X. On peut se rappeler que Louis XIV s'étoit
Affaira de la borné à demander au cardinal de Noailles qu'il
constitation
Umigenitus. Consentît, pouf le bien de la paix, a révoquer Tapprobàtion qu'il avoit donnée au livre du père Quesnel ; ce prélat s'étoit constamment refusé à donner au Roi un témoignage de condescendance, qui auroit probablement suffi pour calmer les esprits et pour rendre au cardinal lui-même . tous les avantages que sei^variations continuelles lui avoient fait perdre.
Louis Xiy estimoit et respectoit sincèrement
lés vertus du cardinal de Noailles; et madame de
Maintenon , qui tenoit à sa famille par des liens
4 qui lui étoient chers, auroit pu faire valoir auprès
du
LIT&B âUITlÈKE. 32C
dtt Roi un acte de défiîrence auquel ce prihce attachoit le plus grand prix. D^ailleurs le cardinal avoit sous les yeux un exemple bien récent du mérite et de la gloire qu*nn évéque peut recueillir^ en sacrifiant ses sentimens personnels à Tintérét de la religion et à la tranquillité de TEglise. Il avoit dù.sans doute être bien plus péni^ ble pour Féneloi^ de souscrire à la condamnation d'un livre dont il étoit lui-même Fauteur, et r(u'il avoit défendu par des raisons assez spécieuses pour tenir long-temps en-suspens le jugement du saint Siège, qn*il ne pouvoit Tétre pour le cardinal de Noailles de révoquer la simple approbation qu'il avoit accordée à un ouvrage dont il n'étoit ni Fauteur , ni le garant nécessaire , et sur lequel son opinion pouvoit avoir été surprise, sans qu'on pût l'accuser d'en partager les erreurs, lia soumission de Fénelon, bien loin d'avoir altéré l'estime .publique, avoit ajouté un nouveau lustre à l'éclat de ses vertus.
Mais ce qui devoit toucher encore plus un cœur aussi religieux que celui du cardinal )ie Noailles, c'çstque la soumission de Fénelon avoit mis toutà-coup un terme à toutes les controverses que sa doctrine avoit excitées; elle ne comptoit déjà plus aucuns partisans; et une dispute qui avoit allumé des discussions si vives et si animées entre Fénelon. Tom. iv, ai'
3^) HISTOIRE Dt ^ÉMBLOlf)
les deux p)us graiiii&^vé4\:ie$ deFEglisede fetianue^
étoit déjà entièrement oubliée.
, l\ est vrai que le cardinal de NoaiUes , en se
Infusant à révoquer, rapprobation qu*il avoîtdon-
née au livre du père Quesnel, avoit demandé
lui-même que TeKaaieii en fût renvoyé au Pape ;
il avoit même pris avec Louis XIV rengagement
formel de souscrire au jugement qu'en poi^teroit
le saint Siège, Il venoit. de renouveler cet enga^
gement, de la manière la plus précise, dans um
lettre à Tévéque d'Ageî^, à laquelle il avoit donné
^I. la plus grande publicité^ « Je n'ai pas balancé,
ar^mlx de * ^crivoitril k ce, ]^^aty h dire à tous ceux qui
NoaiUes à Pô- ^ Ont voulu.Fqntepdre, q^u'on ne me verrait fa--
^ ^^^ ,r » mais ni mettra ^ ni scuffrir. la division dtms gcn, ao de- » .nr t
cenibrc 1711. » l'EgUse, pour «71 liure dont la religion peut se » passer^ que si nçtre saint père le Pape Juge à » propos de censurer celui-ci dans les formes , je » recevrai sa constitution et sa centre avec tout » le respect possible.^ et que je serai le premier à » donner Vexemple d'une parfaite soumission » d! esprit et de cœur ».
Il est assez vraisemblable que lorsque le cardinal de NoaiUes avoit pris cet engagement, il étoit dans Tinteniion sincère de Ip remplir. Il pouvoît donc encore méritev la même gloire que Fénelon y e|i marchant isur ses traces et en donnant
à l'Eglise on témoignage heureux et éclatant de la pureté de ses inoti&, et des sentimens de piété dont sa vie entière offroit le modèle le plus édi-fiant. Peut-être aufssi^ par une suite de Thésitation naturelle de son caractère , avoit-il préféré de se confier aux incertitudes de l'avenir.
Il savoit avec quelle sage circonspection , le saint Siège est dans Tusage de procéder dans l.es jugemens dogmatiques qui' doivent fixer la règle de la croyance religieuse; et les lenteurs inévi- 'tables dans Fexamen d'un livre très -étendu^ offroient encore au cardinal de Noailles l'espérance de quelque changement favorable dans les dispositions de Louis Xiy ou dans l'état des aifairés publiques. Car il est facile d'observer^ dans toute la conduite de ce prélat ^ qu'il étoit presque, toujours plus occupé à'élnder les difficultés du moment que capable de se prescrire une marche fixe, invariable, i'ndépendante des événem'ens.
Mais quelles que fussent ses illusioiis et ses espérances, il n'avoit pas tenu à madame de Maintenon de l'éclairer sur le danger de cette conduite versatile, et sur le dénouement de la malheureuse discussion dans laquelle il s'étoit engagé. Elle lui écrivoit avec ce mélange de politesse et de raison, dont elle ne s'écaitoit jamais r « Vous 4 savez, Monseigneur, combien le Uoi souhaite
324 niStOIAE D< rÉKELOlty
» la fin de toates ces divisions; il rCest plus pôs^ » sible de vous disculper dfi les entretenir Vos » défenses sont solides; mais elles viennent dans » *un temj^ malheureux. La vérité est pouir vous |, )> les circonstances contre vous; vous voyez que » je ne vous flatte point. Je veux bien croire que » les erreurs be sont pas aussi grandes, que le » disent ceux qui en poiïrsuivent la condamna- » tion ;'mais enfin ce sont des erreurs, et le tout » finira à la gloire du père Letellier. Je souhaite » avec ardeur que votre conduite soit -aussi pTu- • » dente qu'elle est ferme , et que vos intentions » soient aussi sages qu'eÙes sont droiteis ».
