossi alariMnte. Après ^voir fiiît méàf;e ée tout ce que }a Hif^càé de son cspril et- sa. longue coii- Boissaoce des hommes poûvèi^nt Im dômier de lumières pour discerner, séparer et Parler/ dans Texapn^n de leurs opioioiisy tout ce que la pas-^ sipn^ Thitérét ou ]a prétention pouvoienl af^ir a|paté à la Térité des faits > et i^ Vi^tréel desf C^ses, il crût s'étrè qfssez éclaii^é poor se former fin |ugemi$iit exact ^ impartial. Ce Ait Follet dVi» ]\léi»Qirey qu'il fit passer ,au dup 4*^ Cbe-» trens^y et que nous avons enoore, tfcrit de la inaiD de Fénektn; ilétoit destiné «u du^s de Beau^ vilU^rs, et de^voit servir k diiiger sof^ opinion dans le conseil, sur le plan de la campagne.

Ea lisant ce mémoii^, on sera peM-#trci étonné de la sévérité avçc laquelle Fénel<^a s^exprimesur le maréchal de YiUars^ maïs les défauts qu^il lui reproche teî étoient reproché^ par tous ses contemporains, et pu observera que Fâaefon apport tqit si p0u de préventtoadans sa ipanière de pen-^ ser à cet égard^qu'eAparlant avec la: plus grande franchise de tout ce'que Von avoit à redouter de quelques-ulis de nos génék^aux, il oonVenoit en même temps qu'on seroit peut-être fort embarrassé d'en trouver de meilleurs. Ce qe fut que Vannée suivante (1712) que le maréchal de Vil-

l88 HISTOIHE^DE IPÉNELONy

lars, en sflLuvailt k.Franoe àDenain/ g'ëleya laimême, à on tel degré de gloire , que ses censeurs furent condamnes à se taire devant sa fortune.

cc.iyL le, maréchal de Villars.a de rouvertulre

» d*esprit (0, de la facilité pour comprendre cei-

» tain^ choses y avec, une sorte de talent pour

» parler noblement, quand . sa vitacitë ne le

» piène.pas trop loin; il a de la valeur et de la

^ bonne volonté ^ il n*est. point méchant, il est

9 sans façon et commode dans la société^ mais il

S) est léger, vain y sans application suivie, et sa

» tête n'est pas assez, forte, pour conduire- une si

» grandèi guerre. Il fait des £iutes', et quand il se

» trouve pressé, il rejette, dit-on, sur les gens

:a qui. ont exécuté s,es. ordres, le tort' qu'il a lui

» seuK Les lieutenans généraux sont persuadés

» qu'il ne sait pas bien décider, qu'il craint de

» décider, mat, et qu'il ne veut jamais foire que

» des décisions vagues, pour avoir toujours de

» quoi se îusCifiep à leurs dépens; ce préjugé les

» rend timides; personne^ n'bse rien prendre sur

» soi; chacun ne songea: qu'à se mettre en sûreté;

» le service en. soiiITro beaucoup en toute occa-

» sion.t c'est ce qui doit feiire 'craindre une ba-

» taille..

(0 Métnoires dç Feaelon sur la campagne de 171 1. (Ma^ «user ils. )

» M. le maréchal de Villars fait beaucoup plus » de fautes en paroles qu'en actions; il est vain; » il paroit mépriser les lieutenatas généraux : il ne » les écoute pas; il fait entendre qu'ils ont tou- » jours peur, et qu'ils ne savent rien ; il se croit in- » vincible quand il a le moindre avantage, et il » devient dou± comme un mouton dès iju'il se » trouve embarrassé.

» n ne sait pas même discerner et conduire les » bommes; il est trop léger, inégal et sans con- » seil; il ne connoit ni la Çour> ni l'armée; il n'd » que des lueurs d'esprit; îl fait presque toujours » trop du trop peu; il ne se possède pas assez. » Une guerre difficile, où la France est en péril, » demanderoit une plus forte tête; mais où est* » elle? Si le maréchal de Villars demeure à là » tête de l'armée, il est capital de le modérer en » secret et de l'autoriser en public; il faut lui » donner un conseil, et lui faire honneur de tout » au dehors.

