LIVRE SBPTlàKV. 6l
ses admirateurs mêmes (0 « de n'ayoir pas tou* » jours assez médité ses desseins , d'avoir trop » négligé les détails , d'avoir laissé périr la disci* V pline militaire^ de donner à la table et au som- » meil la meilleure partie de son temps, de ne » se lever souvent qu'à quatre heures après midi , » et de sfétre exposé plus d'une fois par cet incons'cevable abandon au danger d'être enlevé ».
n falloit que cette opinion fût bien généralement établie, puisque deux ans avant la campagne de 1708 , et dans un temps où Ton ne pouvait par conséquent supposer que Fénélon fût inspiré par le ressentiment des procédés du duc de Vendôme envers le duc de Bourgogne, il en portoit le même jugement.
« M. de Vendôme est paresseux, inappliqué à ^Vl. » tous les détails, croyant toujours tout possible, p^néion au » sans discuter les moyens et consultant peu. Il ^^^ ^« ^^^"
- - vreuse, la
» a de grandes ressources par sa valeur et son ^ov. 1706. » coup-d'œil, qu'on dit être très-bon pour ga'gner (Manuscr.) 1» une bataille ; mais il est très -capable d'en » perdre une par un excès de confiance. Âloi^s » que deviendroit-on? Il ne peut souffrir la su- » périorité des ennemis sui" lui; c'est une honte » et un dépit extrême ; les ennemis prendront y des places très -importantes devant lui pour
(0 Siéde de I^ouis "SOV de Yoluire,
» percer notre frontière et entamer le royaume, » ou bien ils rengagein)nt à une bataille'; c*est ce » qu'il chercha; s'il la perd, il hasarde la France » entière; c'est sur quoi on doit bien délibérer ^ » sans l'abandonner à son impétuosité. U fau* » droit un Charles Y pour retenir Bertrand du » Guesdin ; il ne s'agit pas de la campagne de » M. de Vendôme, mais de la fortune de l'Etat »• Voilà ce quécrivoit Fénélon en 1706^ et on croit lire l'histoire de la campagne de 1708. Mais en supiposant même que le duc de Vendôme n'eût pas eu tous les défauts qu'on lui reprochoit ^ il étoit de tous les généraux de son temps celui qu'on devoit le plus éviter d'associer au duc de Bourgogne dans le commandement de la même airmée. Il teûoit à une cabale puissante , uniquement occupée à braver le duc et la duchesse de Bourgogne et tout ce qui leur étoit attaché. li faut ie dire , le Dauphin , fils de Louis XIV et . père du jeune prince , avôit la foiblesse d'être jaloux des grandes qualités de son fils ; il croyoit y trouver la rensui:e de sa vie insouciante et inappliquée; il s'-étpit environné d'une troupe de cour** tisans.y tiui ne s'étoient que trop aperçus de cette affligeante disposition , et s'étucfioient à l'entretenir. Ils avoient malheureusement i^ussi à élever des barrières entre le père et le fils, et à écarter
tout ce qui auroit pu les rapprocher, si la mort du Roi, que son âge déjà avancé permettoit de prévoir, laissoit l'héritier du trône en leur pouvoir. Tous ceux qui composoient cette Cour, redoiitoient d'ailleurs les prihcipes austères du duc de Bourgogne, et Finfluence des amis vertueux qui paroissoient naturellement appelés à sa confiance. Le duc de Vendôme étoit le* personnage le plus actif et le plus distingué de la €onr du Dauphin par son rang, ses grands talens, et ses succès ; et sa vaste ambition lui présageoit une autorité sans bornes dans Favenir , sil parvehoit à aigrir Picore plus le père contre le fils , et à écraser celui«ci dans Fopinion publique. A ces motifs d'intérêt et d'ambition se réunissoient des ressentimens personnels, qui irritoient le dépit du duc de Vendôme. La duchesse de Bourgogne n avoit point ignoré la manière peu mesurée et trop publique, dont il s'étoit souvent exprimé sur le duc de Savoie sbn père , ^t elle ei^ avoit témoigné son mécontentement. Enfin, la licence honteuse et l'évôltante des mœurs du duc. de Vendôme formoit un contraste' choquant avec les principes vertueux du d^skc de Bourgogne ; il ne pouvoit se dissimuler l'opinion du jeune prince à son égard , et un mépris trop mérité éti)it pour lui ane insupportable injure*
64 IIlSTOItlC DE FÉNÉLOir^
Telles étoient les dispositions du duc de Vendôme y lorsque le duc de Bourgogne arriva à Farmée de Flandre. On put s'apercevoir dès les premier momens , par la hauteur insultante avec laquelle il donnoit des ordres au jeune prince ^ plutôt qu'il n'en recevoit, qu'il Aoit impossible de voir régner entr eux cette harmonie si nécessaire pour assurer les succès de la campagne. On sent aussi qu'il dut se former dès-lors autour des deux diefsy des groupes divers de courtisans et d'adulateurs, plus occupés à se combattre mutuellementy qu'à combattre les ennemis. Cependant le début de la campagne fut assez heureux , et la surprise de Gand, capitale de la Flandre espagnole y donnoit des espérances qui furent cruellement trompées.
Le jour même où le duc de Bourgogne avoit ' quitté Versailles pour se rendre à Tarmée, il 3*étoit arrêté un moment à Senlis pour envoyer un courrier à Fénélon , et le prévenir de son passage à Cambrai ; il lui mandoit :