‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 3)Chapitre 39 sur 72 · LIVRE ffUlTlÊ-Mr · texte numérisé non relu

LIVRE ffUlTlÊ-Mr

* *» nottre et se faire aimer; car si Dieu n'avoifpas » voalu nous communiquer sa connoissance et ^ son amour, nous ne pourrions jamaiis ni le 3» connottre ni l'aimer. J*avoùe*que nous ne pou- » vous ni cohnoitre, ni aimer infiniment Finfiniey> perfection. Notre plus haute connoissance de- » meurera toujours infiniment imparfaite^'en corn* » paraison de l'Etre infiniment patfkit. En un » mot, quoique nous connoissions Dieu, nous ne » pouvons jamais le comprendre; mai^ nous le » connoissons tellement^ que nous disons tout ce -» qû-iln*est point, et que nous lui attribuons tes »' perfections qui lui conviennent sans aucune » crainte de nous trbmper. Il n'y a aucun être }> daYiâ la nature que nous confondions avec Dieu. » Rien n'est si étonnant que l'idée de Dieu; que »je porte au fond de moi-même, c'est l'infini. » contenu dans le fini. Je ne comprends pas com- » ment )e puis l'avoir dans mon esprit; je Py ai » néanmoins. Il est inutile d'examiner comment » je puis l'avoir, puisque .je l'ai; le fait est clair » et défcisif. LTiomme- qui connoît et qui aime ^> Dieu, sriomloute sa mesure de connoissance et ^d'amour, est- incomparablement plus digne dô. 7k cet être parfait que Thomme qui seroit comme >X'sans Dieu dans ce monde, ne «songeant ni à le^ 3»- connottre, ni à l'aimep.

9g4 BISTOl&B DS ¥tVBL,piX,

» Voilà deux divers plans deTouTrag^deDieii; » l'uA est au^si ^igae de sa sagesse ^t de sa bonté V qu'on le peut concevoir ^ Fautren^en est wUle* ». ment digne et n!a aucune fin raisonnaUe; il est » facile d'en conclure celui que Dieu a suivu

» Il est des hommes qui , par une humilité » trompeuse et hypocrite , affectent de s*ex9^érer » leur bassesse y leur néant ^ et la disproportion yf infinie qui est entre Dieu et l'homme, pour se- >» couer le joug de la Divinité,, ^ contenter toutes 3f loyrs passions déréglées. Us imaginant un Dieu » si éloigné de la (;erre, si hautain et si ûidiffé- » re^t dans sa hauteur, qu'il n^ da^pe pas veiller I» sur les hommes, et que ck^ua, sail$ être gêné » pac ses regards, peut vivre sans r^le,. ^m gi^ » de^ son «orgueil et de. ses passionsi En faisant M semblant d'élever Dieu de la sp^e,'<^n le dé* 3> grade, car on en fait Un Dieu indiijOré^-ent sur le >> bicfu et sur le mal, sur le vice; et la.vei;tu cle ses 9 cr,éatures, sur* l'ordre et le di^ordr^e dii> i^ude ^ qu'il aformé;

» Mais comparez ces dçux plans : dans rpip> on v.UQUs présente un Dieu sage», bon, vigUaif^^qUi 31 arrange, qui corrige, qiii récompense^ qui » veut être connu, aimé,, çbéi; dans l'autre» on » nous offre un Dieu inse^ble à notr^^ conduite, » qui n'est touché ni d^ li^ vertu > ni du vice;

19 qui .Abdadotine Thamoie ai| gré de sao orgueil

» msemé et de ses faonteades paasions^ qui le né-

» glige après l'avoir cvéé^ et qui ne se soucie

j» ffen être connti ni aimé, quoiqu'il lui ait

I» donné ui^e intelligence pour le . côùnoître et

» une ame pour raimer. Gouipar^zc^s dc^ux plans

» dans 1^ calme de la raison, dans le silence des

»f passions, dans un seniiment de vertu et de

» b^npe foi , et fe vous défie é^e ne pas préférer

?» 1^ premier au second ».

