‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 3)Chapitre 40 sur 72 · I.XV&B BUITXÈMX. |oS · texte numérisé non relu

I.XV&B BUITXÈMX. |oS

« I^ et pour Diea. Tojate rriigion qni ne va JÊ pas jusque-là çst ipHigne de Dieu ^ ne redresse m point rboname^ et porte un caractère de faos^ Il settf tout manifeste. Il n*y a sur la terre qu*un ^ «eul livre original, qui fasse consister la reliai gion à aimer Dieu plus que soi et à se renoncer » pour lui. Les autres, qui i;^pètent cette grande » vérité, Font tirée de celui^H. Le livre qui a fai^ m ainsi connottre au monde la grandeur de Dieu, M la misère de Thomme, et ifn cuite fond^ sur » lamour , ne peut être que divin. Ou il i/y a » aucune religion, ou celle-là est la seule véri- » lable. Ce livre a fait toul ce qu'il a dit : il a » ebangé la face du monde; il a peuplé les déserts a» de solitaires qui ont été des anges dan$ des^ o corps mortels ; il a fait fleurir, jusque dans le » monde le plus impie et le plus corrompu, le» 9 vertus les plus pénibles et les plus aimables» lin » tel livre doit âtre cru comme s'il étoit descendu 3» du ciel Sur la terre j c'<est ce livre où pieu nous 2» déclare une vérité déjà si vraisemblable par » elle-même. Le même Dieu tout bon et tout- » puissant, qui pourroit seul nous èber la vie » éternelle, nous la promet; c'est par l'attentedç » cette vie sans fin qu'il a appris à tant de mar^ » lyrs à mépriser la vie courte , fragile et misé- >» Tabla des corps. N'est*il pas naturel que Dieu ^

3o4 BISTOIEB DE TtfTBlXyV,

» qui* éprouvé dans cette courte vie chaque » homme pour le vice ef pour la vertu, et qui 3» laisse souvent les impies achever leur, coursdans » la pro^érité, pendant que les justes vivent et » meurent dans le mépris et dans la douleur, » réserve à une autre vie le châtiment des uns et » la récompense des autres ? c'est ce que ce livre 3» divin nous enseigne. Merveilleuse et consolante » conformité entre les oracles de rÉcriture et la » vérité que nous portons empreinte au fond de 3» nous-mêmes »/

On est étonné de voir que le duc d'Orléans ait eu besoin de consultef Fénelon sur l'existence du libre arbitre. Ce prince , qui oiTroit en effet un « exemple déplorable de la servitude humiliante à laquelle on est condamné lorsqu'on se laisse dominer j)ar ses passions , vouloit peut-être se faire illusion à lui-même^ ou du moins excuser ses égaremenSy en paroissant croire qu'il étoit entraîné par une espèce de fatalité au par l'ascendant d'une nature plus puissante que sa raison et sa volonté. La réponse de Fénelon ne dut pas lui permettre de conserver cette pitoyable ressource des esprits qui cherchent à se tromper eax-mêmes^ et des cœurs qui s'e^orcent en vain d'étoufièr leurs remords. Bu libre « Il ne s'agit points lui écrivoit Fénelon, d*exa* "^*^* 9 miner si Dieu n'auroit pas pu créer l'homme

» sans

» sans lui donner là liberté, et en le nécessitant M à vouloir toujours lé bien, comme on suppose » dans lé christianisme que les bienheureux dans le » ciel sont nécessités sans cesse à aimer Dieu. Qui » est- ce qui peut douter que Dieu n'ait été le » maitré absolu de créer d^abord les hommes dans » cet état, et de les y fixer à jamais ?

