LIVRE SEPTIÈME
» éviter tout scandale^ et pour vivre avec rëgu-
» larité en chrétien. On est alarmé de sa séuériùé
» contre certains plaisirs; on s'imagine même
M quil "veut critiquer les autres , et les former
» selon ses vues scrupuleuses. On raconte qu'il a Sur le
» voulu obliger madame la duchesse de Bour* ^'°^'
» gogne à faire le carême comme lui, et à se pri-
» ver de même pendant ce temps de tous les spec-
» tacles. On ajoute qu'il commence à retrancher
» son jeu y et qu'il est presque toujours renfermé
» tout seul. Enfin ^ on prétend qu'il a refusé à
» Monseigneur de le suivre à l'Opéra pendant le
» carême.
3> En écoutant de tels discours , j'ai compté sur n ] exagération du monde , qui ne peut souffrir » la règle , qui la craint encore plus dans les » grands que dans les particuliers , parce qu'elle » y tire plus à conséquence. On y appelle souvent )> excessif en piété, ce qui est à peine suffisant; » mais je craindrois d^un autre câté que ce prince » ne se tournât un peu trop aux pratiques exté" » rieures , qui ne sont pas d*une absolue néces" » site. Voici mes pensées que je vous propose , » sans les donner pour bonnes.
» I .• Je crois que M. le duc de Bourgogne ne de- » vroit pas gêner madame la duchesse de Bour- » gogne ; qu'il se contente de laisser décider son
ca-
48 HISTOIRE DE FElfÉLON,
» médecin sur la manière dont elle doit faire le ca- » réme. Il est bon de renvoyer ainsi toutes choses » aux gens qui ont caractère et autorité pour dér » cider. On décharge sa conscience ^ on satisfait à » la bienséance, on évite Finconvénient de passer » pour rigide réformateur de son prochain. Si ce » prince veut inspirer de la piété à la princesse , » il doit la lui rendre douce et aimable; écarter » tout ce qui est épineux , iui faire sentir en sa » personne le prix et la douceur de la vertu » simple et sans apprêt, lui montrer de la gaité » et dé la complaisance dans toutes les choses qui »> ne relâchent rien dans le fond, enfin se propor- » tionner à elle , et l'attendre; il faut seulement )> prendre garde de tomber, en tendant la main » à autrui.
» a.o II ne doit donner au public de spectacle » sur la piété que dans les occasions de devoir , » où la règle spuffriroit , s*il ne la suivoit pas aux » yeux du monde. Par exemple , il doit être mo- » deste et recueilli à la messe , faire librement » ses dévotions toutes les fois qu'il lui convient » de les faire pour son avancement spirituel, s'abs- » tenir de toute moquerie, de toute conversation » libre, imposer silence là-dessus aux inférieurs » par son sérieux , par sa retenue ; tout cela lui » donnera beaucoup d'autorité; mais quand il
» fait