. G*est avec la Aiême clërté ^'idéës'bt la inème De Tîm

aimplicité^de langagé^que Féneloa traite là qne»^ ^^^^^ ^^

iioQ de Timmortaliié dé Véixne,

fc 11 est très-vrai que Taiàe n'a point une exis- 1» ténce nécessaire. 'Dieu n'auroit besoin d'aucune ■m: action pour anéantir ratné de l^ommé; i! n'au- » roit qu'à laisser cesser un montent factioit par » laquelle il continue sa créalioli en chaque mo- » inent, pour la replong^i; dans l'a^îmè dunéant, ai d'où il l'a tirée.

»^ Mais il s'agit de savoir si Ysmt a en soi des ^ causas naturelles de destruction qui fassent finir ir son existedce après un certain temps, et si on m peut démontrer philosophiquement que ^l'aine «'n'a poin:t en soi de telles causes.

^ En Toioi k: preuve négative. Dès qu'on a » supposé Iftv distinotibn très -réelle de l'arme et

ag6 BisToiAs i>s fénelo»,

» du corps /on est tout étonné de leur union, » et ce n'est que par la seule puissance de Diea » qu'on peut concevoir comment il a pu unir et » faire opérer de concert ces deux natures si dis- !» semblables. Les corps ne pensent point ; les » âmes ne sont ni divisibles^ ni étendues , ni figu- » rées, ni revêtues des prc^priétés corporelles. La » distinction réelié et l'entière dissemblance de » nature de ces xleux êtres étant ainsi établie, 3> on ne doit nullement s'étonner que leur union, » qui ne cobsiste que dans une *espèce de concert » ou de rapport mutuel entre tes pensées de Tun » et les mouvemens de l'autre, puisse cesser sans » qu'aucun de ces deux êtres cesse d'exister. Il » faut au contraire s'étonnef* de ce que ^deux 1» êtres de nature si dissemblable peuvent demeu-* D rer quelque temps dans ce concert d*opéra- ^ tions.. A quel prgpos- cdnduroit-on que l'un » de ces deu4 êtres seroit anéanti , dès que leur >» union, qui leur est si peu naturelle ^ vieadroit s> à cesser? Il y a plus; représentons-^nous deux » corps absolument de même nature; séparez- » les, vous ne détruisez ni l'un ni l'autre. L'exis- » tence même de l'un ne 'peut jamais prouver » l'existence de l'autre; et l'anéantissement du » second ne peut jamais prouver- ranéantissement » du premier; quoiqu'on les suppose semblables

.^ LIV&JI HUITIÈMB. 297

^.eatoatylear dîstinctiou réelle suffit pour dé- ». montrer qu'ils ne sont jamaiis l'un à l'autre une » cause d'existence o« d'anéantissement.

» Si l'on doit raisonner ainsi de deux corps » qu'on sépare et qui sont entièrement de même >» nature, à combien plus forte raison doit-on rai- » sonner de méme^^d'un esprit et d'un corps dont j» l'union n'a rien de naturel , tant leurs natures » sont dissemblables en tout ?