» Mais ce qui décide est la conviction intime » où nous sommes sans cesse de notre liberté. » Notre raison ne consiste que dans nos idées )» claires; nous ne pouvons que les consulter » attentivement pour conclure qu^une propo'si- » tion est vraie ou fausse; il ne dépend pas dé » nous^e croire que le oiii est le non, et qu'un » cercle est un triangle. D'où vient qu'il nous est . » absolument itnpossible de confondre ces choses! » c'est que l'exercice de la raison se réduit à con- » sulter nos idées, et que l'idée d'un cercle est » absolument difierente de celle d'un triangle. 3» Raisonnes» tant qull vous plaira, je vtSÊk défie » de former jamais aucun doute sérieux contre » aucune de vos idées claires. Vous ne jugei ja- » mais d'aucune d'elles; mais c'est par elles que » v8us jugez , et elles sont la règle immuable de » tous vos jugémens ; yôus ne vous trompez qu'en » ne les consultaht pas avec assez d'exactitude. » Si vous n'affirmiez que ce qu'elles présentent, Fékelon. Tom. lY. ao

3o6 HlSTOmE DE FÉlfELOir^

» si vous ne rejetiez que ce qu'elles excluent » avec clartëy vous ne tomberiez jamais dans la » moindre erreur, vous suspendriez votre juge- » ment dès que Tidée que vous consulteriez ne » voijs paroilroit pas assez claire, et vous ne vous » rendriez jamais qu'à une clarté invincible. Ceux » qui rejettent spéculalivement cette règle ne » s'entendent pas eux-mêmes, et suivent sans » cesse par nécessité, dans la pratique, ce qu'ils » rejettent dans la spéculation.

. » Le principe fondamental de toute raison » étant po^, je soutiens que notre libre arbitre i> jsst une de ces vérités dont tout homme, qui » n*eztravague pas , a une idée si claire <yie l'é- » vidence en est invincible. Tout homme sensé » qui se consulte et qui s'écoute, porte au de- » dans de soi une décision invincible en faveur » de sa liberté. Cette idée nous représente qu*un » homme n'est coupable que quand il fait ce qu^il » peuj^'empêcher de faire, c'est-à-dirè ce qu'il » fait par le choix de sa volonté, sans y être dé- )> terminé inévitablement et invinciblement par » quelque autre cause distinguée de sa volonté.

» Le doute ne sauroit étjre plus sincère et |»I,us » sérieux sur la liberté que sur Texistence des » corps qui vous environnent. Raisonnez tant » qu'il vous plaiw sur vos idées claires, il faut ou

LITllB HUITltsiB. So^.

» les suivre sans crainte de se tromper, otf être » al^solument pyrrhonien. Mais les pyrrhoniens, » connue on a en raison de le dire, ëtoieût une » secte ide mentelirsy et non pas de philosophes; » ils se vantoîent de douter, quoiqu'il ne fût pati » plus en leur pouvoir, qu'en celui des iiutreâ » hommes, de douter des vérités claires. D'ailleurS » le doute universel est insoutenable; quand » même nos idées claires devroient nous tromper, » il est inutile de délibérer pour savoir si «ous » les suivrons^ ou ne les suivrons pas; leur évi- » dence est invincible, elle entraine notre ]uge« » ment; et si elles nous trompent, nous sommes u dans une nécessité invincible d'être trompés; » en ce cas> nous ne nous trompons pas nous^ » mêmes j c'est une puissance supérieure à la nôtre » qui nous trompe et qui nous dévoue à l'erreur* » Nous pouvons bien suspendre notre conclusion, » quand les idées sont obscures et quand leur » obscurité nous laisse en suspens ; 'mais quand » elles sont claires comme cette vérité : deux et » deux font quatre j le doute seroit , non un usag« » delà raison, mais un délire.

