LIVRE SEPTIEME
nous apprenons par une letti^e de Fënélon à M. de Beauvilliers.
« J'ai vu notre cher prince un moment; il m'a yni. » paru ensraissé, d'une meilleure couleur, et i^^^e de M fort gai ; il m'a témoigné en peu de paroles la je Beauya- » plus grande bonté; il a beaucoup pris sur lui ^*®"» 7 «ep-
* ^ ^ ' tembrei7oa.
» en me valant; il me semble que je ne suis tow-
s> ché de tout ce qu il fait pour moi que par rap'-
» port a lui^ et au bon cœur quil montre par-là.
» Il m'avoit écrit de Malines, par M. Denon ville,
» une lettre que celui-ci m'a rendue depuis^'le
» passage du prince. Je garderai là-dessus le plus
» profond secret. Je ne saurois recevoir tant de
» marques de sa bonté sans lui en témoigner ma
» reconnoissance, en lui retraçant la conduite
» qu'il doit tenir, et en lui rappelant toujours
» ce qu'il me semble qu'il doit à Dieu. Vous devez
» redoubler de fidélité pour le secourir sans ti-
» midi té ni empressement naturel ».
La manière dont M. le duc de Bourgogne s'é^
toit conduit pendant la campagne de 1702, lui
avoit concilié Testime générale ; il avoit fait voir ^
dans toutes les occasions où il s'étoit trouvé, qu'on
peut allier les vertus militaires aux vertus austères
de la religion ; en un mot , il avoit condamné au
silence ses vUs détracteurs , qui s'attachoient à le
areprésenter comme un prince dont l'esprit et le
3o HISTOinE DE FÉNÉLON,
caractère étoient rétrécis par les pratiques minutieuses d'une dévotion puérile et exagérée.
Fénélon craignit qu'il ne se laissât séduire par ces témoignages équivoques d'un faux enthousiasme; il écrivit à M. de Beauvilliers : Lettre de a Ayez soin de l'intérieur encore plus que de de^lSeL^vU- '' l'extérieur de M. le duc de Bourgogne, afin liers,a7 jan- » que les goûts naturels, la vivacité de ses pas- (SanuBcr ) ** sions, et le torrent du monde ne l'entraînent » pas. Je ne lui compte pas tant d'avoir méprisé » le monde, qui étoit contre lui, que je lui comp- 3» terois de vivre détaché du monde, quand le 31 monde lui applaudit et le recherche avec em* » pressement ; il faut bien faire pour le monde , » sans y tenir, et c'est de quoi on ne vient point » à bout, si Dieu ne le soutient par sa main toute » puissante. Qu'y $i-t-il de plus flatteur que d'être ».né un si grand prince, et cependant de ne de- » voir les hommage^ du public qu'à sa bonne » conduite et à ses talens, comme si on étoit un n simple particulier? Mais quel malheur si on » $'appuyoit sur ce foible roseau! L'estime des » hommes vains est vaine , et elle se perd en un » jour. Si ce prince étoit livré à son propre cœur, » loin de Dieu et de l'ordre des grâces qu'il » a éprouvées, tout se dessécheroit pour lui, » et le monde même, qui lui auroit fait oublier
LIVRIt SEPTIÈME. 3l
» Dieu, serviroit à Dieu d'instrument pour se » venger de son ingratitude. Taimerois mieu:i[ » mourir que d'apprendre jamais une si déplo- » rahle nouvelle ; il est certain qu en manquant » à Dieu, il tomberoit dans un état où il man-- » queroit ensuite bientôt au monde, et oii le » monde se dégoûteroit promptement de lui ».
On s'attendoit qu en 1708, M. le duc de Bourgogne commanderoit l'armée de Flandre comme l'année précédente ^ on préféra de le nommer généralissime de l'armée d'Allemagne. Ce qui sur* prit le plus dans cette disposition, c'est que cette armée étoit très-foible, composée en grande partie de nouvelles levées, et^e paroissoit pas offrir des moyens suffisans pour tenter quelqu entreprise importante. On crut assez généralement que le motif secret de ce changement de destination avoit été de suspendre entre le duc de Bourgogne et Fénélon ces relations de confiance et d'intimité, qu'il leur étoit plus facile d'entretenir, loin de la surveillance de la Cour, pendant le séjour du jeune prince dans les Pays-Bas.
Heureusement pour le duc de Bourgogne, on lui donna, pour le seconder dans ses opérations militaires, le maréchal de Yauban, qui, seul, pouvoit suppléer au défaut d'une armée plus considérable. Aussi cette campag;ne fut-elle aussi ho-
3a IIISTOIRE DE FÉNÉLONy
norable par la prise importante du Vieux -Bri-«sachy que par l'espèce d'audace que le jeune prince mit à s'exposer à tous les périls* Le Yieux- Brisach avoit appartenu à la France ^ et le maréchal deVauban étoit parvenu à le rendre presque imprenable par les fortifications dont il Tavoit environné. Le maréchal de Vauban se trouvoit alors appelé à employer les ressources de son génie pour renverser les' remparts que son géale avoit créés. Ce fut à cette occasion qu'il dit h M. le duc de Bourgogne : a On ignore ^ Monsei* » gneur^ si vous savez prendre les villes que j*ai » fortifiées; vous allez nous l'apprendre ». IX. Ce fut pendant le siège du Vieux-Brisach, qud
léme^ce de ^^ ^^^ ^® Bourgoguc cut occasiou de montrei* M. le duc de que les principes de religion que Fénélon avoit si profondément gravés dans son cœur, respi-* roient toujours la douceur^ Tindulgence et Thu-* manité. Un espion ennemi , qui s'étoit introduit dans son camp, fut découvert et arrêté; le jeune prince crut qu'à raison de quelques circonstances particulières on pouvoit sans inconvénient lui épargner le dernier supplice. On voulut le détourner de cet acte de clémence , en lui faisant observer que cet espion étoit huguenot. « C^est » pour cela, répondit-il en riant ^ çu'il a besoin ^ de temps pour sUnstruire et se convertit, ». \ Le