3» L'union de l'ame et du corps ne consistant

» que dans un concert ou rapport mutuel entre

» les pensées de l'un et les mou.vemens de l'autre,

» il est fiàcile de voir ce que la cessation de ce

» concert doit opérer. Ce concert n'est point na-

» turel à ces deux êtres si dissemblables et si in-

» dépendans l'un de l'autre. Il n'y a même que

.» Dieu. qui ait pu, par une volonté purement

.» arbitraire et toute -puissante, assujétir deux

» êtres , si divers en nature et en opérations , à

«. ce concert pour opérei* ensemble. Faites cesser

» la volonté purement arbitraire et toute-puîs-

-» santé de Dieu, ce concert, pour ainsi dire, si

» forcéy cesse aussitôt, comme une pierre .tombe

j> par son propre poids dès qu'une main ne la

» tient«plus en l'air. Chacune de ces deux parties

, » rentre dans son indépendance naturelle 4^'opé-

» rations à l'égard de l'autre. Il doit^rrivei4le là

»que Tame, loin d'être aqéantie par cette désu-

±^ BI8T01XB Bt FiUttOVy

Si nion , qni Be fait qiié k i^emettr» dâDi son éUtt B tialurel| est alors libre de pMser iûdtfpëoidlafD» B ment de toas les mouteol^tid du corps. La fia B de cette union n'est qo*nn dégagemeût étqu one B liberté, comme Tunion n'est qn*Qne gène et an B pur assnjétissement. Alors Famé doit penser V indépendamment de tous les mou^emens des B corps, comme on suppose dans la religion chré- » tienne que les anges qui n'ont jamais été nnis B à des corps pensent dans le ciel.

Ér De son côté, le corps nV^ point anéanti ; il B n'y a pas le moindre atome qui pâlisse. Il n'a^ j^rrve, dans ce qrfon appelle la mort, qu'ua w simple dérangement d'organes. Les corpuscleus v les pins snbtik s'exhalent y la machine se dissout * et se déconcerte; mais en quelque endroit que Vf ta corruption^ ou te hasard en écarte les débris, B aucune parcell^ne cesse jamais d'exister; ettem » les philosophes sontd'accord poui^ supposer qa*ii » n'arrrive jamais dans Punivers l'atiéautissemeot B db plus vil et du plus imperceptible atowe.

I»: A quel propos craiindr6it-oti l'atiéanliâysiiieflft B dé cette autre substance noble et pensante , qiï^ B' nous appelons l'ame ? Coùiment ^ourroft^oA B supposer que le corps, qui nes'abéMtit ttwU^ B meut, anébntisse l'ame^ qui eàt'plùsf ridl^ qu^ * lëit q«ï 1*»^ ^t éii-Sn^t^e, el qui eh es* absolu*- B mentindépâidante?

91 II ^ "vtm: qu'en tout, temps Dieu est toutm puissant pour anéfintir Ca»^; . mais il n'y a au- » coue raison de croÎTe qu'il 1^ ▼>eaiiie feire dan& PB le temps de la désnnion da co^ps, platdt que » dans le temps de Funion. Dès qa'on suppose la 31 distinction de Tame et di| corps» il fautoonn dure sans hésiter que Tame n'a ni composkion^ n ni divisibilité y lii figure, ni situation de par- V tieSf ni par conséquent arrangement df organes. » Pour le eorp^qni a de^organes» il peut perdra à cet arrai^ement de parties; il peut changer de a figure et être déconcerté } mais pour rame, elle 9 nesauroit jamais pçrdre cet arrangement qu^'eile 9 n'a pas, et qui ne convient pas à sa nature.

9 On: pourroit dire qu^ l'ame, n'étant créée » 4|ue pour être unie avec le corps, die est teHe* » ment bornée à cette spciété, que son existence m empruntée cesse dès que sa société- avec le » corps finit. Mais c'est parler sans preuve que » de supposer que l'ame n'est créée qu'avee une » existence entièrement bomëe au t^mps de sa n sodété avec le corps. De-quet droit le suppose- » t-on au lieu de le prouver? On sait, et tous les » philosophes conviennent que l'existence du » corps n'est point bornée à la durée de- la société 9 avec l'amer Âpl^s que la^ mori a> rompu cet^ a société., le corps existe ^i^ore fusque dMS'left

3oO BISTO'IKB DE PÉKBLOlfy

1» moindres parcelles. On voit seulement deux » choses : Tune, que le corps se divise et se dé- » range; c'est ce qui ne peut arriver à Famé^ qui » est simple, indivisible et sans arrangement; » l'autre,, est que le corps ne se meut pias avec » dépendance des pense'es de Tame, Ne faqt-il .3» pas en conclure que Tame continue à exister de 1» son côt^y et qu'elle commence alors à penser » indépendamment des opérations du corps ? » L'opération suit Tétre, comme tous les philo- » sophes en conviennent; la nature ^e l'ame et » celle du corps sont indépendantes l'une de » l'autre, tant en nature qu'en opérations/ La » fin de leur société passagère les laisse opérer » librement^ chacun . selon sa . nature qui . n'a » aucun rapport à celle de l'autre. »

