‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 4)Chapitre 82 sur 107 · LIVRE HtriTZÈME. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE HtriTZÈME. 3o

» sans Itti doimer la liberté / et en le nécessitant » à vouloir toujours le Irien , comme on suppose » dans le christianisme que les bienheureux dans le » ciel sont nécessités sans cesse à aimer Dieu. Qui » est-ce qui peut, douter .que Dieu n'ait été le » maître absolu: de ci'éer d'abord les.hommes^ans » cet état , et de les y fixer. à jamais?

» Mais ce qui. décide estla conviction intime » cil nous sosnmes sans cesse de notre libertéc » Notre raison ne consiste que dans nos idées éclaires; nous ne pouvons que les .consulter » attentivement pour conclure qu'une iproposi* » tion est vraie ou fausse; il -ne^dépend pas de . » nous.de croire que le oui. est le non ^. et qu'un 3> cercle est un triangle. D'où -vient qu'il nous est M absolument impossible de confondre ces choses? » c'est que l'exercice de la raison se réduit à con- » sulter nos idées ^ et que l'idée d'un cercle est 31 absolument difi^rente de celle d'un triangle» y> Raisonnez tant qu'il vous plaira, je- vous délie

3> de former jamais aucun doute sérieux contre » /aucune de vos idées claires. Vous ne jugez ja- » mais d'aucune d'elles; mais c'est par elles que » vous jugez, et elles sont la règle immuable de » tous vos jugemens ; vous ne vous trompez qu'en » ne les consultant pas avec assez d'exactitude. »' Si vous n'affirmiez que cô qu'elles présentent , Fénélon. Tome iv. ao

3o6 HISTOIIVE DB FÉJNÉLOir,

» si VOUS ne rejetiez que ce qu'elles excluent » avec clarté, vous ne tomberiez jamais dans la » moindre erreur, vous suspendriez votre juge- » ment dès que l'idée que vous consulteriez ne î) vous paroîtroit pas assez claire, et vous ne vous » rendriez jamais qu'à une clarté invincible. Ceux » qui rejetteht spécùlativement cette règle ne «s'entendent pas eux-mêmes, et suivent sans » cesse par nécessité, dans la pratique, ce qu'ils » rejettent dans la spéculation.

» Le principe fondamental de toute raison » étant posé , j^ soutiens que notice libre arbitre * » est une de ces vérités dont tout homme, qui » n'extravague pas, a une idée si claire que l'é- » vidence en est invincible. Tout homme sensé » qui se consulte et qui s'écoute, porte au de- » dans de soi une décision invioeible en faveur » de sa liberté. Cette idée nous représente qu'un >» homme n'est coupable que quand il fait ce qu'il » peut s'empêcher de faire , c'est -à*dire ce qu'il » fait pal^ le choit de sa volonté, sans y être dé^ 3} terminé inévitablement et invii^ciblement par » quelque autre cause distinguée de sa volonté,

» Le donte ne sauroit être plus sincère et plus » sérieux sur la liberté que sur l'existence des » corps qui vous environnent. Raisonnez tant » qu'il vous plaira sur vos idées claires, il faut ou

)> les suivre sans crainte de se tromper , ou être » absolument pyrrhonien. Mais les pyrihoniens, » comme on a eu raison de le dire, étoient une » secte de menteurs, et non pas de philosophes j » ils se vantoient de douter, quoiqu'il ne fût pas » plus en leur pouvoir, qu'en celui ..des autres » hommes, de douter des vérités claires. D'ailleurs » le doute universel esf insoutenable ; quand » même nos idées claires devroient nous tromper,, » il est inutile de délibérer pour savoir si nous 3> les suivrons , ou ne les suivrons pas ; leur évi- » dence est invincible, elle entraîne notre juge- » ment ; et si elles nous trompent , nous sommes » dans une nécessité invincible d'être trompés ; » en ce cas , nous ne nous trompons pas nous- » mêmes; c'est unepuissance supérieure à la nôtre » qui nous trompe et qui nous dévoue à l'erreur. » Nous pouvons bien suspendre notre conclusion , » quand les idées sont obscures et qua^d leur » obscm-ité nous laisse en suspens ; mais quand n elles sont claires comme cette vérité : deiix et » deux font quatre^ le doute seroit, non un usage » de la raison , mais un délire.

