LIVRE SEPTIÈME
Mais le duc de Marlboroug porta la délioa- xxxv. tesse de ses soins pour Fénélon, jusqu'à une re- '^*^"*[i" cherche de prévoyance et d'attention , dont il du duc de n'est peut-être pas un seul autre exemple dans l'histoire. A la fin de la campagne de i^ii, l'armée des alliés se trouvoit par sa position à la vue des remparts de Cambrai ^ et elle séparoit l'armée de France de la petite ville deCateau-Gambrésis^ principal domaine des archevêques de Cambrai. Cateau-Cambrésis étoit rempli des grains de l'arr chevéque, et de ceux que les habitans de la campagne y a voient déposés sous la protection du nom de Fénélon. Marlboroug les fit d'abord conserver par un détachement qu'il y envoya; mais quand il prévit que la rareté dés subsistances ^ dont sa propre armée commençoit à manquer , ne lui permettroit pas de refuser à ses soldats la liberté de se pourvoir dans les magasins de Cateau* CambrésiSy il en fit avertir Fénélon; on chargea sur des chariots tous les grains qui s'y trou voient ; et Marlboroug les fit escorter par ses propres troupes jusque sur la place d'armes de Cambrai devenu le quartier-général de l'armée française. Cet homnaage honorable rendu à la vertu d'un simple particulier^ par des étrangers acharnés à la ruine de la Fraqce , servît à sauver la France elle-même. Fénélon livra tous ses magasins aux
1^8 HISTOIEE DIS FÉNÉLOir,
ministre^ de la guerre et des finances ; il ne se réserva que ce qui étoit strictement nécessaire pour sa consommation et celle des militaires qui vendent lui demander l'hospitalité. Le contrôleur général Tinvita à fixer lui-même le prix des grains qu il venoit de fournir avec tant de générosité dans un si pressant besoin. La réponse de Fénélon dut avertir le ministre qu il avoit trouvé dans l'archevêque de Cambrai un munitionnaire général des armées , qui ressembloit peu à ceux avec qui il étoit dans l'habitude de traiter ; « Je >» vous ai abandonné mes blés. Monsieur, ordon- » nez ce qu'il vous plaira ; tout sera bon ».
Il écrivoit en même temps au duc de ChevreuseCO: « Si on manquoit par malheur d'ar* » gent pour de si pressans besoins , j'offre ma » vaisselle d'argent, et tous mes autres effets, » ainsi que le peu qui me reste de blé. Je vou* » drois servir de mon argent et de mon sang, e^ ^» non faire ma cour ». Tel étoit l'homme qu'on avoit eu la perfidie de représenter à Louis XIV
comme son ennemi.
XXXVI. Tant de sacrifices personnels ne suflisoient pas peXréné^ cucore à l'immense charité de» Fénélon. Il prit
sure
Ion pour pré- mie mesure qui déceloit un.g^nie aussi éclairé^ qu'étendu dans ses vues d'administration. Il avoit
mine*
' <0 Manuscrits.
observé