Le cardinal de Noailles ne s'étoit pas trompé lorsqu'il avoit prévu que la Cour de Rome apporteroit beaucoup de lenteur et de maturité dans sa décision; elle eut même besoin d'une grande force et d'une gmnde sagesse pour résister à Timpatience de Louis XIV, dont les instances <:onti- Buelles tendoient à accélérer un jugement qu'il croyoitnécessaireà la tranquillité deson royaume. Mais plus Clément XI observoit que les esprits étoient aigris et exaltés en France, plus il voulut se défendre d'une précipitation qui ne convenoit ni à son caractère de juge, ni à sa qualité de père commun des fidèles. Comme il n'ignoroit pas que r>on accusoit les Jésuites de jouer un rôle principal
IrIVEB BUlTlkMB. 3aS
itws cette contestation, il portu Fattfntion et lo scrupale )ivq4i?|k ne choisir les prinçipaax ezami* natears du livre diirpère Qaesnel que dans les ordres religieux et dans les écoles les plus opposées aux opinions de cette sodété. On ne coa»pioit parmi eux qu^un seul jésuite» depuis long* temps théologien en titre du saint Siège» tandis qa'on y ▼oy oj txlenx dominicains » deux cordeliers y un bé<^ nédictin» un augustin ; il )»rit lui-même la connoissance la plus .approfondie d^ toutes les questions . ' qui fcirent Tobjet de cet^examoq.
le sais bien que cet exposé paroîtra s*accprder bien peu avec toutes les relations mensongères que Fesprit de^parti a puMiée^ sur cette afiàire; trop souvent Te^prit de légèreté s'ebpresse d*adopter toutes les relations d« ce genre, sans se donner la peine >de remanier ^aux sources, poup rechercher la* vérité avec cette impar4îalité eS cette critique judicieuse qui peuvent seules y conduire. Mais nous trouvons, parmi les manuscrits de Eéndon, la lettre d*na de ses correspond daqs, quLétoit alors à Rome, et que son. état eises. rapports habituels mettoient à portée d*éti*e . exactement instruit de tonti ce qui s*y passoit.
Voici ce qu*oo, écrivoit à Fénelon : a Jamais ^l^n peut-être aucun livre tfa été examiné, ni- plus ^^i^,^ J^*g 9 loog-rtemps, ni avec plus.de précaution (que «epL 1713.
(ManMcr.)
320 HISTOIRE DE FÉNELOlf,
» celui du père Quesnel). On a employa à cet » exaœen, pendant près de trois ans, les plus » habiles théologieos de Rome, tirés de toutes les » écoles les plus fameuses et de tons les corps re- » ligieux qui font une étude particulière de la » théologie. On comptoit parmi les examinateure » deux dominicains, deux cordeliers, un aaguSr » tin, un jésuite, un bénédictin, un barnabite et » un prêtre de la congrégation de la mission. » Après dix-sept conférences de quatre à cinq n heures chacune, tenues entre ces théologiens ^ » en pi*ésence des cardinaux Ferrari et Fabroni, » on examina encore toutes les propositions en » présence ^u Pape et de neuf cardinaux de la » congi^ation du Saint-Office^ dans vingt •• trois » congrégations, où se trouvèrent tous les théo« » Jogiens qui avoient. été chargés de rexamen » préliminaire, aini» que tous les consulteurs » ordinaires du Saint -Office. Le commissaire du » Saint-Office, qui est toujours un dominicain^ » et le. général des dominicains, s^ trouvoient 9 également, ainsi qu'un grand nombre de pré- » lats. On commençoit dans ces congrégations » par examiner si la proposition latine étoit fidè- » lement traduite du français ; puis on examinoit n le sens, et la qualité de la proposition ; il n'y a » aucune proposition qui n'ait coûté au Pape
» trois OU quatre heures; d'ëtude particuiière ».
Nous trouvons^ dans une anlr^ letti^e écrite à Fénelon par la même personne ^ trois ou q^uatre mois avant la pronoLuIgation. de la coustitution UnîgenàuSj^ ua fait qui prouye Tattenjtion extrême que Clément X^I apporta à Texamea du U.yre d.u P- Quesnel.
« Sa. Sainteté me fit'rhon4^eur de me. montrer Lettre da j) ce qu'elle a écrit de sa propre ^ain sur cha- ^^a^"^»^"^-
* . . . (Manuscr.)
:» cune des quatre-.vingt-tquatre propositions qui
» ont été examinées jusqu ici devajnt elle. C'est
2> tin. prodigieux travail , Qt il je auroit de quoi
9 faire ua grps voluoie. Aussi les cardinagx et
3) les q^ualificateurs du Saint -Of^ce sont étonnés
^ derapplic^tion du Pape dans Vexamen que Ton
j} fait des propositions, et de la grande capacité
» qu'il y fait paroître. On a ii)terroinpu cet ea^a-
» men pendant la quini&aine de Pâques; on re*
n commencera les congrégations mardi prochain.
» On en tient deux par semaine, le mardi et le
A jeudi, et dans chacune on examina huit jpro-
i} positions 9 il en reste encore plus ^e [soixante
» à examiner. Yous ne pouvez vous imaginer les
n efforts qu.e le parti ficût pour intimider le Pape
n et le détourner de donner la bulle.. On lui écrit,
n ainsi qu aux cardinaux., des lettres sans noiu-
» bre, pour Uur représenter le péril ou le Pape
3a8 HiiToias ds rtvzLon,
» ezpoieia son autorité, la mauvaise disposiUoo » des évéqûes de A*ance et du parlement; mais ^ le Pape est ferme et ne changera pas ».
Enfin Clément XI publia , le 8 septen\bre 1713» la constitution Unigcnàus, qui condamne cent une propositions, ex'ti^aites des Réflexions mg^ raies du P. Quesnel sur le Nowfeau ^Testament.
Il parott qu^en France Fénelon fut consulté sur la forme à suivre pour Taeceptation de cette bulle y et pour donner à cette acceptation (e ca^ ractère le plus solenneL Nous trouvons du moins dans ses papiers uti mémoire où il discute les diflei*entes formes qu*il conviendroit d'adopter^ et oà il donne la préfiërence à celle qui fot suivie. ^^^'- Aussitôt que la constitution Unigenilus fut ar-
\jt cardinal «
de liottUes >*î^^d ^^ France, ou du moins, avant qu*elte j révoque ton eût été acceptée par le corps des évéques et re^ !lu^ livre da ^^^^^ ^ sceau de Tautonté' royale,, le cardinal t. QncoicL de Noailles fit de lui-même c^ qu*it avoit si lOng-temps refusé aux instances de Louis XIY; il pu-- Uia, te 38 septembre 17 1 3, un mandemept par lequel il révoquoit Tapprobation qu'il avoit autrefois donnée an livre du père Quesnel : « Il '» en condamnait la doctrine^ il en défendait la » lecture à tous les fidèles de son diocèse. Nous^ M ne pouvons soufirn*, ajoutoit-il dans son mau* a dément, qbe notre liom paroisse davantage à
rivKB huitième/ 329
» la léte d'un ouvrage que Sa Sainteté condamne, a» Ainsi, nous ne voulons pas perdre un moment ^ à révoquer Tapprobation que nons lui avons » donnée dans un autres diocèse ».