» Au reste , il est assez inutile de raisonner et » de disputer avec les hommes qui nient le libre » arbitie , il suffit de les mettre à l'épreuve dans » les plus communes occasions de la vie, et ojx^û^

3o8 HISTOIRE DE FÉNÉLON^

» ont un intérêt personnel , pour les confondre » par eux-mêmes.

» Il est vrai qu'il y a certaines actions que nous

» ne sommes pas libres de faire, et que nous évi-

» tons par nécessité. Alors nous n'avons aucun

» motif de vouloir qui puisse toucher notre en-

» tendement, le mettre en suspens et nous faire

» délibérer. C'est ainsi qu'un homme sain de

» corps et d'esprit , vertueux et plein de religion ,

» n'est pas libre de se jeter par les fenêtres , de

» courir tout nu par les rues , et de tuer ses en-

» fans. Il ne pourroit y avoir qu'une mélancolie

» folle, ou un désel^oir semblable à celui de di-

» vers païens, qui pourroit jeter un homme dans

» de telles extrémités. Mais comme nous sentons

» en nous une vraie impuissance de faire des ac-

» tions si insensées pendant que nous avons 1 usage » de notre raison, nous sentons, au contraire que » nous sommes libres à l'égard de tous les partis » sur lesquels nous délibérons sérieusement.

» Il faut encore avouer que l'homme n'est libre » ni à l'égard du bien , pris en général , ni à l'é- » gard du souverain bien clairement connu. La » liberté consiste dans une espèce d'équilibre de » la volonté entre deux parties ; l'homme ne peut » choisir qu'entre des objets dignes de quelque )> choix et de quelque amour en eux-mêmes ^ et

» qui font une espèce de contre-poids entre eux» 9> Il faut de part et d*autre des raisons vraies ou 91 apparentes de vouloir ; c'est ce qu^on appelle » des motifs ; or il n'y a que des biens vrais ou 31 apparens qui excitent la volonté.

» Si le bien suprême venoit à se montrer tout- » à-coup avec évidence, avec son attrait inGni et 4 tout-puissant, il raviroit d'abord tout Famour » de la volonté, et il feroit disparoitre tout autre » bien, comme le grand jour dissipe les ombres i> de la nuit.

» Il est aisé de voir que dans le cours de cette » vie, la plupart des biens qui se présentent à » nous, sont ou si médiocres en. eux-mêmes, pu )> si obscurcis, qu'ils nous laissent en état de les » comparer ; c'est par cette compai*aison que nous » délibérons pour choisir , et quand npus délibé- » rons, nous sentons par conscience intin^e q^ue » nous sommes les maîtres de choisir. C'est dans » le contre-poids des biens opposés que la liberté

» s'exerce,

» Otez cette liberté, toute la vie humaine est » renversée, et il n'y a plus aucune trace d*ordre » dans la société. Si les hommes ne spnt pas li- » bres dans ce qu'ils font de bien et de mal, » le bien n'est plus bien^ et le mal n'est plus » mal. Otez la liberté, vous ne laissez sur la terre

3lO HISTOIRE DE FÉNELON^

» ni vice, ni vertu, ni mérite. Les récompenses » sont ridicules, et les châtimens sont injustes ou » odieux. Chacun ne fait que ce qu'il doit , puis- » qu'il agit selon la nécessité.

» On demande comment est-ce que l'Etre infî- » niment parfait, qui tend toujours, selon sa » nature, à la plus haute perfection de son » ouvrage, a pu créer des volontés libres, c'esti à-dire , laissées à leur propre choix , entre le » bien et le mal , enti.^ l'ordre et le désordre ? y> Pourquoi les auroit-il abandonnées à leur pro- » pre foiblessé , prévoyant que l'usage qu'elles en 3) feroient, seroit celui de se perdre et de dérégler » tout l'ouvrage divin ?

» Je réponds, i .<> que ce qu'on veut nier est in- » contestable. D'un côté, on avoue qu'il y a un » êtreîhfiiiimeht parfait qui a créé lés hommes; 5) d'un autté côté, là nature entière crie que nous » sommés libres. Si l'homme borné ne peut pas » comprendre comment cette liberté, source de » tout désordre , peut s'accorder avec l'ordre su- » prême dans l'ouVrâge de Dieu, il n'a qu'à croire » humblement ce qu'il ne comprend pas. Quand » même il ne pourroit pas comprenjJré par sa » raison une vérité dont sa raison ne lui permet » pas de douter, il faUd'roit regarder cette vérité ^> comme tant d'autres de l'ordre naturel, qu'on

LiyilE HUITIÈME. .3ll

» ne peut ni éclaircir, ni révoq.uer sérieusement » en doute ^ comme, par exemple, la vérité de la » m^tiètrg,. qin'on ne peut supposer ni composée >i d'atome y ni divisible à l'infini, sans dos diffi- » cultes insurmontables, .

