‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 4)Chapitre 25 sur 107 · LIVRE S1SPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE S1SPTIEME

» cruellemeDt mécompte^ brusqua tout le monde.

3) M. le duc de Bourgogne voulut parler : M. de

» Vendôme , enivré d*atitorité et de colère , lui

» ferma à Vinstant la bouche ^ en lui disant d*un

» ton impérieux y devant tout le monde : qu^il se

» souiftnt quil nétoit venu qu'à condition de lui

» obéir. Ces paroles étonnantes^ prononcées dans

» les funesteâ momens oii Ton sentôit si horrible*

» ment le poids de V obéissance, dont sa paresse

» et son opiniâtreté venoient de rendre tes suites

9 si désastreuses, firent frémir tous ceux qui les

» entendirent.

» Le jeune prince , à qui elles furent adressées , » y chercha une plus difficile victoire que celle » goi seremportoit actuellement par les ennemis » sur lui. Il sentit qu'il n'y avoit jpoint de milieu » entre les dernières extrémités et l'entier silence, » et fut assez mattre de lui pour le garder. Ven- » dôme se mit alors à pérorer sûr ^ ce combat, à » vouloir montrer qu'il n'étoit point perdu , à » soutenir que la moitié de l'armée ti'ayant point » combattu, il falloit tourner toutes ses pensées » à recommencer le lendemain malin. Chacun » écouta en silence un homme qui ne vouloit pas » être contredit, et qui venoît de montrer tin » exemple aussi coupable contre l'héritier néces- » saire de la couronne , de quiconque hasarde-

» roit autre chose que des applaudissemens ; le 9» silence dura donc sans que personne osât prob férer une parole. Il venoît cependant des avis » de tous côtés , que le péril étoit extrême. Puy- » ségur y arrivant devers la maison du Roi, en fit ^ 3> un récit qui ne laissa aucun raisonnement libre ^

3» et que le maréchal de Matignon osa appuyer.

» Vendôme , ne voyant plus nulle apparence de

f » résister davantage à tant dé convictions^ et

» poussé à bout de colère, s'écria : Eh bien, » Messieurs, je vois bien que vous le voulez tous; » il faut donc se retirer; et l'on se retira ».

Cette retraite étoit d'autant plus nécessaire , que, comme l'ont observé tous les historiens, appuyés sur le témoignage uniforme des militaires qui ont paelé de cet événement , « on se seroit re- ». trouvé le lendemain (0 dans une position plus » mauvaise encore que celle de la veille, l'armée » française étant séparée par celle des ennemis ». XIX. Le prince Eugène et JVfarlbçroug firent alors

Lilk en 1 708- toutes les dispositions nécessaires pour entrepren*< dre le siège de Lille. Le maréchal de Boufflers étoit accouru pour défendre la capitale de son gouvernement, aussitôt qu'il l'avoit vue menacée. Ce siège mémorable dura quatre mois, et il a illustré le nom du maréchal de Boufflers. Il y dé«

(0 Abr. chros. du président HéoanlL

tlTRE SEPTIEME. ^I

Teloppa des talebs et des vertus dignes des temps héroïques de Thistoire.

L'armée da duc de Bourgogne étoit destinée à faire lever le siège de Lille, et la belle défense dn i|tiaréchal de Boufflers laissa tout le temps né"> cessaire pour forcer les ennemis à une retraite ou à une bataille. Toute la France avoît les yeux fixés sur le duc de Bourgogne , et il étoit assez na» tnrel de croire qu'il hasarderoit tout, plutôt que de laisser les ennemis se rendre maîtres de la plus 'belle conquête du Roi son grand-père, en présence d'une armée de cent jnille hommes, commandée par son petit -fils. Cette confiance de Topinion publique est d'autant plus excusable , q^e la mul** titade, qui prononce toujours des jugemens al>solussur la conduite des généraux , n'est jamais à portée de soupçonner les di£Scultés de leur posi* tion , ni de calculer les obstacles qui enchaînent ' leurs opérations. C'est surtout en ce genre de mérite que les succès font la gloire ou la honte, et -que les succès constans fixent invariablement le jugement de la postérité. Les divisions qui ré* gnoient entre les diefs de Farmée, contribuèrent encore à égarei^ l'opinion et à justifier les mur«* mures et les accusations deç détracteurs du duc de Bourgogne. Les partisans du duc de Vendôme afièctoient de partager son ardeur impatiente et de blâmer la circonspection timide du jeune

^2 HISl^OIflE DE FÉKÉLON,

priace. Toutes les lettres qu'ils écrivoient à Paris et à la Cour étoient chargées de reproches amers^ de réflexions maligûesy de satires sanglantes, et ces odieuses rumeurs étoient propagées par tme cabale puissante et acharnée à flétrir sa réputation. Le duc de Bodrgogne dédaignoit de se jus« lifier; il oroyoit au-dessous de lui de descendre à des accusations contre ses ennemis et à des apo-* logies pour lui-mâme *, il n'avoit que des amis et point de partisans ; ces amis étoient des hommes vertueux ^ irréprochables y mais circonspects par leur âge, leur caractère, et; leur position personnelle ; toutes les manœuvres de Fititrigue leur ëtoient inconnues et étrangères ; ils n'opposoient à la clameur publique que ces conjectures et ces raisonnemens , qui peuvent avoir quelqu'àccès auprès des hommes calmes et modérés, dans une discussion tranquille et impartiale y tnais que la prévention ou la passion dédaignent toujours d'écouter. Cependant le jeune prince étoit défendu dans le cœur du Roi par la tendresse paternelle et une estime réfléclne, et auprès de madame de Maintenon pat* la douleur touchante de la duchesse de Bottfgogné. Toute la Cour se divisoit ^ntre denx partis encore plus opposés Tun à Tau* tre que les armées ennemies, qui étoient en présence sur la frontière.

C'est pendant ces quatre mois, qui furent sans

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