Les amis de la paix, et les véritables amis du cardinal de Noailles, durent sans doute regretter qu'il n'eût pas fait quetcfties années plus t^t ce qu'il consentoit à faire si tard. Que de chagrins et d'inquiétudes il se seroit épargnai de combien de malheurs il auroit préservé la religion, TEglise et TEtat, en évitant! de prêter par l'indécision de son caractère, l'autorité de son nom et de ses vertus à de& esprits inquiets qui ne clierchoient qu'à faire prévaloir leurs passions particulières! Mais on a souvent observé que ce sont les caractères les plus, doux et les plus paisibles qui se précipitent^ sans le vouloir et sans le savoir, au milieu diff plus terribles orages, par celte sorte d'indécision, dont il est si diffîcik de se gar^antir lorsque la douceur est trop voisine de la foiblesse.
Cependant on put eroii*e, on dut croire assea généralement que cette démarche du cardinal de Koailles, qui paroissoit lui avoir tant coûté", puisqu'il l'avoit fait attendre si long-temps, alloifi écarter tout prétexte de division ; mais ces espérances furent cruellement tfjfpnpées.
Louis XIV, toujours fidèle aux maximes de
^SO HI6T0IAE DE FÉITELO»,^
TEglise de France sur la réception dos b«Ues dogmatiques des papes y* voulut avoir Tavis 4es évéqves de S09 roya^uoie, avant d'ijmpriAitr la sanction royale à la constitution tfnigenitus ; il enjoignit aux évéques qui.se trouvoient aloi's à. Varis ou à la suit^ de la Cour^ de s'assembler^, pour procéder à rexam^m^et à Tacceptation de U bulle* ^v. Cette assemblée, qui commença le i6 oçto-.
•du clergé de ^^^ ^7*^> ^^ très- nombreuse; elle étoifc çom- I7i3eti7i4. posée de deux cardinaux, de neuf archeyé<)ue& et de trente-buit évéques. Loui$ XIV porta )us-. qu'au scrupule tputes les recherchies et toutes les. attention^ pour convaincre tous les membres de Ta^.fiablée qu il no préleadoit gêner ny directemept, ni indirectement la liberté dies opinions. Il voulut même épuiser tous les moyens de douceur, d'estime et de çon&ance, pour éjlyrgner au cardinal de Noailles tous les embarras de sa po^ sition, et le ramènera/par un chemin facile et g}o-. ri^uji^, à cette unanimité du corps épiscopal qui étoit Tobjet de toius ses vceux i il engagea le cardixtdL d'Estrées, qui se tj:oavoit alors le doyen, des cardinaux français , à s'abstenir de paroftre à rassemblée, pour laisser au cardinal de Nogilles rhonneur de la pr^l^er^ il fit plus, il consentit qu'on dérogeât à l'usage des assemblées du clergé.
LIVBB HUlTiÈlkB'. 33 I
d il permit que les séances le tinssent à TaVchevéché, sous les yeux et daiïs la maison même du cardinal , pour montrer combien on étoit éloigné cl*aJBiiger son amour-propre ou de manquer envers lui aux plus foiblés égards* Quelque sujet de mécontentement qu'il eût dontié an Roi, quoi-^ que les dispositions qu'il avoit déjà marquées fussent peu propres à inspirer une entière confiance, ce prince lui abandonna le choix de tous les commissaires qui dévoient faire le rapport; Louis XIV se borna à lui témoigner le désir de voir l'évêque de Meaux (0 au nombre des commissaires. Le cardinal de Bobah , le premier* en dignité dans l'assemblée après lé cardinal 'de Noailles, se trouvoit naturellement appelé à présider cette commission, et ce choix ofiroit encore au cardinal de Noailles de»fâcilités et des moyens dVinion et de rapprochements La naissance, la fortune et les dignités dû Cardinal de Rohan, ses manières nobles et engageantes, son esprit de douceur et de conciliation, ses succès dans le monde et dans les affaires^ les égards même qu'il avoit toujours marqués au cardinal de Noailles, ne permettoient pas à ce prélat de confondre le cardinal de Bohan avec cette foule, d ennemis plus ou moins obscurs qu'il supposoit acharnés
(0 Depuis cardinal de Bissy. •
3}2 niSTOIAI DB FÉHELON,
à sa perte par des motifs d*intérét ou d'ambiUofl* La commissioQ fui doae composée du cardinal de Robau, des archevêques de Bordeaux (^>. et d*Auch W, et des évéques de Soissons C^, de Meauz et de Blois (4). Ces commissaires s'assem'- Lièrent pendant tyiois mois, pi^esque tous les jours, chez le cardinal de Rohan, et quelquefois chez le cardinal de Noailies , qui assista^ très-v souvent au^ séances.
Il est évident par c^k. exposé qu'on n*apporla aucune précipitation, ni à Texamen, ni à la reV ception de la constitution Unigenilusi Si Fou conipare même cette espèce de lenteur avec ce qui s*e'tqit passé quelques . années auparavant, pour la réception du bfef qui condapanoit le livre de Fénelon, oq sera forcé de reconnoître^ qu*on miten usage, envers le cardinal de Noailies,. tous \^t. ménagemeo^v que pouvoît suggérer le désir de respecter son rang, sa dignité et mêm^ sa susceptibilité. Le livre de Fénelôn traitoit de matières encore plus abstraites queiceJui d|i père Quesnel; le livre de Fénelon.étoit Fouvragedun archevêque recommandable par son génie, ses. vertus et sa grande réputation \ et celui du. père . Quesnel étoit l'ouvrage d'uq pvciie déj^
(0 Baùtt de Bezpns. — (*) Jacques Destnarels. — {}) Fabio. Brulari de Sillery. — W payid Nicolas de Berlhior.
