‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 4)Chapitre 27 sur 107 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

» essuyé une épreuve depujui quinze jours , et je » me troui^e Bien loin de l'avoir reçue comme je » le deyois^ me laissant emporter aux prospé- » rites, et abattre dans les adversités ^ me laissant » aussi aller à un serrement de cœur causé par » les noirceurs j le^ contradictions, et les peines )> de l'incertitude et de la crainte défaire queU » (jue chose de mal- a^ propos dans une affaire » d'une conséquence aussi extrême pour l'Etat. » Je me trouvois avec Tordre réitéré du Roi d^at- » taquer les ennemis ; M. de. Vendôme pressant » de le faire, et de l'autre c6té le marédial de » Berwick et tous les anciens officiers, avec la » plus grande partie de Tarmée, disant qu il étoit » impossible d'y réussir, et que Tarmée s'y per* » droit. Le Roi me réitéra son ordre après une » première représentation à laquelle je me crus » obligé. M. de Ghamillart arriva le soir, et me » confirma la même diose. J'y yoyois les funestes » suites de la perte d'une bataille , sans pouvoir » presque espérer de la gagner, et que le mieux » qui pouvoit nous arriver étoit. de nous retirer » après une attaque infructueuse. Voilà l'^état où » j'ai été pendant huit ou neuf jours, }usqu'à ce. » qu'enfin le Roi, informé de l'état des choses, » n'a plus ordonné l'attaquç et m'a c^mis à pren- » dre mon parti.

» Sur ce que vous me dites de mon indécision.

n8 UISTOIKE DE FÉN^LON,

» il est vrai que je me le reproche à moi-même, 1» et que quelquefois paresse ou négligence^ étaw^ » très fois', maus^aise honte j respect humain^ ou » timidité, m,* empêchent de prendre des partis, » et de trancher net dans des choses importantes. » Kous voyez que je vous parle avec sincérité , » et je demande tous les jours à Dieu de me don- » ner, ayec la sagesse et la prudence , l^ force et » le courage, pour exécuter ce que je croirai » de mon devoir.

» Je n'avois point cette puissance décisive , » quand je suis entré en campagne , et le Roi » m'avoit dit que y quand les avis seroient diffé- -» rens, je devois me rendre à celui de M. Ven- » dôme y lorsqu'il y persisteroit. Je la demandai » après l'affaire d'Oudenarde ; elle me fut accor« » dée^ et peut-être ne m*ensuis-je pas servi au-< » tant que je le devois.

3) Pour toutes les louanges que vous me don^ » nez, si elles né venoient d'un homme comme » vous, je les prendrois pour des ^flatteries ; car » en vérité fe ne le mérite guère, et le monde se 3» trompe dans ce qu'il pense sur mon sujet. Mais » il faut, avec la grâce de Dieu, mériter ce que » Ton en croit, du moins en approcher. Vous » savez mon amitié pour vous; elle ne finira qu*a- » vec ma vie yy. Louis.

P. S. a Je me sers de cette occasion pour vous

- tIVIlE SEPTIÈMEé ^g

» demander si vous ne croyez pas qu il soit ab«- » solument mal de loger dans une abbaye de filles. 9 Cest le cas où je me trouve , les religieuses sont » pourtant séparées ; mais j*occupe une partie de % leurs logemenSy et s'il étoit nécessaire , je quit- » teroisla maison quoi qu'on en pût dire. Dites^ » moi y je vous en prie , votre sentiment, d'autant M plus que je suis présentemenfdans votre dio- » cèse »•

Fénélon s'empi^ssa de tranquilliser le duc de Bourgogne sur le dernier article de cette lettre , qui tenoit autant à un sentiment de délicatesse et de respect pour les bonnes mœurs , qu'à un scrupule religieux.

II lui répondit : « Vous ne devez avoir aucune » peine de logei^ dans la maison du Saulsoir. » Vous n'avez rien que de sage et de réglé auprès » de votre personne. C'est une nécessité à laquelle » on est accoutumé pendant les campemens des » armées ; on est fort édifié de la police et du bon 2> ordre que vous faites garder ». <

Le duc de Bourgogne avoit les défauts de ses qualités^ n'attachant de prix qu'aux vertus réelles, il négligeoit trop ces petits moyens de plaire, et ces attentions délicates et recherchées, qui appartiennent jusqu'à un certain point à la science de gouverner. Les princes devroient.se trouver

So HISTOIRE D£ FÉNÉLOV,

trop heureux de voir souvent désirer et recevoir de leur part un sourire , une expression obligeante, un souvenir flatteur comme le plus noble prix du sang répandu à leur service , comme la plus douce récompense d'une vie consacrée à leur plaire.* KXlll. « Je viens d'apprendre , Monseigneur, lui écri-

rodieTu"' ^ ^^'^ F^nélou , quc diverses personnes de conclue de Bout- » dition et de mérite dans le service, se plaignent

so&ne quel- . . , . ,

ques défauts ^ ^^® ^^^^ ^® counoisscz ui Icurs uoms, ui leurs

d'aiteniion. „ yisagcs ,. pendant que M. le duc de Berry les

r^ettre du » reconnoît tous, les distingue, et les traite gra-

2»sept.i7o . ^^ cieusement. Cependant,, vous avez plus qu'au-

» cun autre prince de quoi contenter le public » dans la conversation. Vous y êtes gai, obli- » géant, et si Ton ose le dire, très-aimable; vous » avez l'esprit cultivé et orné pour pouvoir parler » de tout^ et pour vous proportionner à chacun ; » c'est un charme continuel, dont il ne tient » qu'à vous de faire usage ; il ne vous en coûtera )> qu'un peu de sujétion et de complaisance; » Dieu vous donnera la force de vous y assujet- » tir, si vous le désirez; vous n'y aurez que la y » gloire mondaine à craindre. C'est l'avantage » des grands princes , que chacun*, qui se ruine, » ou qui s'expose à être tué pour eux, est en- » chanté par une parole obligeante et dite à propos.

Page 1