» 2.0 II n'y a que Dieu seul ^pi puisse étrein- » finiment parfait; rien ne peut être égal k l^i; » rien ne peut même qu'être infiniment au-rdes- » sous de lui* De là il faut conpkire que, no- » nobstant sa toute -puissance, il ne peut lien }» produire hors de lui, qui ne soit infiniment n imparfait Pour cQncevoijr. ce <|ue Dieu peut » produii'e hors de lui, il f§ut^ le.re.pFés.eKiter » comme voysint des deg^és^ iipfi;nis -de pe^pfection » auidessoû$ de La çi^eauQ. Ë^Kinelquedegiié qu'il » smrèXfi^ il m W:QU»^:d*i»fi*is* lenrjçijpoutant ». vers Lui et ^a 4e$jC^n,4i^f. f^<- dessous de lui. » ÂÂnsi :U m p^ut fewispn ^Mivrage à auqu^^ » degré, ^qiaifl'aift, une; iftférjiflrité iinfwip à so» }\ égard. Il est vrai (jUi^; Dieu auroit pii <îr^er ^ rho^vute impeccable ^ bienheureux, «t dans l'é- ^,.tat:de,$)ÇfijUrits çéles^s; en cet état, les hommes 4> auroient iété , je l'avenue, .plus, parfaits et plus » participais^ de l^prdrfi ; ^Hprême. IVfais l'qbjec- » Uqo qiilo^ f^it iie^^i oit itoujours toute entiisre, P pHifi^'ii>y ^ eB^çpr,e ^u-de^us des esprits ce- » testes jqui: .$o&t Jîipr^ï^s , de^ d«gre> ii^fiinis de

3fa HISlOIRSDE FéNÉ&ONy

» pe^rfection, en reniOHtani vers Dieii, dans les- » quels le Créateajp aurdit pu créer dés êtres su- » périeurs aux anges. Si Dieu n a pas fait rhomme » plus parfait-, en le faisant impeccable, c*est » qu'il ne Ta pas voulu; son infinie perfection » ne Faâ^ujettit point à domi^r.un degré de per- » fection, sans quil y eïi ait d'aùti^es à Tinfini » au-dessus de ce degré nécessaîrement limité » par rapport à Dieu. Chaque degré a un ordre '» et une perfection relative digne du Créateur, » quoique les degrés supéneurs en aient davan- » tage. L'homme libre est bon en soi-, conforme 3> à l'ordre, et digne* de Dieu, quoique Thomme » impéfccable soit encore meilleur.

» 3.0 Dieu, -en faisant Thomme libre, ne Ta » point abandonné àlui-^émé; il Fédairepar la * raison ; il est lui-même' au-dedàns de l'homme » pour lui inspirer lé bien*, pour lui reprachcT » jusqu'au moindre irial,"poùr Tattirer par ses » promesses, pour le' retenir' par sps' menaces, » pour rattèndrir par son 'àiribûr. dl'iious pai*'- » donne, il nous redresse, il nous attend, il ^0uf- » fre nos ingratitudèset ribs mépris^ îFiiè selas^ » point de nous inviter jusqu'ali dèrhîer moment, o> et la vie entière est une continuelle grâce. J as> voue que quand on se représenté des hôtnHies » sans liberté pour le bien, à qui Diefidetikânde

» des vertus qui leur sont impossibles^ cet aban- » don de Dieu fait horreur; il est contraire à son » ordre et à sa bonté. Mais il n est point con- » traire, à Tordre que Dieu ait laissé au choix de » rhomme, secouru par sa grâce, de se rendre » heureux par. lei vertu ou malheureux par le pé- 3» dié. En cetiétat, Thomme ne souffre aucun » mal que celui qu'il se fait à lui-même , étant » pleinement maître de seprocurer le plus grand » des biens.