» E^fin, il ne s'agit que desavoir si Dieu, qui u est le maître d'anéantir l'ame^ de Thomme ou de i> continuer sans fin son existence, a voulu cet )i anéantissement ou cette conservation. Il n'y a » mille apparence de croire qu'il veuille anéantir » les âmes, lui qui n'anéantit pas le moindre » atome dans l'univers

2> 11 faut néanmoins avouer que nous devrions V croire cet anéantissement si extraordinaire. et ». si difficile a comprendre, supposé que Dieu a lui-même nous l'apprit par sa parole. Ce qui

tlVUB BUITlkMK. 3ot

» dépend de sa volonté arbitraire ne peut nopt >i être découvert qiie par lui. Ceux qui veulent » croire. la mortalité deTame, contre toute vrai^ .)» semblance, doivent nous prouver que DTéu a » parlé pour nous en assurer. Ce n'est nullement >> à nous à leur prouver que Dieu ne veut point » faire cet anéantissement ; il nous suffit de sup« » poser que l'ame de Thomme-, qui est le plus » parfait des êtres que nous connoissons après » Dieu y doit sans doute beaucoup moi^s perdre » son existence que tous les êtres qui nous envi- » ronnent, et qui^ont si inférieurs à Tame. Voilà » un préjugé raisonnable , constant , décisif; c'est » à nos adversaires, à venir nous en déposséder 2> parles preuves claires et décisives. Or, ils ne 9 peuvent jamais le prouver que par une décla- » ration pçsitive de Dieu même; qu'on se taise » dpi^e ou qu'on nous montre une déclaration de » Dieu pour cette excep^on à la loi générale » qu'il a établie pour les êtres même physiques.

» Mais nous produisons un livre qui porte » toutes les marques de divinité, puisque c'est V lui qui nous a appris à connoître et à aimer » souverainement le.vrai Dieu. C'est dans ce livre » que Dieu parle si bien en Dieu , quand il dit : » Je suis' celui ^ui est. Nul autre livré a'a peint » Dieu d'une manière digne de lui. Le livre que

3o% BisT^iA* Wl Fiirtlôir,

9 tidUs ftvoiiléa main^ at>rèfl Avoir ftionM Dîea » tel qu'il est y nous enseigné le seul culte digne ^ de lui. Il ne ^agit point dé l*apaiser par le san^ » des Victimes; il faut l'aimer plus que soi-même; » il faut renoncer pour lui et préfacer sa volonté a» k la nôtre } il faut que son amour opère en nous a» toutes les vertus et n'y souffre aucun vice. CTest » ce renversement' total du dœur de l'homme 3» que Fhottime n'auroit jamais pu imaginer; il 3» n*auroit* jamais inventa une telle religion , qui » ne lui laisse pas même sa pensée et sa volonté ; » lors même qu'on lui propose œtte religion avec 3» la plus suprême autorité , son esprit ne peut la » concevoir, sa volonté se révolte , et tout son 3^ forid est irrité. Il ne faut pas s'en étonner, puis- » qu'il s'agit de* démonter tout riiommë, de déiâ grader ce moi y qui lui est si ther, de* briser yi Cette idole, de former un homme nouveau, et M de mettre Dieu eu la placé de ce moi. Toutes^ » les (bis que llidmme inventera une i^ligion , yt il la fera bien différente; l'amour-^prôpre la dic- » tera; il là fera toute pour lui, celle*ci Âe lui y^ laisse rien. Celle-^ci est néanmoins si juste, que I» ce qui nous soulève le plus contre elle, est préit osémeiit ce qui doit le plus convaincre de sa 31» Hérité. TAtn tout, à qui tout est dû ; et là drëa- 3r ture rieui, à qui 'rien ne doit âetueurer qu'enf

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