XiVAlt HUITIEME. 33*i
oXDnfia per.s6n attachement opiniâtre à des erveùrs condamnées^ et déjà flétri par des censures e<3clésiâstiqaes; cependant les assemblées métropolitaines de Fraînce n avoient employé que deux ou irois séances à Fexamen du href qui condam* xioitFénelon. Mais Fénelon avoit été 1^ premier à se condamner lui-même, et ses collègues s'étoient heureusement trouvés dispensés de la triste nécessité de le convaincre, de le persuader ou de le combattre. On n'observoit pas des dispositions aussi favorables dans, le cardinal de Noailles, et on désiroit avec ardeur de vaincre ses irrésolutighs et ses incertftudeSy en lui laissant tout le temps de la réflexion , et en entrant ^vec lui dans toutes les explications qui pouyoient soulager ses scrupules. On aimoitÀ se flatter qu'un archevêque aussi pieux s'aiTeteroit de lui-même, avec un saint efi*roi , devant la seule idée de s'établir dans une espèce de schisme avec le chef de TEglise et avec la presqqe universalité de ses collègues. L'indécision naturelle du cardinal de Noailles laissoit quelquefois espérer qu'il céderoit ^ la voix de l'amitié qui lui parloit pour l'intérêt de son propre bonheur, à celle de la raison qui lui défendoit de préférer ses lumières personnelles à celles du saint Siège et de tout le corps épiscopal ; à la voix plus auguste encore de la religion qu'il
334 HISTOIRE DE FÉNBLON,
pouvoit «zposer à de grands malheurs et à de grands dangers 'par un entêtement inezcasable. Après trois mois entiers, dont chaque jour fut consacré à Fexameitle plus approfondi et le plus détaillé de la constitution et de tontes les propositions qu'elle condamnoit^les commissaires firent leur rapport à l'assemblée du clergé, le i5 janvier 17 1 4* Le cardinal de Roban portoit la parole au iiom de la commission, et son rapport remplit six séances entières. L'avis unanime des commissaires portoit qu'ils avoient reconnu dans la constitution du Pape la doctrine de l'Eglise, et que l'assemblée devoit l'accepter avec soumission et respect. On pouvoit encore espérer que le cardinal de Noailles, qui avoit dit, quelques années auparavant, en acceptant le bref qui condamnoit le livre de Fénelon : Pierre a parlé par la bouche d'Innocent Xlly n'bésiteroit pas à prononcer également : Pierre a parlé par la bouche de Clément XI, en condamnant le livre du père Quesnel; mais il ouvrit au contraire un avis qui fut le préluae des plus longues et des pli}s tristes divisions; il demanda, avec huit autres évêques de l'assemblée, qu'on sursît à délibérer sur le fond de l'acceptation de la bulle, jusqu'à ce. qu'on eût lu et approuvé l'instruction pastorale que les commissaii es avjpient proposé de publier au nonj
<le TâSSenikléè avec racceptation de la constitution.
L'avis tlù cardinal de Noailles avoit évidemment pour objet dé renouveler toutes les an- "ciennes discussions sur la forme d'acceptation des )ugemens dogmatiques du saint Siège ^ et de remettre aux prises l'Eglise gallicane et la Cour de France avec le Pape et la Cour de Rome. Tous les autres prélats de l'assemblée, au nombre de quarante, adoptèrent l'avis de la commission, et déclarèrent que : « reoônnoissant dans la consti- » tution de Clément XI, la doctrine de l'Eglise, » ils Tacceptoient avec soumission et respect; » qu'ils condamnoient le livre des Béflexions » morales et les cent une propositions qui en » avoient été tirées, de la manière et avec les » mêmes qualifications que le Pape les avoit con- » damnées ». •
L'avis du cardinal de Noailles et des huit évêques qui l'avoient adopté, n'étoit pas encore un refus décidé et formel; il laissoit même, jusqu'à un certain point, l'espérance de parvenir à une entière unanimité, lorsque l'instruction pastorale, préparée par la commission, auroit éclairci toutes les difficultés que l'on affectoit d'élever sur le sens et la qualification' de quelques-unes des propositions condamnées.
336 BISTOIHE DE FÉHELOK,
Cëtoit dans cette vue que les commissaîres %é* toient attaches à donner à cette mstruclion la forme la plus simple , la plus claire, la plus raisonnable ; ils en avoient écarté avec soin tovt ce qui aucoit pu choquer ceux de leurs collègues qui ne partageoient pas entièrement leur opinion; toutes Tes expressions en étoient pleines de mesurer et de modération; elle fixoit avec autant de sagesse que de précision et de clarté, la |nste interprétation que Ton dçvoit donner à celles des propositions condammées qui , dans leur acceptation vague et indéfinie, ne présentoient pas d'abord à Tesprit un motif légitime .de censure ; ces propositions se trouvoient renfermées, par Tinstruction, dans les véritables limites que leur assignoient Tesprit même de la constitution, les sentimens connus de Tauteur du livre, et la nature des circonstances et des controverses qui agitoient les esprit^-
Lorsqu'au bout d'un siècle on relit cette instruction, on ne peut s'empêcher d'être étonné de l'opposition qu'elle a pu rencontrer de la part du cardinal de Noailles et des huit évêques qui adhérèrent à son avis, ou plutôt dont il ne fit que suivre les préventions. .
Mais on reconnut bientôt qu'il avoit arrêté d'avance le plan de conduite qu'il se propose! t
de
de suivre, et que lorsqu'il avbit demande'; de concert avec les huit évèques, de différer Facceptation de la bulle jusqu'à ce qu'ils connussent l'instruction pastorale qui devôit eu accompagner l'acceptation, ils étoient décidés à rejeter l'une et l'antre, et- qu'ils s'étoient uniquement proposé d'élever quelque prétexte de division entre l'assen^blée du clergé et le Pape.
En eflfet, lorsque dans la séance du premier févri^' 1714» les commissaires eurent lu l'instruction qu'ils avoîeht été chargés de rédiger, et qu'il fut question de délibérer si l'assemblée Tadopteroit, le.cardihal de Noailles déclara en son nom, et en celui des huit évêques, qu'ifs ne pouvoient accepter nî la- bulle, ni l'instruction : «Qu'ils se » croy oient obligés de recourir 'au Pape, de lui
j> proposer leurs peines et leurs difficultés
» Qu'ils croyaient ce parti le plus régulier^ le )i plus canonique j le plus respectueux pour le » Pape^ et le jilus utile pour conserver la paix » de r Eglise ».