, » 4*^ Dieu, en faisant l'homme libre, lui a » donné un merveilleux trait de ressemblance ». avec la divinité, dont il est l'image. C'est une » merveilleuse puissance dans l'être dépendant » et créé, que sa dépendance n'empêche point sa » liberté , et qu'il puisse se modUiel: comme il » lui platt ; il se ffût bon, ou mai^v$is à sqn c^oix, » il tourne sa^ volonté :v^rs le bieA <m H&fsie niai, » et il est, comme Dieu ^ maître de fi<»i x>pération » intime^. Il a^même,. comme Dieu, .un mélange » de liberté |)Our certains biens et de nécesâté ».pour d'autres. Aucun des biens q^ie Vjbçm^ve » connoit ici bas,, ne surmpnte sa volonté ; . 9U- » cun ne le détermine invinciblement y toa§r I^ » laissent à sa propre détermination ;. il est à 3> lui^ il délibère, il décide, et il a un.ejojpire $u- » prêmesur son propre vouloir. U est certain

3l4 HISTOIRE DE FÉIXÉLON,

» qu il y a- dans cet empire sur soi un caractère » de ressemblance avec la divinité, qui étonne.

» 5.0 N'est •il pas digne de Dieu qu'il mette » rbomme, par cette liberté, en état de mériter? » Qu'y a-t-il de plus grand, pour une créature , )i que le mérite? Le mérite est un bien qu'on se » donne par son choix, et quirend l'homme digne » d'autres biens d'un ordre supérieur. Pfer le mé- » rite , l'homme s'élève , s'accroît, se perfectionne, » et engage Dieu à lui donner de nouveaux biens » proportionnés , qu'on nomme récompense. » FTest-il pas conforme à toutes les idées d'ordre » et de justice, que Dieu n'ait voulu lui donner 9> la béatitude qu'après la lui avoir fait mériter. Il » est vrai que Fliomme ne peut poipt mériter sans >) étreeapable de démérite*; mais' ce n^st point » pour produire le démérite que Dieu ^onne la » liberté ; il »e la donne qu'en faveur du mérite , » et c'est pour le mérite, qui est son unique fin , ^ qu'il souffr<e le démérite ,< auquel la liberté^ ex* » pose-l%omme. Cest contre l'intention de Dieu, »ét maigvê son secours, que Thomme fhitliin -n mauvais usage d'un don si excellent et-si propre » à le perfectionner.

« 6.^'Diea, en donntfnt la lîbeWéà Vhômme, » a vétiki^aire ecktter sa bonté J sa magnificence 3» et son amour, en sorte néanmoins que si

LITRE HUITIÈME. 3l!>

» riiommei contre son intention ^ abusoit de cette » liberté pour sortir de Tordre en péchant ^ Dieu » le feroit rentrer dans Tordre par le châtiment » de son péché. Ainsi toutes les volontés sont sou- » mises à Tordre; les unes, en Taimant et en » persévéi*ant dans cet amour; les autres , en y » rentrant par le repentir de leurs égaremens ; » les autres , par le juste châtiment de leur iin- » pénitence finale. Ainsi , Tordre prévaut en tous » les hommes. Il est in violablement conservé dans » les innocens , réparé dans les pécheurs couver^ » tisy et vengé par une éternelle justice ^ qui est » elle-même Tordre souverain , dans les pécheurs » impénitens. En permettant le mal , Dieu ne le » fait pas. Tout ce qui est de lui dans son <^u^ » vrage demeure di^ne de lui. Si Dieu n*eàt pas » fait Thomme libre ^ il n'eût pu faire édater ni » sa miséricorde, ni sa justice; il n'eût pu ni l'é- >i compenser y ni punir, ni ram^ier Thomme » égaré. Il se devoit en quelque façon ces diffé^ » 4^ns genres de gloire ; il se les donne sâfns blés- » ser sa bonté , qui ne manque à nul homme. Si )> cm regarde la profondeur du conseil de Dieu » dans la permission du pédhé, -en n'y trouve rien ^ d'injuste pour Thomme, puisqu'il ne soufîre ^ son égarement qu'en lui donnant tous les se- 1» cours pour ne s'égarer jamais. Si on regarde

3l6 DISTOIRE DE FÉNÉLON^

» cette permission par rapport à Dieu méme^ » elle n a rien qui altère son ordre et sa bonté, 9v puisqu'il n'a fait que souffrir ce qu'il ne fait ni » ne procure ; il oppose au péché tous les secours 3» de la raison et de la grâce ; il ne reste que sa » seule toute* puissance qu'il n'y oppose pas, » parce qu'il ne peut point violer le libre arbitre 3i qu'il a laissé à l'homme en faveur du mérite; et » ce qui écliappe à l'ordre, du côté de la bonté » et de la récompense , y rentre en même temps » du coté de la justice et du châtiment. Ainsi » l'ordre, qui a deux parties essentielles, subsiste » inviolablemei^jt par cette alternative de la mi- » séricorde et de la justice, à laquelle chacun » doit appartenir )>.