» Plusieurs personnes tâchent de le décréditer, » dans l'espérance, ou d'avoir sa place, ou d'y » faire mettre un de leurs aijnis, parce que tous » sont très-incapables de porter un fardeau si ac- » câblant; ces cabales sont dangereuses.

» M. d'Albergotti at de l'expérience, de la va- » leur et du sens; il est exact, laborieux, capable » de prendre une grande autorité; il sait s'insi- ^

i^D HISTOIRE PE VéfflËJA}W^

» nuer et mener des desBein» pear panreÉuf Si soil » but; mais il est dur^ haut&îii, trop peu botic>- » rable dans sa dépense, obscur dansées airis. S^il » commaxidoity tous les aqtr^s UeiitewiAS gâié- » raux seroienl au désespotrj il prendrott méase^ ^ dit-on , des partis faixarres» let f^roîi des fautes » très^dax^ereuses^ il est bs^ïî il passe pour &ûx : » je ne sais ce qui en est, et>e n'eu î^ge point f » mais cette réputation dans un général d'armée » nuiroit infiniment aux ai&ires dans des temps >i difficiles.

» 11 y a plusieurs bons lieutenaos généraux ^ » dont un général plus régulier que le mi^ré- » cbal de Villars, poorroit faire beaucoup plus ».d*usage qu'il n'en fait; mais il me semble M qu'on n'en voit aucun qu'on pût mettre en sa » place.

» U ne m'appartient pas de raisonner sur la » guerre^ et )e n'ai garde de tomber dans ce ridi« » cule ; mais j'exposerai simple ment, après avoir » écouté tous les discours de part et d'aptre^ » que M. le maréchal de Yillars/qni peut avoir » fait d'autres fautes , n'a point eu tort dans la i> dernière affaire de Bourlou^

» J'avoue néanmoins que la prise de Bou«- » cbain (0 change notre frontière,, dérange le

(#6oac)iain yenoii d'<éiré prié par ka eiiaeinis, te ^3 sep-^ tembre 171 li

)» système de la guerre^ et donne h retinemi de » quoi nous surprendre plus facilement ; faToue » qu eq évitant toujours les batailles ^ on décou* » rage les troupes, on avilit la nation, ou rend la » paî^ plus difiicile) j^avoue qu'on donne à la » longue un avantage inJ^ à rennemi , en reeu-^ » lant toujours^ et en lui laissant oser tout ce u qui lui plaît : il hasarde prudemment des choses )» qui sont en elles-mêmes très-imprudentes^ à la » longue il vous acculera, et achèvera de presser ji la frontière , pour entrer en France.

» Mais c est un tiiste ^tat que celui de d'avoir » plus entre Tabime et vous qu'une seule perte à » faille : cest celle de notre armée 5 perdez -la >» dans une déroute, il ne vous restera plus aun cune ressource. Vos places seules ne sont rkn^ 3> vous n'ayez plus au dedans ni peuple aguerri, » ni noblesse en état de montrer la tête ; si votre » armée étoit perdue, vous n'auriee plus de quoi » la réparer ; vous ne pourriez qu'en ramasser » les débris , qui ne sauraient défendre lé dedans^ » oii tout est, ouvert; une grande armée victo« i> rieuse pénétreroit et subsîsteroit partout. Alors, >» vous n'auriez ni le temps ni les forces d'atten^ 9 dre une négociation de paix à aucune condition. » C'est, ce me semble, ce qu'il faut bienr consi- M dérer pour se mesurer sur son vrai besoin , soit

IQl HISI^OtAE 1)E FÉAÈLOjr^

» pour les entreprises de g^errey soit pour leâ » conditions de paix.

