‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 4)Chapitre 69 sur 107 · LIVRE SEPTIEME. aa · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME. aa

» détachô celle qui n'étoit pas assez détachée ». . Au mouieût même où Fénélon adressoit ces paroles d'amour et de religion au duc de Bourgogne, ce prince venoit de rendre le dernier soupir. Cet écrit est 4^té du i8 février 17 12, et le prince étoit mort le même jour à neuf heures du matin. En apprenant cette horrible nouvelle, Fénélon laissa échapper ces seuls mots : Tous mes

liens sont rompus Rien ne m'attache plus

à la terre H fut plusieurs jours dans un

état d'accablement et de dégoût de la vie qui alarma ses amis les plus chers ; ce ne fut que le 27 février , huit jours après avoir appris la mort du duc de Bourgogne y qu'il eut la force d'écrire au duc de Chevreuse cette lettre déchirante , qui peint avecitant de vérité les douleurs de son ame.

(c Hélas ! mon bon duc , Dieu nous a ôté toute » notre espérance pour l'Eglise et pour l'Etat. Il Fénélon a^ » a iorrn^ ce jeune prmce, il 1 a orné; il 1 a pré- ^^^^^ 3^ paré pour les plus grands biens ; il l'a montré fé?r. 171 2. » au monde et aussitôt il l'a détruit. Je suis saisi » d'horreur et malade de saisissement sans mala- » die ; en pleurant le prince mort , qui me dé- )> chire le cœur, je suis alarmé pour les vivans. » Ma tendresse m'alarme pour vous et pour. le }> ion duc (M. de Beauvilliers) ; de plus, je crains

Lettxe de

2^4 HISTOIRE DE FÉ^fÉLON, '

% pour le Roi } sa coasèrvation est infiniméttt im- » portante. On n'a jamais tant dtà dësîrer et àche* 31 ter la paîx« Que seroit-ce si nous allions tom-r » ber dans les orages d*ane minorité, âans mère » régente, avee une guerre accablante au dehors; »'tout épuisé; poussé à bout. De plus, le Roi est n malheureusement trop âgé pour pouvoir comp- » ter qu'il verra son successeur en âge de gou- » verner d'abord après lui. Quand même on serait » assez heureux pour éviter une minorité selon la » loi, c'est-à-dire, au-dessous de quatorze ans^ il » seroit impossible d'éditer une^ minorité réelle^ » oh un enfant ne fait que prêter son nom au plus 1» fort. Il n'y a aucun remède entièrement sûr » contre les dangers de cet état des affaires. Mais 3» sî la prudence humaine peut faire quelque » chose d'utile , c'est de profiter dès demain y à » la hâte , de tous les lUomens pour établir un » gouvernement et une éducation du jeune prince, » qui se trouve déjà affermi, si par malheur le » Roi vient à nous mahquer. Son honneur, sa » gloire, son amour pour la maison royale et » pour ses peuples; enfin, sa conscience exigent » rigoureusement de lui qu'il prenne toutes les » sûretés que la sagesse humaine peut prendre it à cet égard. Ge seroit exposer au plus horrible » péril l'Etat çt l'Eglise même, que de n'être pas

» occupé

LIVUE SEPTIÈME. !ll5

à cupéde €«&tte affairé capitale par préférence S » toutes les* aott-es. C'est là-desstis qull faut ta- » c^r 4e péi^diiader par W instramens convefta'- » blés Blftdânie de Mainliendn et tcms les lùiniàtres,

» pour kfs rëunir^ ëfîn qu^ilâ fasséht les dernier» » efÊotlÈr aupi^i do Rot. Il f auroit des réflexions » in^ièi* ic (aite là - dèssnâ ; mds fous les ferez I» mieujt que moi ; je nf'en ui ni le temps , ni la » force.. J^ prié Dieu c}u^il Vous inspire ; jamais )i noBS n^efi éftiàé^s Un si grand besoin ».

a P. S» Ott Tbùtk dit que madàiùe la duchesse i> deCbevreuse à été malade. J'en suis bieu eii » peine. O mon Dieti ! que la vraie atnitié cause )f de dônletfr^ n !

Ce u'ëtoit qtr'âfVéd un âmi tel que le duc dé Clie-' Vreuse, qàe Féttélon ôsoh s^abaudonner k toute Télèitdtté dé sa' dculëtn^ et dé son inquiétude sûr le sort dé lilï'rttbcè: ïl' parètt qu'il à'étôit pfés* otil dé rëÉifefmèt* àii dëdâfas de Id-thérîle toutes les étnôttdtl» dé sàn ktàé Û crUèll^ùétit déchirée ; dû tàbim c'ëàt èé qa'ttt élrôtt apercevoir par une rêpome tl-èH-courte etr trèi^-mesùï^éë qtî'il fit à la iliârqtÉltô Aë Lauibett ; arviéc laquelle 11 entretéuoit ^hë Gàtfé^ôùâahcë de goût et d'estime. «f Dieu pensé ^Madame, tout auttëthëht que lés' I» kommesi 11 détruit oe qu'il seâibloit avûir formé » tout exprès pour sa gloire; il nous punit , nous

Fénéloh. Tom. IV. i5

, ^26 HISTOIRB DK FÉXtLOIf»

» le méritons ; je serai le reste de ma vie^ A(a-t » dame, avec le zèle et le respecta •«• n

. Peu de temps après .la mort du duc d^ Bour-> gogne, le père Martineau, jésuite ^ coafesseurdu jeuae prince^ et qui avoit rempli auprès* de lui les pénibles devoirs de son n^inistèr^ dans se$ derniers momens, publia un éloge historique do ses vertus (0. IlVétoit adressé à Fénélou, pour en obtenir des détails et des faits, qui auroient rendu sans doute ce monument exM:ore. plus, digne de celui dont on voulpit honorer la: mémoire. Mais Tame de Fénelon étoit trop «acc^bléç ppur pouvoir se. livrer à un travail qui auroit si cruels lement renouvelé le sentiment d'un maljkeur irréparable. Il ne craignit point d'avouer .franche- LXX. ment sa foiblesse. « Je ne m^ seps point capable F ' ^élon au ^' maintenant de faire la recherche des {s^\s que père Marti- » VOUS voudriez recueillir. le ne saur ois ; assez neau,i7i2. ^ louer .votre zèle et la boi^té .de.yQtre cqeiir; » mais le courage me manque pour me livrer à » un travail dont je désire passionnément Texé*. » cution. Le malheur qui. nous afflige a fait une

» si forte impression sur moi, que ma santé en » souffre beaucoup. Tout ce qui réveille va^^ peine » me met dans une espèce d'émotion fiévreuse* Je

(0 Cet ouvrage parint en 1713, sous le titre * de Jtcouei/ des vertus de M. le duc de Mourgogne, in^ia.

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