On est affligé de voir un homme honnête et vertueux, comme le cardinal de Noailles, employer un langage aussi dérisoire dans une matière aussi grave. Comment en éfiet poùvoit-il penser sérieusement qu'il fût plus . respectueux pour le Pape de ne pas recevoir un jugement FÉAELonr. Tom. iv. 22
338 irisTOl^s nis rinsLOir,
qu'il avoit profiQOiçe itp(*è6 on wamen d$ trois ans } et plus, mile à la paùc 4^ rj^glise de se mettre direc^efpent en opposition avep U chef de TEglise et la presque uoaoimitil da corps épiscopal ?
On doit bien croire qa*une opposi^ioa, foadie sur desmoti^ aussi peuspéciepx, n'anréta pas un seul moment les quarante évéques qui avoi^qt déjà accepté la bulle; ils adopterai rinstrucUon rédigée par leurs, commissaires , 4^vec d'autdat plus d'empressement) qu'elle ofiroit les ccmsidér^tions les plus propres à calmer Içs inquiétude^ àes pei:soi^oes 4^ bonne Joi, et qu'fUe prévenoit les interprétations abusives qu'on prétendoit donner k quelques propositions du I^yre condamfie.
Aussitôt que l'assemblée eut fait part an Roi de sa délibération, Louis XIV prdpnna l'ei^écui^ !tion de la constitution Unigenitus par sjeç lettres patentes en date du zij. février 17149 ^^ f^U^ furent eoregistrécis aiji parlement de Paris âk^ le lendemain i5 février.
I>a facilité avec laquelle le parlement de ^^aris reçut et enregistra cette bulle, ^e jou^r ijieme que les lettres patentes. lui furent présenterai luoptre assez qu'elle ne renfermoit rien qui dut alai^mer le zèle xles magistrats. On ^toit ^jtiçpre loin de prévoir qu'on en feroit, sous \e règqe 3uivant,
tiVRB HUITIÈME. ' Sîg
le pcéleite d^ plof violéns débate.«ntre:le derge
vMai$ OR m cbU pas ea conoliire quô cet.crbre^st^weut se gt saas examen^ et par le senti*ment d'qne déférence avpqgle aux volonté» da JlQi; J^ui$ XÏV, « intçrdîwnt aqx parlemetïs le 4roît,d6Teai9nti*<9no0$,^ tf»yoii pa^ prétendu se l«îvflr des $efiopç$ fi% dqs l^wièiR^s de ses magisr tr4*3- îi^u^ ayofts 4éjà,Ta|^pprt^,.sur fe téçapfr KO«g^ 4» cb^OGeJiQr4'Ag^l56Sçi^ft, que c^ priqç^ awit«u li^aages^eide g^jtitwr J^ I^.fçrme t«r- |>q1m|Ç et qMelq^i^foijs si^itieu^!^ dm remoHr iraniom, le cp^Gert feien pli|s utile du gouvernement f^f^c jijçs principaux ^fbefe cie la ip^gist^^T Itti»* C4ti€*t p^f Q^J^ saigp çç>rjfe^pjQfii^^Q$,qu'oi> appwtoii: àJa pr^pailtiQn 4«s lois tou^J'atteatipn et \^i^ 1^ iniituritéqj»'eUejB ç^ipa^^jlj.po^r rînti^t|M^t)^ic (fX Tpus Je$ actes 4e lé^^latron <étoriçntilîO»Qe0és 4'wanc^ e?ilre fes m^psi})rçfi; din <Eion9«ili fit Jq9 pçîn<ypa,^?: m^pabries d^ .ç,Q©xpaT
(0 L^un 4es plus vertueux magistrats qAî aient honoré t6 pom , . de LâmoîgnonV porté depuis si long-tâUps' pair tant dHiôcamcs vertueux, le dep&iier «Sianceii«r.dB I^moignoini, âbnemoit ÂÀiivfl)AÀ.gejUi^^> q^ ^ea^depûâlois-les plus ximia^$|n«J)I^ par }cnr S4g^S9e. et, Içur stabilité ^ avoicnt été rendues |>encIaBt Iç long intervalle, qù Louis XlV avoit interdit aux parlemcns lu droit de rèmonîrahccs,- {Ployez l*éloge de* M. de 'Mâlesbiv'bés , jKir Mi'Gttillafd.) ....... ...
34a HISTOIHE DS' FÉMSl»ONy
précisa f qu'dltB awièst «atisftit tons osax qui apportoietkt -de la bonde fei dan» ces sortes de discttqsioiis« . • ' ; -
Le cardinal de NoaiBes attroit pu absoIiaitneÉit se borner à ne pas accepter la constîtulii>D|:iQaîs . il se laissa encore entrai&ér à.nne dëmarcke ^ui , adieva de prouver jusqu'à qn^l point il étoit sorti des bornes de sa circonspeelion naturelle^ et se laissoit asservir .par lé parti dont il sVtoît rend» llnstrument plutôt que le chef. Il publia y ié a5 février 17 f 4» '■A mandement parileqnei il renoiH veloît la condamnation qull avoit déjà portée contre le livi*e dm père Q«K»aeIv ie 28 aeptembre précédent, et defendoit an iméma teibps^ sous peine de suspense.^ de recev.bir dans sbn dit^cèse la bulle Unigenitus sans son antorité. H eiroit peut-être le premier ezemide dans TEglàe , d'un évéque qui eàt défendu , sous peine de suspense^ de recevoir un jugement dogmatique prononcé n par le saint Siège, accepté far la presque imiver-^ salité des évéqueç, revêtu de Fautorité da Rai^ et enregistré dans tous les ptarlémensv
11 est douteux que le cardioal de SFoaitles se fût permis un acte aussi irrégulier, s'il «&I moins compté sur la religieuse modératitgm de Louis XIV, sur le crédit de.sa famille,. et sur Tintérét que madame de Mfftiiilenon conliciuott
n prendre k M ^ malgré te pen de déférence qù'H BK^titmt à râfîvre des atris et sed eonâeHd.
