LIVRE SEPTIÈME
y a voit à craindre ou à espérer dans une position aussi alarmante. Après avoir fait usage de tout ce que la sagacité de son esprit et sa longue connoisâance des hommes pouvoient lui donner de lumières pour discerner, séparei* et écarter, dan& Tesamen de leurs opinions , tout ce que la passion y rintérét oii la prévention pôuvoiènt avoir ajouté à la vérité des faits, et à Tétat réel des choses, il crut s'être assez éclairé pour se former un jugement exact et impartial. Ce fut Tobjet d un Mémoire , qu'il fit passer au duc de Che^ vreuse , et que nous avons encore , écrit de là main de Fénélon ; il étoit destiné au duc de BeauviHiers, et devoit servir à diriger son opinion dans' le conseil , sur le plan de la campagne.
En lisant ce mémoire , on sera peut-être étonné de la sévérité avec laquelle Fénélon s'exprime sur le maréchal de Villars ; mais les défauts qu'il lui reproche lui étoient reprochés par tous ses contemporains , et on observera que Fénélon apportoit si peu de prévention dans sa manière de pen* ser à cet égard , qu'en parlant avec la plus grande franchise de tout ce que l'on avoit à redouter de quelques-uns de nos généi'aux, il convenoit en même temps qu'on seroit peut - être fort embarrassé d'en trouver de meilleurs. Ce ne fut que l'année suivante ( 17 12 ) que le maréchal de Vil*
|8d mSTOIAE DE TÈfithOTg,
Lars f en sauvant la France à Dienam , J$*éleya luimême à un tel degré de gloire , que S(3s censeur^ furent condamnés à se taire devant sa fortune.
fc M. le maréchal de Villars a de. Fouver-ture 3) d'esprit (0, delà facilité pour comprendre cer- » taines choses ^ avec, une sorte de talent pour i) parler noblement , quand sa viyacité ne le » mène pas trop loin ; il a de la valeur et de la » bonne volonté; il n*est point méchant , il est » sans façon et çomn^ode dans la société ; mais il » est léger, vain, sans application suivie , et sa s> tête n*est pas assez forte pour conduire une si V grande guerre. Il fait des fautes , et quand il se D trouve pressé, il rejette, dit ^ on, sur les gens » qui ont exécuté ses ordres, le tort qu'il a lui » seul. Les lîeutenans générau:^ sont persuadés » qu'il ne sait pas bien décider , q^iUl craint de 9 décider l^al , et qu'il ne v^u% jamais faire que » des décisions vagues, pour avoir toujours de » quoi se justifier à leurs, dépens ; ce préjugé (es » rend timides ; personne p'ose rien prendre sur » soi ; chacun ne songe qak se mettre en sûrçté ; P le service en souffre beaucoup en toute occa- » sion : c'est ce qui doit faire craindre une bar 3> taille.
(0 Mémoires de Féoélon sur la campagne de 17x1, ( Mav
juiscrits. )