‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 4)Chapitre 43 sur 107 · LIVRE SEPTIÈME. laS · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. laS

M. de BeauvUliers, qui connoissoit Famé et le caractère de son élève ^ prit la parole : « Sire , B toat ce que M. le duc de Bourgogne a dit , il » le fera »*. Mais Lpuis XIV, accoutumé depuis tant d'années à cette magnificence extérieure , dont il croyoit que la majesté du sang des rois devoit toujours être environnée, ne put se résoudre à tnontrer son petit-fils aux provinces et aux armées dans toute la simplicité d'un soldat:

Le ministre des finances étoit assurément ex* xxxn. cusable à cette époque de parler du défaut absolu ^^^ de moyens et d'argent ; c'étoit à la suite de l'hiver de 1709, dont la tradition a conservé un si long souvenir. Toutes les calamités de la nature venoient de frapper la France déjà accablée et épuisée par toutes les calamités de la guerre. La rigueur extrême du froid avoit détruit les germes de toutes'les productions de la terre , et la disette ayoit causé des séditions dans un grand nombre de villes et de provinces. La succession d'Espagne, apportée à la maison de France , n'avoit été pour la France et pour l'Espagne qu'une longue succession de désaistres et de malheurs. La plupart des places* frontières étoient déjà au pouvoir des ennemis , ou menacées de subir leur joug. La paix éloit plus éloignée que jamais. Louis XIV exploit quarante ans de prospérités par l'humiliation d'à-

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voir vu répéter les conditions honteuses qu'il offroit lui-même de souscrire. La paix et le bonheur de tant de nations étoteat sacrifiés à Tambition du prince Eugène et à Favarice de Marlboroùg. La stupide insolence des Hollandais se vengeoit des anciennes hauteurs de Louis XIV. Peu accoutumés à vaincre , ils croy oient avoir gagné les ba<< tailles d*Hoechstœdt, de Ramillies, d*Oodenarde ^ et de Malplaquety parce qu'ils soldoient les armées commandées par Eugène et Marlboroùg. La bataille de Malplaquet (0 avoit cependant rendu le courage aux armées françaises ^^ et vingtdeux mille ennemis laissés sur le champ de ba« taille y avoient fait payer bien cher aux alliés rhonneur de la victoire, xxxm. Ce fut au milieu de tant de désastres ^ que Fé-* té d^ Fé^ nélon^ placé sur le principal théâtre de la guerre, nëlcm envers montra ce beau caractère et ces grandes vertus Ics^ Id^ts ^* ^^^ ^^^ autant honoré sa mémoire , que les pro-. ductions de son génie. Son palais et sa ville de Cambrai devinrent Tasile des généraux, des officiers et des soldats malades ou blessés (^). « Sa » maison ouverte, et sa table de même, avoit Tair » de celle d*un gouverneur de Flandre, et tqut h » la fois d'un palais vraiment épiscopal , et tou- ■» jours beaucoup de gens de guerre distingués, et

(x) Da II septembre 1709. — (*) Mémoiires de Saint-Simon. '

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>» beaucoup d*officiers particuliers sains ^ malades ^ 7è blessés^ logés chez lai , défrayés et servis, comme » s'il n'y en eût qu'un seul y et lui ordinairement n présent aux consultations des médecins et des » chirurgiens; il faisoit d'ailleurs auprès des ma-* » lades et des blessés les fonctions du pasteur le » plus charitable, et souvent il alloit exercer le » même ministère dans les maisons et les hôpitaux » où Ton avoit dispersé les soldats y et tout cela » sans oubli y sans petitesse, et toujours préve- » nant avec les mains ouvertes. Une libéralité » bien entendue, une magnificence qui n'insuUoit » point, et qui se versoit sur les officiers et les » soldats, qui embrassoit une vaste hospitalité , » et qui pour la table> les meubles , et les équi* » pages, demeuroit dans les justes bornes de sa » place ; également officieux et modeste , secret » dans les assistances qui pou voient se. cacher, » et qui étoient sans nomJbre ; lest^ et délié sur » les autres, jusqu'à devenir Fobligé de ceux à » qui.illes donnoit, et à le pefôuader; jamais A 'empressé, jamais de complimens, mais d'une )) politesse qui , en embrassant tout , étoit tou^ » jours mesurée et prppo^rtionnée , en sorte qu'il » sembloit à chacun qu'elle n'étoit que pour lui , » avec cettjB précision dans laquelle il.excelloit ^ singulièrement; aussi étoit ^ il adoré de tous.

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V L'admiration et le dëvoûment pour lui étoient » dans le cœur de tous les.liabitans des Pays-Bas, » quels qu'ils fussent , et de toutes les domina-

V tions qui les partageoient ^ dont il étoit Tamour » et la vénération ».

n semble qu en peignant sous des couleurs si douces et si sensibles le tableau de la vie de FénéloUy M. de Saint-Simon ait voulu reposer son imagination et sa plume trop souvent trempée dans le fiel de la satire, xxxiy. Mais Fénél<Mi ne se bornoit pas à des œuvres Fénelon j^ charité envers des particuliers. Ce fut à sa

nourrit les *

années du générosité personnelle que Farmée du Roi dut ^^ une grande partie de ses subsistances pendant la campagne qui suivit l'hiver de 1709. Par respect pour le nom seul de Fénélon , les généraux ennemis avoient épargné les terres et les magasins ' de l'archevêque de Cambrai. S'ils apprénoient que quelque lieu à portée de leur armée ^ lui appartenoit en propre , ils y ttiettoient aussitôt des gardes^ et en faisoient conserver les grains et les bois avec le même soin qu'ils auroient pu apporter à la sûreté des domaines et des palais des souverains dont ils commandoient les armées ; les bourgs et les villages de Fénélon devenoient des

lieux d'asile , de refuge et de sécurité pour tous les habitans des environs.

Marlbo-

FOUg.

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