Aidsî, du avoit va en deux anâ ce ptélat refd-^ «er ebstfdément de Cùfidfamtiet le livre du père Qdesft^I^ et engager sa soutnisgion an jugement qtte le Pape en porteroit; et ensuite candamner èe même livre et rejeter le jngement (jue le Pape ètt avoit porté. Par, une suite des mêmes inrcon- Ééquences/il £t remettre aux docrteors de la fe- ^tiUé de théologie de Paris, son manc^ément du' 2 5^ lévrier 1 7 *4, P^*" lequel» il avoit défendu de rece* voir la l)ulle ITnigeniluSj et il déclara le lende^ Main qti% n'avoit pa» entendu les comprendre dans sow todountoce*
Aus^^dt Cfiié la codstifuiioa t/nigènùus eut été à^c^ptéi par rassemblée du clergé et revêtue des- feltres patentes enregistrées , Je Roi la- ^It ^rèè^er à tous les évêqnès de France. Cent diat éinêquès Tacceptèrent parement et simplement 5 douze ou treize seulement refusèrent de l'accepter, ou ne Facceptèrent <Ju*avec des? explications. Mais ce qui est remarquable, c'est que tous ceux qwi rëfiisoient de la recevoir, à Texception d'un seoKO, prononçoîent en même temps la con* damnation du livre du père Quesiiel. On pouvidît s*éfonner avec raison d'une opposition si vive à
(0 L'cvequc de Miiepotx.
344 HISTOIRE OB FÉtfBLOH,
un jugement qui ne faisoit que condamner un livre qu'ils condamnoient eux-mêmes. En supposant même qu ils aperçussent de bonne foi dés difficqUés d^ns quelques dispositipps de la bulle, comment des evêques^ et surtout des éirçques ca4 tlfolîquesy pouvoient - ils croire leur conscience fsngag^e à rës^ster à un jugement revêtu de tqute^ les formes canoniques. On demande à tous les esprits sages et raisfonnablç^ si 4^ pafeils nioti& pouvoient mériter que des évéques exposassent l'Eglise aux dangers d'un schismç, et TEtat à dets divisions interminables, xyi. » Parmi les mandemens que publlère^nt les; Mandement ^vêques de Frauce pour accepter la constitution sur la cons- UrUgenitu^, celui qui o^btint, s^nç aucune comtiiution c/m- paraisou, Tapprobation la plus gëni^rale et la ^enuus. ^^^ éclatante fut le manden^ent de F4nelon. l\ fut même obligé d'en publier deu^^ Tun pour la partie de son diocèse soumise à lat Frapçe, et l'autre pour la partie du diocèse de Cambrai que ♦ le traité d'Utrecht (0 yenoit de placer, sous la. domination de FEmpereuv.
Cest dans ce second mandenient C^) que Pépelon s'abandonne' avec la plus touchante eSusipn y à tous ses sentimens de vénération , de, i^délité et d'obéissance filiale pour FEglise ro-
tO Conclu en 1713. — (»} Du 9 juin 1714.
LlVnS HUITIEME 345
niaine; cest là qu*on lit celte éloquente et reli-r giease apostrophe à la chaire de saint Pierre.
« O Eglise romaine! ô cité sainte ! ô chère et » commune patrie de tons les vrais chrétiens ! il » n*y a en Jésus-Christ , ni grec, ni scythe, ni » bafbare, ni jnif^ ni gentil; tout est fait un seul » peuple dans votre sein ^ tons sont concitoyens M de Rome, et tout catholique est romain. La » voilà cette grande tige qui a été plantée de la » main de Jésus-Cbrist. Tout rameau qui en est » détaché se flétrit ^ se dessèche et tpmbe. O %> mère ! quiconque est enfant de Dieu est aussi 9 le votre ; après tant de siècles vous êtes encore » féconde. O épouse I vous enfantez sans cesse à » votre épou^ dans toutes les extrémités de Tu- » nivers; mais d^oil vient que tant d*enfans déy> natures méconnoissent aujourd'hui leur mère, » s'élèvent contre elle , et la regardent comme » une marâtre? D'où vient que son autorité leur 3» donne tant de vains ombrages ? Quoi ! le sacré 19 lien de Tunité^ qui doit faire de tous les peuples » un seul troupeau , et de tous les ministres un » seul pasteuiî, sera*t-il le prétexte d'une funeste » division? Serions-nous arrivés à ces demiei-s » temps ou le Fils de V Homme trouvera a peine » de la, foi sur la terre? Tremblons, mes très- » çhers frères, tremblons que le règne de Dieu,
346 ni&TOIKB DB FÉNBLONy
^ dont nous abusons y ne nous sait enka^àf tt ne » passe a d'autres nations €fai en porteront les 9 fruits. Tremblons ^ humilions*^ nous ^ de peui* 3> que JésQS-Cbrist ne transporte aitteurs^fe^/Iûint- 9 beau de la pure foi , et qu il ne nous laisse dans 3» les ténèbres dues à notre orgueil. O Eglise! » d'oà Pierre confirmera h jamais ses fteres,. » que ma main droite s'oublie elle-même ^ si je » trous oublie jamais! Que ma langue se sèehé et 9 dei/ienne immobile si vous n'êtes pasj ju^ê^ai» » dernier soupir de ma vie, le principéd objet » de ma joie et de mes. cantiques »f
Lorsque Féoelon exhaloit^ avec ces expressions touchantes^ leii sentimens de son ame oppressée par la perspective des malheurs qui menaçoient TEglise de France; lorsqu^il consignoit^ dans cette espèce de testament solennel, ki dé* claration de sa religieuse fidélité et de son attachement inviolable au centré de Tunité catholique, il auroit pu adresser aux fidèles confiée à ses soins le même langage que Bossuet adressa autrefois à-- la France entière, en terminant sa carrière oratoire : « Agréez ces derniers èffoi-ts
» d'une voix qpi vous fut connue C'est an
» troupeau que je dois nourrir de la parole de » vie que je consacre les restes d'une voix qui » tombe et d'une ardeur qui s'éteint ».