i> Au reste) il est assez inutile de raisonner et » de disputer avec les hommes qui nient le lihre » arbitre; il suffit de les mettre à l'cprouve dans M les plus eommunes occasions delà vie, et où ils

ioi' RISTOIAK DB IPÉNELOIT,

ù ont un iniérét personnel) pour les confondre X par eux"- mêmes. «

» Il est vrai qu'il y a certaines actions que noQs » ne sommes pas libres de faireÇ et que tK>us ëvi- » tons par nécessité. Alors nous n'avons aucun » motif de vouloir qu'il paisse toucbér notre en-- M tendeménty le mettre «n suspens et nous faire » délibéi'er. C'est ainsi qu'un homme sain de » corps et d'esprit > vertueux et plein de religion, » n'e^t pas libre de se jeter par les fenêtres ^ de » courir tout nu par les rues, et de tuer ses eu- » fans. Il ne pourroit y avoir qu'une mélancolie 3» folle, ou un désespoir semblable à celui de di- )» vers païens, qui pourroit jeter un homme dans » de telles extrémités. Mais comme nous sentons » en nous une vraie impuissance de faire des ac- M tiens si insensées pendant que nous avons l'iisage •» de notre raison, nous sentons au contraire que » nous sommes libres à l'égard de tous lés partis « sur lesquels nous délibérons sérieusement.

» Il faut encore avouer que l'homme n'est libre )> ni à l'égard du bien, pris en général, ni à T^- ^ gard du souverain bien clairement connu. La » liberté consiste dans une espèce d'équilibre de ^ la volonté entre deux parties; l'homme nô peut » choisir qu'entre des objets dignes de quelque » choix et de quelque amour en eux-mêmes, et

1». qui fojQl «De espèce de contre-poids entre eux* 19 II (w>i de pari et d'autre des raisons vraies pa ^ app^tienteft éa voulQir;^ c^est ce qu'on appelle » des. motifs;, o^ il n'y a que des biens vpais ouc n. «j^paiiens qui excitent la.voIont£

n Si le J>ien..supréme venoit à se montcer tout-- ». à-<^aup aveetévidence^^ avec son attrait infini et a IODtr|iui«saBt, il raviroit d'abord, tout Tamoui^ », de la volonté, et ilferoit disparollre tout autre nbien^. comme le grand jour dissipe les ombres. H. df la nuil.

» Il est ais^ de voir que dans le cours de cette- >i vôjBy la plupart des biens qui: se présentent à: » nous y sont ou. si médioeres en eux-mêmes, ou 31 si obseurcfe, qii^ik noiis laissent en état de lés a compareis; c'est par cette comparaison qûénous^ 9 délibérons pour choisir, et quand nous délibéi»riïns, ^ous sentons par conscience intime qiie » nous spmmes. les maîtres de choisin C'est dans u le Qdnire-poids des biens opposés que là libei^té Si ^'exerçai

< » Ot^etf cette liberté; toute la vie bumaihe est » cenyersée., et il n'y. a plus aucune trace d'ordre: m dao9 la société. Si lés hommes ne sont pas li»- » bres dans ce qu'ils font de bien et die mal,^ » le bien nesi plus bien, et le mal n'est plus^ »r mf^.Otea la liberté, vous ne laissez suc la teri:^^

3l.9 IIISTOIRS DS FéjfBLQ9>

n ni vice, ni vertu, ni mérite. Les rëcompenfes r sont ridicules^ et leç çbâtimens sont injustes ou » odieui^. CU^cun ne fait que ce qu'il doit, puisn qq'il agit selon la nécessité.

» On demande com^nent estrce que l'Etre infi- » niaient parfait, qui tend toujours, selon sa ^ nature, à la plus haute perfection de son » ouvrage, a pu créer des volontés libres, c^cst- « à-dire^ laissées à leur propre choix, ^ntre le )• bien et le m£|], entre Tordre et le désordre? » Pourquoi les auroit-il abandonnées à leur pro* » pre fo.iblesse, prévoyant que TuSage qu'elles en n fjsroient, seroit celui de se perdre et de dérégler » tout l'ouvrage divin?