Tel est le résumé de la correspondance de Fénélon avec le duc d'Orléans. Le sujet seul d'une pareille correspondance annonce le siècle oi!i ces deux hommes vivoient , surtout lorsqu'on pense au contracte si étonnant qu'offrx^ient leurs mœurs, leur conduite et leurs maximes. Mais telle étoit l'habitude de raison, dei décience et d'égards ^ que conseiToient encore poiiir le génie et la vertu les hommes même qui s'étpient affranchis de toutes les lois de la morale dans leur conduite privée , qu'ils se croy oient obligés de respecter certains principes et de les discuter. Cette dis-

cussion même supposoit des doutes et ne ressembloit pas à la présomption tranchante et absolue , qu on a depuis apportée dans ces sortes de discussions ^ ni à Tindécence choquante avec laquelle on a violé tous les égards dus aux rangs ^ aux professions et aux personnes.

Cette correspondance offre encore un sujet de réflexion d'une nature bien différente. Fénélbn dut sans doute éprouver un frémissement involontaire, et jeter un regard douloureux sur l'avenir et sur le sort de la' France, en voyant un prince du rang et de Fesprit du duc d'Orléans, un prince que les événemens a voient approché du trône, et qui n'en étoit plus séparé que par l'existence foible et précaire d'un enfant; un prince, élevé à la Cour de Louis XIV, et habitué dès sa jeunesse à cet extrême respect pour la religion , dont le monarque , et tout ce qui l'environnoit ^ donnoient l'exemple, paroître douter des premiers principes de la religion naturelle , et avoir besoin d'une conviction étrangère pour croire à l'immortalité de son ame et à la liberté de sa volonté. Fénélon remercia sans doute la Providence de ne l'avoir point réservé à être témoin des événemens sinistres qui dévoient marquer un siècle qui s'ouvroit sous de pareils auspices ; mais il ne pouvoit être indifiiîrent à tous les malheurs que

3l8 HISTOIRE DE FÉNÉLON^

cette hardiesse d'opinions y et ce mépris mal dissimulé de tous les principes religieux y dévoient étendre sur une longue suite de générations. I^' Fén^on eut la consolation y avant de mourir ,

confie son d'cxécuter le projet qu'il avoit eu dès les premiers séminaire à t^mps de son épiscopat , de confier la direction

MM. de S.- '^ r r ^

Snlpice. de soa séminaire à la congrégation de Saint*Sulpice. G'étoit au sein de cette pieuse institution qu'il avoit reçu sa première éducation ecclésiastique, et appris à goûter les maximes de cette vertu tendre y sensible, indulgente et religieuse , dont il avoit eu sou$ les yeux les plus respectables modèles. Des rapports habituels et constans n'a voient fait que confii^mer les sentimens que la reconnoissance avoit gravés 4ans son cœur ; et. lorsque , dans la chaleur de ses controverses avec Bossuet et le cardinal de Noailles y il se vit. forcé de suspendre toutes ses relations avec la congrégation de Saint-Sulpiçe, pour ne pas attirer sur elle la malveillance de ses puissans adversaires y le plus sensible de tous ses regrets fut de se voir privé des précieux secours qu'il en attendoit pour le clergé de Cambrai.

Mais il étoit trop juste et trop éclairé, pour ne pas reconnoitre la nécessité des ménagemens extrême^ que les directeurs de Saint-Sulpice dévoient avoir pour un prélat y tel que le cardinal

tlVUE huitibmb. 3i9

de Noailles , qui étoit leur premier supérieur ^ et qui avoit marqué, avec tant d'éclat , son opposition aux sentimens de Tarchevéque de Cambrais

L'esprit même de leur institut leur prescri voit d*éviteF tout ce qui pouvoit les associer aux divi* sions des premiers pasteurs ^ et leur faisoit une loi de se renfermer dans le cercle des utiles et modestes fonctions auxquelles ils s*étoient consacrés^

