LIVRE SEPTIÈME
Le Vieux - Brisacli fat pris le 23 septembre 1703 y après quatorze jours de tranchée ouverte^ et le duc de Bourgogne demanda au Roi la per-* missioii d*entreprendre le siège de Landau ; mais Louis XIV , instruit que ce jeune prince s'étoit exposé avec témérité au siège du Vieux-Brisach , craignit qu il ne se compromît avec trop d*im-^ prudence à celui de Landau, dont Fentreprise étoit encore plus hasardeuse , et dont le succès paroissoit trop incertain dans une saison aussi avancée; il eut ordre de revenir à Versailles , et de remettre au maréchal de Tallard le commandement de larmée et la conduite du siège de Landau.
Fénélon , privé de la consolation de voir M. le duc de Bourgogne en Flandre , lui fit passer par M. de Beauvilliers ses avis et ses instructions sur la conduite qu il devoit tenir à Tarmée d'AUc'itiagne. On retrouve toujours le sentiment et le langage d'un père jusque dans les conseils qu il lui donne sur des soins et des attentions qui peuvent pai*oître indifférens dans des particuliers^ mais qui ont souvent tant d'influence sur la réputation des princes , sans cesse exposés aux re* gards et à la censure publique.
« Quand M. le duc de Bourgogne sera à Tar- » mée , disoit Fénélon , il aura raison de ne vou- FÉnÉLON. Tome iv. 3
34 bistoihe de fénélon,
» loir souffrir aucun excès de vin à sa table ; mais » il lui convient fort de continuer cette longue » société de table et cette liberté de conversation » pendant les repas , qui a charmé les officiers » dans la dernière campagne. Il est bon de con- » tinuer cette affabilité aux autres heures de com- » merce. Le prétexte naturel de se renfermer » pour écrire à la Gour^ lui donnera toujours des » heures de retraite pour les choses plus so- » lides.
» Quand il y aura à l'armée quelque désordre » de mœurs, il peut donner des ordres généraux » bien appuyés pour les réprimer sévèrement , » mais il ne faut point qu il descende dans les dé- » tails ; oh Taccuseroit de tomber par scrupule D dans la rigidité et la minutie ; il faut même » qu'il tourne ses ordres du côté de la discipline » militaire y qui a besoin de cette fermeté.
1» Il faut qu'il n'çffarouche point M. le mare- » chai de Villeroy (0, qui est homme de repré- » sentation y de plaisir et de société ; il peut lui » témoigner de l'estime , de l'amitié, et même de » la confiance et du goût ; par-là il l'apprivoisera » avec sa piété gaie et sociable, et il l'engagera
(*) Ou ca-oyoit alors que M. le maréchal de Villeroy seroit employé à Parmée d^ Allemagne, avec M. le duc de Bourgogne j maîâ ce fut le maréchal de Tallard,