^ » Je réponds, i.^que ce qu^qu veut nier est io^ » contestable. D'un côté^^ on avoue qu'il y a un >x qire infiniment ps^riait qui ^. çfiéé Içs hommes; » d'un autre côté , la nature entière crie qqe noas 3» sommes libres. Si Thomme bQrpé se peut pas » cp^mprcndre commerit cette liberté» source de » tout désordre, peut s'accorder avçiç l'ordre su? x| prêtnq dans l'oqyrage de Dieu, il »'a qu'à croire » humblement ce qu'il ne comprend pus. Quand » même il ne pourroU pas conaprendrç. par sa » raison upe vérité dont sa raison ne lui permet » pas dç douter, il faudroit regarder cette vérité j? comme tant d'autres de l'ordre natu^rcl,.q«'o^

LIVRÏ HtllTIÈME, 3 II'

»• ne' peut ni éclâircir, ni révoquer sérieusement » en doute , comme, par exemple , la vérité de la » matière y qifon ne peut supposer ni composée » d*atomes, ni divisible h Vidflm, sans des diffi^ » culté/insm*montabIes.

» 2;o II n'y a que Dieu seul qui puisse être inr » finiiâent parfait^, rien ne peut être égal à lui; » rien ne peut même qu'être infiniment au-des- » sous de lui. De là il faut conclure que, non nobstant sa toute -puissance, il ne peut rien . if produire hors de fui, qui ne soit infiniment ïi parfait. Pour concevoir ce que Dieu peut V produire hbris de lui, il faut se le représenter » comme voyant des degrés infinis de perfection »' au-dessous de la sienne. En quelque degré qu^l » s'arrête, il en trouve d'infinis, en remontant » vers lui et en descendant au-dessous de lui, » Ainsi il ne peut fixer son ouvrage à aucun. » degré, qu'il n'ait une infériorité infinie à son « égard/ Il est vrai que Dieu aurôit pu créer » l'homme impeccable, bienh^reux, et dans Té-^ n tat des esprits célestes; eii cet état, les hommes » auraient été, je l'avoue, plus parfaits et plus » participans de l'ordre supVême. Mais Tobjec- » tion qu'on fait resteroit toujours toute entière, » puisqu'il y a encore au-dessus des esprits céï* lestes qui sont bornés, des degrés infinis de

^1% HISTOIRE D^ FÉ^EI^OlTy

9 perfection, en remontant vers Dieu, dans ks^ » quels le Créateur auront pu çr^r /des êtres S|i- » périeurs aux anges. Si Pieu u^a pas fait rbomme » plus parfait, en le faisant ^opeccable, ce&t » qu'il ne Fa pas voulu ; son ipfinie pei'feictioi^ » ne lassajettit point ^ donner ui^ degré de per- 1» fection, sans qu'il y e^ ait d'autres à Tinfinl » au-dessus de ce degr^ néces^aireo^ent linûte » par rapport à Dieu. Chaque degré a un ordre » et une perfection relative digne du Créateur, j> quoique les degrés supérieurs en aie^nt d^van- » tage. L*bomme libre est bon çn soi, conforme » à Tordre, et digne de Dieu, qaoiquç| l'bpnapie » impeccable soit encore meilleur.

» 3.0 Dieu, en faisant Tbômme libre, ne Ta » point abandonné à lui-même; il Téclaire par la » raison; il est lui-même au-^ded^ns de Tbomme » pour lui inspirer le bien, pour lui reprocher » jusqu'au moindre mal, pour l'attirer par ses f> promesses, pour le retqpir par ses menaces ^ » pour Fattendrir^par son amour. Il nous fav- » donn^, il nous redresse, il nous atteoid^ilsouf; » fre nos ingratitudes et nos mépris, il i^e m lassç » point de nous inviter jusqu'au dénier moment, » et la vie entière est une continuelle, grâce, J a- » voue que quand on se ^présente ^e$. hommes * sans liberté pour le hien , à qui Die;u demanda

» 4f|S vertus qui leur sont impossibles, cet aban- » don de pieu fait bprreyr ; il jçst contraire à spii » ordre et à s^ bpqté. Mais il n'est point cpnp traire à Tori^^ que Dieu ait l?àf^i an cbpii^ d^ » rhomme, ^eçoqru par ça gr^ce, de $e rendra » beureu^ par la vertu pu paalbei^reux p^ le. p^* » cbé. En cet état, rhonuDe ne ^opiTre ancp^ ^ ma) ^ue celui qu il .s^ fait à Jyji-méme^ âant » pleinement içatire 4e Sfi procurer le pins gra^4 » des bieBu|.