» Je crains de me trompef ; mais j'avoue que^ » sans avoir peur, je souhaite, par un vrai zèle, » qu on ne diminue en rien le désir d'achetet » chèrement la paiXj pourvu que ce soit une » paix réelle...^

» Si, par malheur, là pait ne se faisoit pas » rhiver prochain, il faudroit que M. le Dauphin » (duc de Bourgo^e) vînt commander Ifarmée, » ayant sous lui MM. les maréchaux d'Harcùart » et de Berwicki^ Mais il seroît capital que ce » jeune prince, après s'être assuré d'un conseil » bien sage, prit l'autorité nécessaire pour déci- » der. Voilà mes foibles pensées. Je ne fais que » bégayer ; mais qu'importe : je veux bien pa- » rotti^e parler mal -à -^propos par un excès de » zèle ».

Mais au milieu d'une crise aussi alarmante, il restoit à Fénelon deux motifs de confiance et de consolation. Il savoit que la mort de l'empereur Joseph et le changement du ministère de la reine Anne avoient disposé cette princesse à se rapjprocher de'laFi:ance; quoiqu'il ne fût pas encore instruit des progrès de la négociation, qui étoit déjà établie entre les deux Cours, il étoit fondé à espérer qu elle pourroit enfin conduire à une

paix

paix qu'on ne pouvoit acheter par trop de sacri* fices. Fénelon voyoit aussi son ancien élève , de* venu Dauphin et héritier nécessaire du Roi son aïeul y à portée de rendre à la France cette prospérité intérieure dont elle avoit un besoin, si pressant après tant de guerres brillantes suivies de la guerre la plus malheureuse. Ce fut vers cet LI. objet important qu'il tourna toutes ses pensées, P^o^^efio"-

\ * . ^ *^ ' vernement

et il crut devoir s occuper à tracer au duc de proposé par .

Bourgogne un plan général de gouvernement. ^^°«^*'^' Fénelon ne voyoit plus entre ce jeune prince et le trône quun Roi de soixante-quatorze ans; il devoit naturellement croire que la Providenc^voit réservé à ce jeune prince la gloire de mettre à exécution ces grandes maximes de morale politique auxquelles il attacboit le bonheur de la France. Nous avons Fesquisse de ce plan tracé de la main de Fénelon : il embrasse tout l'ensemble du gouvernement et tontes les branches de radministratiouy et il montre l'intérêt et Fattention avec laquelle Fénelon s'étoit occupé de ce grand travail. Toutes les parties de son système politique éioient si bien liées entre elles , qu'il )agea suffisant 4'en former on tableau général, pour qu'on put saisir d'un coup d'ml ses» principes, leurs rapports entre eux, et la facilité d'en faire Faj^lication.

FéjtvLo^. Tarn, iv* ï3

Mais il sentoit qu'il lui étoit impossiblei dans la position où il se trouvoit , d'en donner le développement dans des mémoires détaillés, qui auroient exigé trop d'étendue; de pareilles discussions ne ponvoient guère être traitées que de vive voix. Ce fut par ce motif qu'il invita le duc de* Chevreîise de se rendre à sa terre de Ghaulnes, où il se proposoit d'aller le joindre.

Lettre de « Les conversatious que je voudrois avoir avec Fcnelon an ^ yous, écrit Fénelou au duc de Ghevreuse, peu- ▼rense, 9 * ^^^^ ^^^^ facilement retardées jusqu à une ocjuin 171 1. ^ casion naturelle. Vous pourrez, sans déran-

(Manittcr.) « /*• • # .

» ge vent d aifaires ^ et sans inconvénient pou- » tique, venir à Chaulnes; nous démêlerons plus 9 de questions en une semaine , que je ne ponr- I» rois le faire par de très-longs mémoires, qui me 31 co&teroient plusieurs mois de travail. Je me » bornerai, à Chaulnes, à mettre dans une espèce » de table, comme un agenda, le résultat de » chaque conversation. Cette table vous rappel- » leroit toutes les maximes arrêtées entre nous, » et les maximes arrêtées entre tious vous met- » troient en état de donner la clef des tables.