Gè mâflâ^éttt dé Fédèloti fut eti eM le derilieir flôté dé Wn ni?nîstëfô ôpc^olîtïiié. Féilelort n'0at p€lg )acôttsd}6t'iérti dé Voir !a fîtt dcâ tt'ôiiWe» de l'Bglide'; tftàteîlèiit du ittùihÈ céUt dé Ti'êtré ptt tâdldili deâ scètieë ôeandâlciisés qui sixitirent sa aibrt et <îelle dé Lc^âfà XIV-
Ce pllrfce âvôtt éttipléyé toas l6« môyérts dé pefSIldëroll qtiî éloîént éh ^èh poavaii% pour raœetidr le *cfâ^t*ditiâl dé^ Noaillés a dés âeniîmefr^ et à tiHè «jôhânile pltjti cottforttes au ckt^cihré é0M il iê^t rev^ti datislTEglise, et à H haute pîdttf dbiit il fâi^<!>U pï'ofesèïùti (<). Xes cardrpaujf
(0 Sî on veut savoir jusqu^â quel pdint Louis XIV porta les égâHs, les ménagement ^ Ik tonAtscêikdatite , et mêcàe fes pla$ ' tendres lupepiication^, pour vatncre rentetemcnt cbi càifâuial àé Noailles, on pourra s'en fair» une idée, en lisant une lettre de madame de Maintenon, du 94. février 17 15, à M. Languet^ curé de Saint-Sulpice, avec qui elle entretenoit une correspondance habituelle. Nous la transcrivons sur Toriginal que nous avons en ce moment sous les yeux, et qu'on a eu la bonté de nous confier, En nous permettant d'en faire usage. M. languet, curé de Saint-Sulpice , s'étoit flatté un moment de pouvoir ramener le cardinal de NoailFes à se réunir dcî principes et de sentimens à fÉglîse de France presque toute entière, n se proposoit surtout de réveiller dans le cœur du cardinal de Noailies le souvenir de toutes les anciennes bontés du Roi pour loi, et des obligations inBuics qu^il avoit à madame de Maintcuoti ^ pour réclaîrer, puisqu'il en étoit encore temps, sur la honte et le danger d'uiî schisme, auquel ii né crnignoil pas d'aVia-
348 HIST^IRS DB FÉNBLOBTi
de Rohan et de Bissy (0, qu*il avbit chargés de cette négociation) ëtoient portés, par inclinatioD à seconder ses vues de douceur et de ménagement^ et le désir de plaire à madame de Maintenon &v^risoit encore leurs dispositions naturelles ; ils se flattèrent assez long-temps de fixer les étemelles variations du cardinal ; mais soit indécision de caractère , soit espoir d'un changement prochain, que Tâge et la décadence de la - santé de Louis XIY laissoient assez entrevoir, il échappoit sans cesse à ses propres, engagemens et à Tinfluênce des sages inspirations de ses amis^ de sa famille et de ses collègues les plus respectables. Sa destinée, tant qu'il vécut, fut d'avancer, deVecule^ et de varier sans cesse jusqu'aux derniers xnomens de sa vie; il la finit par accep-
cher soli nom. Madame de Maintenon répond à M. Langue! : « Que pOurroit mon intérêt auprès de M. le cardinal, puis- » qu^il résiste au Roi son maître, son bienfaiteur, prévenu d*es- 9 time et dUnclination pour lui ^ tjfui a tout employé pour le là faire revenir, jusques n ses larmes et â ses conjurations, à la >f mort de nos jeunes princes. Il a résisté à tout , et s^en sait » bon gré^ il est sans cesse encensé là-dessus. Il est certain y qu^il abrégera les jours du Roi, q;nia le cœur serré entre sa » religion et les droits de son royaume. Dites tout ce qu^il vous » plaira. Monsieur, je ne vous désavouerai pas^ mais je crois » que vous parlerez inutilement». . n.
(*) Ce dernier n'étoit encore qu^éyéque de Meaux.
• LIVUE HVltlkUE. 349
ter cette même constitution Unigemtus qu'il avoii si souvent contredite et rejetée.
Lor^ue les cardinaux de Rohan et de Bissy eurent' acquis la triste conviction dé l'inutilité de leurs démarches, Louis XIV prit la résolution de faire usage de tous les moyens que les lois de l'Eglise ''et de l'État mettaient à sa disposition, p our réprimer le scandale d*une résistance aussi publique, et qui n'étoit pas sans danger pour la tranquillité du royaume.*
Mais il restoit de grandes difficultés dans le ^^}^ choix de ces moyens. Nous avops un mémoire piam pour manuscrit de Fénelon où il discute, avec beau- réduire les
,,.-,,. „ , réfractaires
coup de détail et de sagesse, les avantages' et les j^ig^ constiinconvéniens des formes usitées jusqu'alors dans ^^^^^^ ^^^ l'Eglise pour le jugement des évéques. . ^^^
' Il rejette d'abord la voie des commissiàres du Pape, iou\ovivs odieuse à l'Eglise dé France, et qui adroit éprouvé 4a plus vive opposition de la part des tribunaux du royaume.
Celle des concile^ pro9inciaux étoit plus canonique et plus analogue à i'esprit dés liBertés de l'Eglise igallicane; mais elle présentoit par la natui^e dèà circonstances des difficultés presqu'insuKnoiitables.
' Fénelon finissoit son mémoire par se décider pour, un concile nationqf, qui.auroit réuni le
35o' HisToijiB p^ vtvn%ov^
grapd avantfig^ de rtpp^i^ raoc^eone discipline ecclésiastique , de oondlji^r fpo$ Ji^ droiU el toptçs ie3 pr^tefU;ioQ<9 (^ f^<9C^r loua }^ privilèges et tous \e$ im^f êU> ^t 4¥çvter toutes ^ objections,
Ifoqs qe «avoQ» pa» s\ ce o^onçire fnt d^- Vfk^ndé k Fépelon d^ laveut do gi^t^v^fv^ment, ^t ^'il influa $ur sa déci^ion^ il es| ^u^ niaiQS bi?ii çec^ip que I^pis 3{I V douna b pNfé wnçe ^ ïfryis qui y étoit indiqué ; il eiivqya piéijigi^ M. Aa^M î^ Rome, pQciP oQ^çert^ir si^w U Pgp^ ta«9 les arrang^mço^ néoe^saipç^ ppur b <;§iW9c&tm d'un coi^jfVe rHifdqnql m Fr%««ô ; -Cette »4goçiî^tiqn 4prQt|v^ de lopgs délais, «t Ja moi^'de ï^ouis ^ly changea ^Qtijbr errent la face des atr faires.
Ce fui dans Tinl^çr^ftl^ dei ii^gooiati)GMis.eatan^ées avec Rppe, aH^iijet d« concih natit^t^àlj. que F^qcjlçQ seoUt to»s }e$ embarras de la position où les cirçpi^lAneeft Tavoifint placé. Xe rang qpi} te^oit daftç TEgliçe- de Fraiite ^ l'rfdat de ssf répii^s^Uon» le noU qu!il avoit.)oaé dans les con^r^vepç^ qui dêvoîept être le priùcîpal objet 4(1 concile natioi^al » ne permetioient pas de douter qu'il ne fut appelé dans une assentblée composée de tou^ 1^§ éiiréqaes die France ^ «4 qu'il n'y ol?^î,nfc Vinflpeftce que ses vertus et ses talens
. LIVR1S BUITIEME. 35 I
dévoient Itji assurer^ IMous U¥om même de» lettres 4e$ cardinaux de Boban et de Bissy qui attestent toute }a confiance qu ils plaçoient dans le secours de son intervention.