D'ailleurs la congrégation de Saint-Sulpice se trouvoit dans une impossibilité réelle de satisfaire au vœn d'un grand nombre d'éyéqueSy qui lui demandoient de se charger de leurs séminaires ; empressement qui attestoit autant leur zèle pour rint^rét de leurs diocèses, que leur estime pour les respectables coopérateurs qu ils appeloient k leur secours. Des engagemens antérieui^s-ne permettoient pas même au supérieur de Saint'- Sulpice d'entrevoir l'époque à laquelle il pourroit remplir les vues de l'archevêque de Cambrai. Dans cette position affligeante, il avoit fallu que Fénélon et l'abbé de Chanterac suppléassent, par leur zèle et leurs soins personnels , aux ressources qui leur manquoient, et remplissent, pour ainsi dire, eux-mêmes toutes les fonctions de directeurs du séminaire de Cambrai. Mais Fénélon, peu de temps avant sa mort, avoit obtenu de Louis XIY une lettre de cadiet, qui enjoignoit

3aO HISTOIEE DE PÉirÉLOlf,

à la congrégation de Saint-Sulpice dç se charger du séminaire de Cambrai , et cet ordre avoit été déterminé par la considération de tous les avantages qui dévoient en résulter pour un diocèse si important. Il n'eut pas la satisfaction de voir cet établissement entièrement perfectionné^ et ses derniers vœux, en mourant , eurent pour objet de supplier Louis XIY de mettre la dernière main à un ouvrage si intéressant pour le diocèse de .Cambrai.

. Fénélon vécut encore assez long-temps pour voir naître les orages qui menacèrent l'Eglise de France d'une espèce de schisme.

xr

Aff • d 1 ^^ P®^* ^® rappeler que Louis XIV s'étoit

constitution bomé à demander au cardinal de Noailles qu'il

nigenius, ^^^^^^^^^^ pour le bien de la paix, à révoquer

l'appfobation qu'il avoit donnée, au livre du père Quesnel ; ce prélat s'étoit constamment refusé à donner au Roi un témoignage de condescendance, quiauroit probablement suffi pour calmer . les esprits et pour rendre au cardinal lui-même tous les avantages que ses variations continuelles lui avoient fait perdre.

Louis XIV estimoit et respectoit sincèrement les vertus du cardinal de Noailles , et madame de Maintenon , qui tenoit à sa famille par des liens qui lui étoient chers, auroit su faire valoir auprès

du

ÀVi B.oi un acte de déférence auquel ce ptincè attachoit le plus grand prix. D'ailleurs le cardî-^ nal avott sôus les yeux un exemple bien récent du mérite .et de la gloire qu^un évêque peut ré* cueillir., > eu sacûfiant ses sentimens personnels à l'intérêt de la religion et à la tranquillité de YK*- ^lâse. U ftvoit dû sans doute être bien plus pénible pour Fâi^n de souscrire à la condanyi^tiou d'un liwe dont il étoit lui-même Tauteur, et qu'il a voit déimàa par des raisons , assez spécieuses pour tenir lûog-tteipps en suspens le jugement du saint Siége> qu'il ne pouvoit Fétre pour le car^ ^i&al de Noailles de invoquer la simple appro« bâtion qu41 ayoit accordée à un ouvrage dont il n'étoit ni rauteur, ni le garant nécessaire , et sur le()ucft$on opinion pouvoit avoir été surprise, sans qu'on pût i'accu^r d'en partager les erreu^& i4a soumiç^idn 4éFénélon/liien loin .d'avoir altéré l'eskime publique, avoit ajouté un nouveau lustre à l'iéclàt de ses vertus.

Mais ce qui deivoit toucher encore plus un qûsur aussi religieux que celui du cardinal de Noailles, c'est que la soumissj^on deJPénélon avoit mis tout-^ à-coup un t^rmeàtoiites les controverses. que âa doctrine avoit >excitées ; elle ne comptoit déjà plps aucuns partisans; et une dispute^ qiii avoit allumé des discussions si vives et si anin^ées entre FÉnÉLOzr. Tom* iv. ai

322 HISTOIAE DE FÉNÉLON^

les deux plus grands évéques de TEglise de France, étoit déjà entièrement oubliée.