» 4-^ pieu, e^ faisapt Tbomi^e IjJbi'e, lui ^ » donné uii inervei^j^eux trait 4^ ressembkncj^ 3» s^vec la divinité y dopt il est rim^ge^ C'est tïjà^ ^ merveilleuse puissance dans Tétre di^pendi^n^ >> et créé, que sa clépe^dançe n'empêcbe ppint p pa^iber^é, et qu'il puisse se modifier cximipeil » lui plaît ; il se fait bon ou mauvais ^ son choix» » il tpurpe 315^ vplonté vers le bien ou vers le mal^ SI ^ il est, cpnune Dieu, maître de son opération » intime* Il a même, comme Pieu, un méjaiige » de liberté pour certains biens et de néçe^çité » popv 4'^ytres. Aucun des biens que rhpmipo » cpnDott. ^ci bas, ne surmonte sa vQk)nW> ai**" » cun ne le détermine invincib^^e^l;, toi^s U » lîii^ent à sa propre détermina ti^jt© 5 il çst à » lui, il délij>èrje, il (Jépide, et il ? ur e«i,pjiçç $m^ D preope sur son propre vouloir. W est c^rtaîot

3l4 HISTOIAE DX rÉKELOir,

» quMl y a dans cet empire sur &oi un caractère » de ressemblance avec la divinité, qui étonne.

» 5.^ N'est-il pas digne de Dieu qu'il mette » l'homme, par cette liberté, en état de méfiter? » Qu'y a-t-il de plus grand, pour une créature, » que le mérite? Le. mérite est un bien qu'on se » donne par son choix; et qui rend Fhomme digne » d'atutres biens d'un orA-e supérieur. Par le mé- » rite, rhomme s'élève, Vaccrott, se perfectionne, » et engage Dieu à lui donner de nouveaux biens w proportionnés, qu'on nomme récompense.

» N'est-il pas conforme à toutps les idées d'ordre » et de justice, que Dieu n'ait voulu lui donner » la béatitude qu'après la lui avoir fait mériter? Il » esterai que l'homme ne peut point mériter sans ^ » être capable de démériter; mais ce n'est point » pour produire le démérite que Dieu donne la » liberté ; il ne la donne' qu'en fàVeut du'mérîle, » et c'esli ^our le mérite, qui est son pnigue fin, » qu'il souffre le démérite, auquel la liberté éx- » pose l'homme. €'est contre Pintention de Dieu , » et malgré son secours,' que l'homme fait un » mauvais^usage d'uif don si excellent et si propre » à le perfectionner.

» 6.0 Dieu, en* donnant la liberté à Thèmme, » a voulu faire éclater «a bon té j sa magnificence » et' son amour, en sorte néanmoins que si