» Comme vous viendrez peut*étre à Chaulnes » vers la fin de la campagne, comme vous le » fîtes l'année dernière, je suft tenté, en ce cas, » de n'y aller point maintenant, quoique mon-

» sieur le Vidame m'çn presse^ pour éviter d*y al- » 1er deux fois. J'ai toujours désiré, autant que je » le devois, de ménager monsieur le Vidame, par >> rapport à mon état de disgrâce; mais j^avoue » que je le désire à présent beaucoup plus qu*au- » trefois ,^our ne courir pas risque de lui attirer » quelqu exclusion {}) ou désagrément. Ainsi, je » conclus que si Vous devez venir à Ghaulnes vers » la fin de la campagne, il vaut mieux que je me » ]3ome à n'y aller qu'alors. Je n'ai pas fait cette n réponse à monsieur le Vidame^ mais je la garde » in petto ».

Le duc de Cbevréuse ne put aller à Ghaulnes

CO II étoit alors question d'une nouvelle érection du comté de

Ghaulnes en duclié*pairie, en faveur du Vidame d'Amiens, fils

paillé di^dnc de Ghevrense. Le comté de Ghaulnes avoit déjà été

érigé en duché -pairie en i6ai, en faveur d'Honoré d'Albert,

seigneur de Gadenet, frère du connétable de Luynes. Ge duché

s^étoit éteint en 1698, par la mort, sans enfans mâles, de

Charles d'Albert, duc de Ghaulnes, fils d'Honoré. Les biens de

cette branche étaient passés , par substitution , ati Vidame d'»

miens , et le duc de Gheyreuse obtint en effet au mois, d'octobre

171 1 une nouvelle érection du duché de Ghaulnes, en faveur

de son fils puiné le Vidame d'Amiens, qui prit alors le titre de

' dtic de Ghaulnes, et mourut maréchal de France , le 9 novembre

1 744- Gette seconde branche des ducs de Ghaulnes ^'est éteinte

de nos jours. Fénelon craignant de nuire au- succès de la grâce

qu'on sollicitoit alors pour le Vidame d'Amiens , se refusoit le

plaisir d'aller le voir à Ghaulnes.

19^ HISTOIRE D£ FÉNELONy

qu'au mois de novembre ( 1711 ), et ce fut alors que F^nelon rédigea les tables dont nous allons rendre compte.

Ces tables forment une suite de tableaux où. chaque objet est indiqué avec autant de précision que de clarté. Nous avons cru devoir le$ faire imprimer à la suite de cet ouvrage ^ après les avoir copiés sur le manuscrit original.

Le premier tableau intitulé : Projet pour le présent (0 , offre les idées dé Fénelon sur la p^ix à faire ; il ignoroit alors que les préliminaires venoient d'être signés peu de jours auparavant entre la France et l'Angleterre ; mais ce secret étoit encore renfermé dans les cabinets de Versailles et de Londres. La reine Anne en avait fait un mystère à ses alliés même, et elle s'ocupoit à les disposer à accéder de gré ou de force à ses vues pacifiques. Mais tout pouvoit et devoit encore faire craindre qu'ils ne résistassent à ses instances. Dans c^tétat de choses, Fénelon persiste à penser qUe la paix doit être achetée sans me-sure ; il indique seuîement qu'on doit éviter de comprendre, dans les sacrifices nécessaires pour l'obtenir, Arras et Cambrai^ qui, depuis la perte de Lille et de Bouchainy étoient devenues deux

(0 Voyez les Pièces justificatives du livre septième , n,*»!!.

' LIVRE septiéTme. ig^

places importantes pour; la sûreté intérieure du royaume.

Entre les moyens de soutenir la guerre^ si on n obtient pas la paix, il s'attache à conseiller « d'é- » i/iter une bataille y en se bornant à couvrir les » places , et en laissant même prendre les petites ; » mais il pense en même temps qiCà toute extré- » mité, il faut livrer bataille, au hasard même » d'être battu, pris, tué as^ec gloire ».