Il est vrai que le cardinal de Noailles , en se refusant à révoquer Fapprobation qu*il avoit don^ née au livre du père Quesnel , avoit demandé lui-même que Texamen en fût renvoyé au Pape ^ il avoit même pris avec Louis XIY rengagement formel de souscrire au jugement qu'en porteroit le saint Siège. Il venoit de renouveler cet engagement f de la manière la plus précise , dans une lettre à Tévéque d'Âgen ^ à laquelle il avoit donné Lettre du ^^ P^^^ grande publicité. « Je n*ai pas balancé , cardinal de i> écrivoit-il à ce prélat ^ à dire à tous ceux qui véqae d*A- ^* out voulu Tentendre, ^u'oh ne me verrait ja^ gen, 90 dé- ^ mais ni mettre ^ ni souffrir la division dans

membre 1 711. *^

». r Eglise, pour un livre dont la religion peut se

» passer f que si notre saint phre le Pape juge à -a) propos de censurer celui-ci dans les formes j je » recevrai sa constitution et sa censure avec tout » le respect possible j et que je. serai, le premier à » donner l'exemple d'une . parfaite soumission » d'esprit et de cœur »•

Il est assez vraisemblable que. lorsque le cardinal de Nouilles avoit pris cet engagement , il étoit dans Tintention sincère de le remplir» U pouvoit donc encore mériter la même gloire que Fénélon^ en marckant sur ses traces et en donnant

à TEglise un témoignage heureux et édatànt de la pureté de ses modlsy et des sentimensr de piété dont sa vie entière oJflTroit le modèle le plus édifiant. Peut-être aussi ^ par une suitç de Thésita^ tion naturelle de son çaradtère^ avoit-il préféré de se confier aux incertitudes de Tavenir.

Il savoit avec quelle sage circonspection^ le saint Siège est dans Tusage de procéder dans les jugemens dogmatiques «qui doivent fixer la règU de la croyance religieuse ; et les lenteurs inévi-* tables dans Texamen d*un livre très-étendu , o& froient encore au cardinal de Noailles Tespérance de quelque changement favorable dans les dispositions de Louis XIV ou dans |'état des affaires publiques. Car il est facile d^observer, dans toute la conduite de ce prélat y qu*il étoit presque tou« jours plus occupé d^éluder les difficultés du momei^y que capable de se prescrire une marche fixe, invariable^ indépendante des événemens.

Afais quelles que fussent ses illusions et sea espérances y il n'avoit pas tenu à madame 4e Maintenon de l'éclairer sur le danger de cetjte conduite versatile, et sur le dénouement de la malbeu>7 reuse discussion dans laquelle il s'étoit engagé. Elle lui écrivoit avec ce mélange de politesse et de raison , dont elle ne s'écartoit jamais : « Vous » savez, Monseigneur, combien le îloi souhîiite

324 HISTOI&E DE FÉNÉLON^

n la fin de toutes ces divisions ; il nest plus pas* » sible de vous disculper ae les entretenir. Yos -M défenses sont solides ; mais elles viennent dans n un temps malheureux. La vérité est pour vous^ » les dreonslances contre vous; vous voyez que » je ne vous flatte point. Je veux bien croire que » les erreurs ne sont pas aussi grandes que le l> disent ceux qui en poursuivent la condamna- » tion ; mats enfin ce sont des erreurs y et le tout -» fiuh^a à la gloire du père Letellier. Je souhaite ^> avec ardeur que votre conduite soit aussi pru- » dente qu'elle est fernae, et que vos intentions » soient aussi sages qu'elles son-t droites ».

Le t:ardinal de Noailles ne s*ëtoit pas trompa

lorsqu'il a voit prévu que la Cour de Rome apporteixnt beaucoup de lenteur et de maturité dans sa décision ; elle eut même besoin d'une grande force et d'une grande sagesse ponr résister à l'impatience de Louis XIV, dont les instances continuelles tendoient à accélérer un jugement qu'il croyoit nécessaire à la tranquillité de son royaume. Maî^ plus Clément XI observoit que les esprits étoient aigris et exaltés en France, pins il voulut se défendre d'une précipitation qui ne couvenoit ni à sou caractère de juge, ni à sa qualité de père commun des fidèles. Comme il n'ignoroit pas que l'on accusoit les Jésuites de jouer un rôle principal

dans i:;eUe contestation , il ppi*ta l'attention et le scrupule jusqu'à ne choisir les principaux exami«f nateurs du livre du père Que$nel que dans les ordres religieux et dans les écoles les plus opposées aux opinions de cette société. On ne comptoit parmi etix qu un seul jésuite, depuis long-^temps théologien en titre du saint Siège , tandis qu'on y voyoit deux- dominicains y deux cordelièrs^ un bé^ nédictin, un avgustin ; il prit lui-même la connois^ «ance la plus af^rofondie de toutes les questions qui furent l'objet de cet examen.