LlynK HUITIÈME. 3l5

» rhomme, contre son iatention , abnsoit de cette » liberté pour sortir de Fordreea péchant, Diea » le feroit rentrer dans Tordre par le châtiment » de son péché. Ainsi toutes* le» volontés sont » soumises à Tordre; les unes, en l'aimant et ^n s> persévérant dans cet amour; les autres, en j » reki^trant par le repentir de leurs égaremeos; » les autres , par le juste châtiment de leur \m^ » pénitence finale* Ainsi, Tordre prévaut ea tous » les hommes. Il est inviplablement conservé dans^ » les innocens, réparé dans les pécheurs conveiv » lis, et vengé par une éternelle justice, qui est » elle-même Tordre souverain, dans les pécheurs » impéniteos. En permettant le mal. Dieu .ne le » fait pas. Tout ce qqi est de lui dai^ son out » vrage demeure digne de lui. Si Dieu n'eût pas y> fait l'homme libre, il n*eût pu faire éclater ni » sa miséricorde, ni sa justice; il n'eût pu ni rér 3) compenser, ni punir, ni ramener l'homme » égaré. 11 se devoit en quelque façon ces difféx- D rens gepres de gloire; il se les dontie sans blés-* » ser sa bonté,. qui ne manque à nul homme. Si » on regarde la profondeur du conseil de Dieu » dans la permission du péché, on n'y trouve rien » d'iiij^uSte pour Thomme, puisqu'il' ne souffre » son égarement qu'«n lui donnant tous les ser . » cours pour np s'égater jamais. Si onu regarde

3l6 BISTOI&E DE FÉNELOir^

I» cette permîasioQ par rapport à Dieo même^ « elle n*a rien qui àltèa*e son ordre et ^a bontés if paîaqu'il n'a ffiit que aouffiùr œ qu'il ne fait ni n ne pvQCwe ; il oppose an péché tous ^es seconrs. fi de h raison et de la grâce; il ne reste que sa 9 «0U^e toute -puissance qu'il n*jr oppose* pas, p parce q.ull ne peut point violer le libre^ arbitre » qu'il a laissé krbommeeq fbveuç dn mérite; et p ce qui* échappe à Tordre^ du côté de la bonté i> et de la récompense^ y rentre en même temps » du côté de la justice et du ehâtiment. Ainsi p Tordre 1^ qui i^ deux parties essentielles^ subsiste w lAYlolablemeut par cette alternative de la mi- 9 sérieorde^ et de la yaMioe, à laquelIe^ chacun. j> doit appartenir ».

Tel est le résumé dé là correspondance de Fé* nelon aiKOC le doc d'Orléans, Le sujet seul d'ane^ pareille eorrespondanoe annonce le siècle oà ces. deux hommes vivoient, surtc^ut lorsqu'on pense au contraste si étonnant qu'ofiroient leurs mœurs ,. leur conduite et leurs maximes. Mais telle étoit l'habitude de raison^ de décence et d'yards ^ que conservoient encore pour le génie et la vertu les hommes même qu| s'étoient affranchis de toutes les lois de la morale dans l^ur conduitepdvée^ qu'ils se croyoien«»ol^igés de respecter «ertains^principes^et.deles discuter.. Cette di^*..

•lïVRK QUXTISICS. Zlf

4casa^i6n même sûpposoit. (de& doutes et ne résséta<^ f>loit pas à la présom'ptîofi tranchaote et abso^^ lue, qu'on a depuis apportée daifs ces sortes ûiè <IiscussionS) ni à Tindécénce choquante avec laquelle on a violé tons les ëgi^^ds dus au3t ràQgs^ aux professions et aux personnes.

Cette Éorrespôndànce ôiTré encore un suj^ éà réflexion d'une nature bien différente. Fénélori dut sans douté éprouver un frémis^ment involontaire, et jeter un regard' douloureux sUr revenir et sur lé sort de la France, en voyant i)ii prince du rang et de l'esprit du duc d'Orléans, un prince que les événémeus avoient approché du trône, et qui n'en étoit plus*séparé que par l'existence foible et précaire d'un enfant; un prince^ élevé k la Cour de Louis XIV, et habitué dès sa jeunesse à cet extrême respect pour la religion, dont le monarque, et tout ce qui Tenvironnoit, donnoient l'exemple, paroître douter des premiers prificipes de la religion naturelle, et avoir besoin d*une conviction étrangère pour croire à l'immortalité de son ame et à la liberté de sîa volonté.

