LIVRE SEPTiisHB
s'fl est possible > de l'excès de méfiance qu'on étoit parvenu à inspirer à un Roi , d'ailleurs si recom« mandable à tant de titres. Le duc de Chevreuse, revenant d'un voyage de Chaulnes, oîi il avoit va Tarchevéque de Cambrai^ fut plusieurs |ours à la Cour sans oser se présenter déviant M. le due de Bourgogne, dans la crainte qu'on ne le soupçonnât d'avoir appprté à ce prince des lettres^ ou des instructions de Fénëlon*
M. le duc de Bourgogne ne fut point employé dans les armées depuis 1708 jusqu'à 1708, car il est inutile de parler d'un voyage qu'il fit. en 1707, pour délivrer Toulon, assiégé par le duc de Sar voie son beau-père. Le duc de Savoie avoit déjà levé le siège et repassé le Yar lorsque le duc de Bourgogne arriva en Provence.
Ce fut dans ces temps critiques , que la Pro* xvi. vidence offrit à Fénélon une vebgeance noble et '?!^ ^ vf?"
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éclatante des procédés peu estimables de l'évéque nélon emen de Saint-Omer. ^^T^f I "**
Saint- Orner.
L'état déplorable de la France en 1708, les revers de ses armées , la pénurie absolue d'argent^ n'ayoient pas laissé au gouvernement la possibilité d'acquitter la solde de la garnison de Saint-Omer^ avec l'exactitude et la régularité nécessaires au maintien de la discipline militaire. Le mécontentement entraîna cette garnison à des actes d'in-
54 bistoihe de fénélon^
subordination et de licence de la nature là pliis inquiétante, dans un temps où le Haînaut , la Flandre et TÂrtois se trouvoient ouverts aux armées victorieuses des ennemis. Il parott que Tévêque de Saint -Orner, qui, dans la vue de flatter la Cour et les ennemis de Fénelon , avoit autrefois (0 montré un zèle si indécent pout* aggraver les malheurs et la condamnation de Parchevéque de Cambrai, étoit resté témoin passif des mouvemens séditieux qui agitoient sa ville épiscopale. Il avoit oublié que les évéques ont aussi leurs jours de bataille, et qu'il est des circonstances où ils doivent sacrifier leurs biens, et même leur vie, pour préserver leur peuple d'un grand malheur ou d'un grand attentat. II ne fut pas assez heureux pour sentir qu^il eût été plus glorieux pour lui de ramener des mutins à leur devoir par un acte de générosité , que de censurer avec aussi peu de boiine foi que d'équité les expressions édifiantes du mandement de son métropolitain. L'archevêque de Cambrai fit pour la ville de Saint - Omer ce que l'évêque de Saint- Omer n'avoit point fait, et ce qu'il auroit dû faire. Justement alarmé du sort d'une ville si im- |)ortante, il ne perdit point des momens précieux à écrire à la Cour, ni à exciter les agens de l'au-
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toritéy dont le zèle aaroit pu se trouver enchaîné par le défaut de moyens. La nature du mal lui indiquoit la nature du remède. La révolte de la garnison de Saint'^Omer pouvoit avoir des suites irréparables , avant que le gouvernement eût pu se procurer des fonds. Fénélon trouva dans la confiance qu'inspiroit sa vertu un crédit qui manquoît à un monarque absolu et tout puissant. Il se dépouilhi dcf tout l'argent qu il ^voit à sa disposition, et il emprunta y sur de simples billets signés de lui , toutes les sommes nécessaires pour solder la garnison de Saint-Omer; il lés fit pas^ ser sur-le-champ dans cette ville, et la révolte fut appaîsée. C'est sans doute un beau trait dans la vie de Fénélon ; il en est un encore plus beau. Il est pef mis de croire que dans une circonstance semblable, tous les cœurs nobles et généreux auroient pu disputer à Fénélon le mérite et la gloire d'une telle action ; mais il n'appartenoit qu'à Fénélon de la laisser oublier. Nous avons un giand nombre de ses lettres qui correspondent à cette époque ; elles sont adressées h ses amis les plus chers ; il n'y laisse pas échapper un seul mot, qui rappelle un dévouement dont tapt d'autres auroient eu le droit et la pensée de s'enorgueillir. C'est par une lettre manuscrite du cardinal de Bouillon , que nous avons eu connoissance d'un
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fait qpi à échappé à tons les historiens. On ne
trouvera pas le style du ca]:dinal de Bouillonaussi
pur, aussi facile,. ni auçsi élégant que celui de
Fénélon ; mais la sensibilité aveclaquelli^il parle
de cette belle action de son ami^ ne permet pas
de s'arrêter sur des expressions peu .nobles, ou
trop communes. .. v
Lettre du (c Les âcutimens naturels et réfléchis de mon
BTuilk) '* * cœur sont trop vifs sur ce que j^'apprends dans
Fénélon, 1 a » Tinstaut que vous venez de faire de si généreux ,
février 1708. • i 1 •• . ^ •
(Manuscr.) ^ ( ^^^ ''^ desseiu, com]aie vous. y avez réussi ^ 3» d'appaiserla garnison de Saînt-Omer, et de la » fairç rentrer dans son devoir ) pour que j&puisse » différer d'un moment à .vous congratuler de ce 3» que vous avez eu une occasion si naturelle, e|i » faisant une action bonne, noble et chrétienne^ » et si, digne, d'un grand et vertueux prélat frauT » çais, de vous venger en quelque façon , en ap^ » prenant par votre vertueux exemple , seule » vengeance qui nous :est permise par l'évangile, » ce que devoit faire dans une telleconjoncture, » préférablement à tout, autre., iin confrère qui » en avoit usé à votre égard dans des temps bien * » douloureux pour vo.us et pour vos serviteurs et » amis, d'une manière bien étonn^intp, et qui ne » ppuvoit que lui attirer l'indignation de tous les » honnêtes gens qui connoissent d'autres princi-