Il désire qu'on établisse auprès du Roi , « un ,

» conseil de guerre ^ composé de maréchaux de » France , et autres officiers expérimentés , qui » sachent ce qu'un secrétaire d'Etat ne peut sa- » voir, qui parlent librement sur les inconvéniens » et abias, qui forment des plans de campagne, » de concert avec le général chargé de l'exécu- » tion, qui donnent leur avis pendant la cam- » pagne , qui n'empêchent pourtant pas le gêné- » rai en chef de décider, sans attendre leur avis, » parce qu'il est toujours capital de profiter du » moment ».

Le second tableau présente un plan de réforme après la paix (0.

Fénelon croit « que les garnisons et les ouvra- ^,, » ges des places de guerre, sont une cause de Réforme » ruine; que les fortifications tombent dès qu'on ^^^^^^e. (») Voyez les Pièces justificaùt^es du livre seplième, n.

198 HISTOlKB DE FÉNELOlfy

» manque d'ai^ent, ou dès qu'il vient une guerre » invile ; que la supériorité d'armée fait tout.

» Qu'il faut peu de régimens, mais nombreux » en hommes et bien disciplinés, sans aucune » vénalité, sous aucun prétexte; jamais donnés » à des jeunes gens sans expérience , avec beau- 3» coup de vieux officiers. Bien traiter les soldats » pour la solde, les vivres et les hôpitaux. Bons » traitemens aux colonels et aux capitaines, h^n- » cienneté d'officiers comptée pour rien, si elle », est^seule. Ne point laisser vieillir dans le service >i les hommes sans talens; avancer les hommes » d'un talent distingué.

» Les enrôlemens doivent être libres, avec » certitude de congé après cinq atis, et jamais » aucune amnistie.

» Au lieu deThôtel des invalides, il seroit pré- » férable de payer de petiteis pensions à chaque » invalide dans son village ».

LUI. Fénelon manifeste sur la politique extérieure^

oitique j^g principes qui peuvent être défendus et çonjbattus par dés considérations également plausibles. « Jamais de guerre générale avec l'Europe. » Rien à démêler avec les Anglais ».

uv. On trouve dans le troisième tableau tordre de

exieneure,

Ordre de

pense pour la Cour. (0 Voyez les Pièces jusùficaUves du livre septième, n.» VI.

dépense (0 que Fénelon propose pour la Cour.

dépense pour ^ * x * f

LIVRB SEPTIÈME. 199

Il se montre extrêmement sévère dans toutes les réformes et les réductions qu'il indique. L'état oti se trouvoit la France après la guerre la plus mair heureuse , ne justifioit que trop la nécessité de la plus grande économie.

On remarquera qu'il demande ce la cessation de » tous les doublés emplois , et qu'on oblige à » &ire résider chacun dans sa fonction. Il inter- )» dit toutes les survivances de charges et de gou- » vernemens ».

Quant à ISadministation intérieure (0, il pro- LV. pose d'adopter dans chaque diocèse, pour la ré- ^,3^^ ^^ partition des impots et une partie des travaux rieùre. publics, la même form^ qui étoit établie en Languedoc, et qui étoit connue sous le nom d'assiettes.

Fénelon, toujours frap|)é de la prospérité que LVL le Languedoc devoit à sa sage administration, yinciaux^'^^^ demande qu'on établisse dans toutes les provinces, des états provinciaux, sur le même modèle que ceux du Languedoc ; et il met en note : a On ny est pas moins soumis çu ailleurs ; on y » est moins épuisé ». Il règle les gouvernemens des provinces sur le nombre des états provinciaux^ avec un lieutenant général sousle gouverneur, et un lieutenant de roi sous le lieutenant général, tous" résidans sur les lieux.

(*) Voyez les Pièces justificatiwes du liyre septième , n.oy.

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