Fénelon remercia sans doute la Providence de ne l'avoir poiùt réservé à être témoin Mes évé' nemens sinistres qui dévoient marquer un siècle qui s*ouvroit sous de pareils auspices; mais il ne pouvoit être indifférent à tous les malheurs que -

3x8 HISTOIEB VE FÉJVELOV,

cette hardiesse d'opinions, et ce mépris mal dis-» simulé de tous les principes religieux, dev oient , étendre sur une longue suite de générations. tx. ' Fénelon eut la consolation > avant de mourir, t nfie"* ^n ^'exécuter le projet qu'il avoit eu dès les premiers •émmaire à temps de Son épiscopat, de confier la direction MM. de s.- jg g^jjj séminaire à la congrégation de Saint-Sulpice. G'étoit au sein de cette pieuse institution qu'il avoit reçu sa première éducation ecclésiastique, et appris à goûter Içs maximes de cette vertu tendre, sensible, indulgente et religieuse, dont il avoit en sous les yeux les plus respectables modèles. Des rapports habituels et constans n'avoient fait que confirmer les sentimens que la reconnoissance avoit gravés dans son cœur; et lorsque, dans la chaleur de ses controverses avec Bossuet et le cacdinal de Noailles, il se vit forcé de suspendre toutes ses relations avec la congrégation de Saint-Sulpice, pour ne pas attirer sur elle la malveillance de ses puissans adversaires, le plus sensible de tous ses regrets fut de se voir privé des précieux secours qu'il en attendoit pour le clergé de Cambrai.

Mais i) étoit trop juste et trop 'éclairé, pour ne pas reconnoitre la nécessité des roénagemens extrêmes que les directeurs de Saint-Sulpicé dévoient avoir pour un prélat, tel que le cardinal

LITAB BUITIEMB. SlQ

de Noailles, qui éloit leur {Hremier soperieory el qui aYOÎt marqué^ arec tant dTédat, soa opposition aux sentimens de rarcbevêqoe de pambrai. L^espiit même de leur institut leur prescrivoit d*éyiter tout ce qui ponvoit les associer aux divi* siens des premiers pasteurs^ et leur faisoit une loi de se renfermer dans le cercle des utiles etmo* destes fonctions auxquelles ils s'étoient consacrés. D*ailleurs la congrégation de Saint-Sulpice se trouYoitdans une impossibilité réelle de satisfaire au yœu d*un grand nombre d^évéques, qui lui demandoient de se charger de leurs séminaires) empressement qui attestoit autant leur zèle pour rintérét de leurs diocèses, que leur .estime pour les respectables coopérateurs qu'ils appeloient à leur secours. Des engagemens antérieurs ne permettoient pas même au supérieur de Saint- Sulpice d'entrevoir l'époque à laquelle il pourroit remplir les vues de l'archevêque de Cambrai. Dans cette position affligeante, il avoit fallu .que Fénelon et Tabbé de < Qhanterac suppléassent, par leur zèle et leurs s|>ins personnels, aux ressources qui leur manquoient, et remplissent, pour ainsi dire, eux-mêmes toutes les fonctions de directeurs du séminaire de Cambrai. Mais Fénelon, peu de temps avant sa mort, avoit obtenu de Louis XI V une lettre de.cachet, qui enjoignoit

Bio BistoiiiB bs rÊiiELbii,

à la congrégation de Sàint-Sulpice dé se cbarger da sémioaire de Cambrai, et cet ordre avoît été détermina par la considération dé tous les avantages qui dévoient en résulter pour lin diocèse si important. Il n*eut pas là" satisfaction de voir cet établissement entièrement perfectionné, et ses derniers vœux, en mourant, eurent pour objet de supplier Louis* XlVvde mettre la dernière ihain à un ouvrage si intéressant pour le diocèse de Cambrai.

^ Fénelon vécut encore assez long-temps pour voir naître les orages qui menacèrent TEglise de France d*uiie espèce dé schisme.

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