‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 4)Chapitre 26 sur 107 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

doute les plus pénibles de toute la vie du duc de Bourgogne , que nous retrouvons toutes les pièces d'une correspondance suivie et intéressante entre le jeune prince et Fénélou. Plus à portée de s'é* crire avec une entière liberté , ils purent s'aban* donner sans réserve à Tépanobeinent de leur cœur, et cette correspondance offre les traits- les plus honorables de leur histoire.

On avoit fait craindre à Fénélon que M. le duc de Bourgogne ne se disposât à retourner à Versailles avant que le sort de la citadelle de Lille f&t décidé y et à une époque où la belle saison per* mettoit de tenir encore long-temps la campa* gne (0. U lui adressa les plus fortes représentations sur une résolution si honteuse.

« Je ne puis m'empécher^ Monseigneur, de vous ^^- » répéter qu'il me semble que vous devez tenir p^nélonàM. » bon jusqu'à l'extrémité dans l'armée^ comme ^« ^"^ ^*

Bourg^iie,

» M. de Boufflers dans la citadelle de Lille. Si sept. 1708.

» on ne peut rîeli faire d'utile et d'honorable

» jusqu'à la fin de la campagne, au moins vous

» aurez pajé de patience, de fermeté et de cou^

» rage, pour attendre les occasions jusqu'au bout;

» au moins vous aurea le lokir de faire sentir

» votre bonne volonté aux troupes , et de rega«-

» gner dés cœurs. Si, au contraire, on fait quel-

(') On étoit an mois de septembre.

^i lIISTOIftE DE rikVÈLOJff

» que coup de vigueur avant que de se retirer, » pourquoi faut-il que vous n y soyez pas ^ et qae » d'autres s'en réservent l'honneur? pourçuai »/aui-ilJaire penser au monde qu* on n'ose ri&m » entreprendre de hardi et de fort quand vous » commandez, que vous n'y êtes qu'un enibar-- » ras, et qu'on attend que vous^ soyez parti pour » tenter quelque chose de bon ? Après tout^ s'il y » a quelque ressource à espérer , c'est dan^ le » temps où les ennemis seront réduits k se retirer » ou à prendre des postes dans le pays pour y » passer Fhiver. Voilà le dénoùment de tonte la » campagne; voilà l'occasion décisive : pourquoi » la manqueriez- vous 7 II faut toujours obéir au » Roi avec un zèle aveugle; mais il faut attendre » et tâcher d'éviter un ordre absolu de partir » trop tôt. Vous auriez tout le déshonneur de » la campagne y et M. de Vendôme se réserveroit » l'espérance du^ succès ».

Le duc de Bourgogne se hâta de rassurer Fé* nélon sur l'objet de sa lettre , qui n'avoit en effet nul fondement , et qui n'étoit qu'une rumeur répandue par ses ennemis^ pour chercher à lui nuire. Il se trouvoit même alors délivré du joug impérieux du duc de Vendôme. Le Roi avoit or^ donné au maréchal de Berwick de joindre son corps d'armée à celui du jeune prince , et l'a voit

f livue septième. ^5

adjoint au duc de Vendôme pour diriger son petit*fils.

Le maréchal de Berwick , déjà célèbre par la XXî. victoire d*Âlmanza , et déjà reconnu , quoique chai de Berbien jeune encore (0, pour un des plus grands ^^*^^* généraux de l'Europe, avoit au suprême degré le mérite de réunir la valeur la plus intrépide à un calme et à un sang -froid qui ne lui permet*teient jamais de rien accorder au hasard ni à une folle témérité. Ces qualités , si précieuses dans tous les temps^ Tétoient encore plus à une époque où Tarmée du duc de Bourgogne formoit la seule barrière qui pût empêcher les ennemis de pénétrer dans le cœur du royaume , et de livrer la France entière au pillage. Cette considération avoit décidé Louis XIV à l'associer au commandement de Tarmée. Â peine y fut-il arrivé, que le duc de Vendôme proposa de forcer ks retranchemens des ennemis, pour dégager la citadelle de Lille* Le maréchal voulut , avant de donn^ son avis, prendre une connoissance approfondie de la position des ennemis ; le résultat de ses observations fut qu'on ne pouvoit hasarder une pareille entreprise sans exposer Tarmée à une ruine entière , et qu aucune probabilité de succès fte pouvoit balancer un si grand danger; il

(0 H n'avoit alors qu6 3^ ana.

^ 'jG HISTOIRE DIS FÉNÉLOM,

Opina pour ne point attaquer les ennemis devant Lille y avec le même sang-froid qu'il avoit ordonné qu'on les attaquât à Âlmanza. Tous les emportemens du duc de Vendôme n'altérèrent pas un moment son calme , et ne changèrent rien à son avis. Le duc de Bourgogne, et tous les membres du conseil , adoptèrent une résolution qui ne pouvoit être soupçonnée de pusillanimité dans la bouche d'un homme tel que le maréchal de Berwicky et d'un officier général tel que Puységar. On trouvera une partie de ces détails dans la réponse du duc de Bourgogne à Fénélon.

Au camp du Saulsoir, le ao septembre 1708.

xxn. « Tai reçu depuis quelque temps deux de vos

^^r*^^" ^ lettres, mon cher archevêque; vous comprenez gogne à Fé- » aisément que je n'ai pas trop eu le temps de "^ t ' 08** ^ répondre plutôt à la première ; et pour la se* (Manuscr.) » coude, elle ne m'a été rendue quhier. // n*a » point été question de mon retour ^ mais vous » powez être persuadé que je suis et que j'ai » toujours été dans les mêmes sentimens que vous » sur ce chapitre j et quà inoins d'un ordre 511- » périeur et réitéré ^ je compte, quoi qu'il àr- 9> rive, définir la campagne, et d*étre h la tête » de l'armée tant qu'elle sera assemblée.

» J'en viens à la seconde. Il est vrai que j'ai

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