Mais moins Féoelon pouvoit se dissimuler à lui-même combien sa voix auroit de prépondérant^ ds^n^le concile national, plus il sesentoil retenu par des motifa de délicatesse et de bienséance qui lui laissoient une extrême répugnance à prêter son ministère à la dégradation du cardinal de Xfoailles. Ses longs démêlés avec ce pré^ lat avoient fait un grand édat dans rEglise, dans la France» dans to«te r£uroi)e, et il pi'évoyoit qne la kaioe et Tenvie se plairoient à aUribuei^ à la vengeanfie ei: à d*anoiens ressentimens lexerr cice d*un ministère pénible et rigoureux.
Nous troMV^tns, dans une l$tti*e que Féndon écrivoit à l'abbé de Beaumont'^ son neveu, six semaines ^yuftt sa mort, uqe peinture naïve et fidèle d^ agitiEitions et des auxiélés où le plongc;Qit 4$e combat dojuloûre^ix dVn n^imstère foixéy avpp ces: s^iitimens de délicatesse doat une ame telle qiie pQtle;dé F.é»elon, ne pouvoit Vaffran^ ebir ^^nsde^ioleos e0bi2ts<
a Le concile national pourra bien manquer ; :xvin. « mais si on le tenoit, et «i j'étois convoqué selon ^^^^^^^ ^? ;» la règle^ comme tous les aulnes > (]u'eat«ce que rabbé de
35u UISTOI&B DB FÉHELOV)
Beautnotit,. n je devrois faire? Je serois sensiblement aâLigé (MjmiwcO '* d'être l'un des exécuteurs d'un homme qui m'a » exécuté autant qu'il l'a pu. Ce personnage au- » roit un air de vengeance et seroit un prétexte »' de m'imputer une conduite très-odieuse; D'un M autre côté> je me dois à l'Eglise dans un ^ » pressant besoin. Si je croyois que tout allât » bien > je serois ravi que tout se fit sans moi; » mais si le concile se trouvoit dans Un grand » péril de trouble et de partage ^ où je pusse i> n'être pas tout-à^Fait inutile, je me livrerois, » supposé qu'on me désirât véritablement ; après » quoi je reviendrpis ici par le plus court chemin. M Raisonnez là-dessu^ avec le très*>petit nombre » de personnes dignes de la plus >intime con- » fiance. Pour moi) je vais bien prier Dieu ».
Il écrivoit suv le même sujet à un'de ses amis : «{Lajplupart des igens peuvent .s'imaginer que j'ai » une joie secrètQ et maligne de cé< qui se passe ; » mais je mecroirois un démon si je goûtbis une » joie si empoisonnée ; et si je n'avois pas une vé- » ritable douleur de ce qui nuit tant à l'Eglise. Je » vous dirai même, par une simplicité de con- » fiance, ce que d'autres que vous ne croiroient Il pas facilement, c'est que je suis véritablement , » affligé pour la personne de M. lé cardinal de M Noaillcs. Je me représente ses peines; je les
» ressens
. LlVttK HUITIÈME. ,353
» ressens pour luij je ne me ressouviens du passé » que po^r me rappeler toutes, les bontés dont il » m'a honoré pendant tant d'années. Tout le » reste est effacé ^ Dieu merci, de mon cœur; » rien n'y est altéré; je ne regarde que la seulç M main de Dieu qui a voulu m'humilier par mi- » séricorde. Dieu lui-même est témoin des sen- » timons de respect et de zèle qu'il met en moi 3» pour ce cardinal. La piété que j's^i vue en lui, » me fait espérer qu'il se .vaincra lui-même pour » rendre le calme à l'Eflise, et pour faire taire » tous les ennemis de la religion. Son exemple » ramèneroit d'abord les esprits les plus indociles » et les plus ardens; ce seroitpour lui une gloire » singulière dans tous les siècles. Je prie tous les j» jours pour. lui à l'autel avec le même zèle que » j'avois il y a vingt ans ».
. Il paroît que plu3ieurs personnes d'un grand poids, sincèrement affligées du schisme qui commençoit à s'établir dans l'Eglise de France, s'étoient persuadées qu*^ucun évêque n'étoit plus capable que Fénelon de réunir tous les esprits par la douceur de son caractère , l'influence de ses vertus et la. supériorité de son génie; elles crurent sans doute entrevoir qu'il ne seroit pas impossible d'écarter les obstacles qui le tenoient encore éloigné de la Cour , et de le placer à la Féi^elon. Tom. IV. 23
354 IIISTOIRB DX FÉNBLON,
tête cTone nëgociation doat le saccès devoit le combler de gloire, en assurant la paix de l'Eglise et de FEtat ; elles imaginèrent en conséquence de sonder ses dispositions avant de hasarder des démarches plus décisives.
Fénelon se contenta de répondre avec simpli* cisé et modestie à des ouvertures* si séduisantes pour un cœur vertueux , -et si flatteuses pour Ta* mour-propre d*un homme que la gloire de jouer un grand rôle auroit pu éblouir : « J'avoue, écri* » ^oit-il, qu*un homme^qui auroit le goût des 3» aOaires, accepteroit plus facilement les propo- » sitions que vous me pressez d'accepter. Mais je » n'ai pas assez bonne opinion de moi pour oser » espérer de rétablir la^paix dans l'Eglise, comme 3> vous voulez que je Fentreprenne. Je ne veux » point faire le grand personnage que vous me » prpposez; c'eàt M. le cardinal de Noailles ^ui » doit rétablir la paix dans l'EgUse. Je ne sais n aucun secret; mais j'ose assurer qu'il la réta* )» blira quand il voudra y réussir; elle est encoi'e >» dans ses mains. Je lui en souhaite la gloire et » le mérite devant Dieu et devant les hommes. Je » mourrois content si je l'avois vu d^ lc»n adiever » ce grand ouvrage ».
Il est difficile de croire que Fénelon eût réussi ià obtenir du cardinal de^Noailles ce que ce prélat