Je sais bien que cet exposé parotira ^'iiCcorder bien peu avec toutes les relations mensongères que Fesprit de parti a publiées sbr cette affaire: trop souvent lesprit de légèreté s'empresse d'a^ dopter toutes les relations , de ce genre , sans se donner la peine de remonter aux sources , pour rechercher, la vérité avec cette impartialité et cette critique ji^dideuse qui peuvent seules y conduire. Mais noustrouYons, parmi lesmanusr crits de Fénélon , la lettre d'un dé ses Correspond dans y qui étoit alors k Rome, et que son état et ses rapports habituels mettoient à portée. d'are exactement instruit de tout ce qui s'y passoit.

Voici ce qu'on écrivoit à Fénélon : « Jamais . ^^\„r

^ Lettre à Fë-

» peut-être aucun livre n'a été examiné , ni plus nélon, du 16 » long-temps y ni avec plus de précaution (que fj^^^^'x

3a6 HISTOIRE DE FÉNÉLONy

» celuiv da père Quesnel). On a employé à cet

» examen y pendant près de trois ans, les plus

» habiles théologiens de Rome, tirés de tontes les

» écoles les plus fameuses et de tous les corps re-

» ligieux qui font une étude particulière de la

» théologie. On comptoit parmi les examinateurs

H deux dominicains , deux cordeliers^ un augus-

» Un y un jésuite, un bénédictin , un bamabite et

s> un prêtre de la coûgrégation de la mission.

» Après dix* sept conférences de quatre a cinq

» heures chacune , tenues entre ces théologiens ,

M en présence des cardinaux Ferrari et Fabroni^

4» on examina encore toutes les propositions en

>) présence du Pape et de neuf cardinaux de la

» congrégation du Saint* Office, dans vingt «trois

» congrégations, oii se trouvèrent* tous lesthéo*

» logiens qui avoient été chargée de Fexamen

» préliminaii*e , ainsi que tous les consulteurs

» ordinaires du Saint- Office. I^ commissaire du

» Saint- Office, qui esè toujours un dominicain,

'^ et le général des dominicains. S'y trouvoient

» également, ainsi qu'un grand nombre de pré-

» lats. On commençoit dans ces congrégations

» par examiner si la proposition latine étoit fidè-

» lement traduite du français; puis on examinoit

» le sens et la qualité de la proposition ; il n'y a

» aucune proposition qui n ait coûté au Pape

» trois où ^atre heures d'étude particulière ».

Nous trouvons , dans une autre lettre écrite à Fénélon par la même personne , trois ou quatre mois avant la promulgation de la constitution UnigenitiiSj un fait qui prouve l'attention extrême que Clément XI apporta à Texamen du livre du P. Quesnel.

« Sa Sainteté me fit rkonneur de me montrer ^^^ ^" n ce quelle a écrit de sa propre main sur cha- (Manuscr.) » cune des qaatre<-vingt-quatre propositions qui » ont été examinées jusqu'ici devant, elle. C'est » un prodigieux travail, et il y auroit de quoi ai faire un gros volume. Aussi les cardinaux et » les qualificateurs du Saint-0|^ce sont étonnés » de Inapplication du Pape dans l'examen que l'on D fait des pix>positions, et; de la grande capacité » qu'il y fait paroitre. On a interrompu cet exa- » men pendant la quinzaine de Pâques j on re- » commencera l^s congrégations mardi prochain. » On en tient deux par semaine , Le mardi et le )i jeudi, et dans diacune on examine huit pro* » positions ; il en reste encore plus de soixante » à exannner. Youis ne pouvez vous imaginer les '

» efibrts que le parti fait pour intimider le Pape 39 et le détourner de donner la bulle. On lui écrit, » ainsi qu'aux cardinaux , des lettres sans nom* ^ s» bre , pour leur représenter le péril où le Pape

3a8 HISTOIRE DE FÉJf.ÉCOir,

V exposera sob autorité , la maviraise disposition 9 des évéqùes de France et du paiieuient ^ mais » le Pape est ferme et xie changera pas ».

Eufin Clément XI publia y le 8 septeinbre 17 1 3^

)a constitution UnigenùuSy qui condamne cent

uiie propositions, extraités des Réjlexioïïis mo-

raies du P. Quesn^l sur le NoupetOA-TestamehU

U parott qu'en France Fénélon lut consulte

sur la forme à suivre pour ràccéptatibn de cette

tmlle ^ et pour donner à cette aôceptation le ea^

t*actère le plus solennel; Nous trouvons du moins

dâtid ses pa|>i^rs' îin Mémoire où il discute les

di£^réntés fdrmes quHl coFilivieûdroit d'adopter ^

et ah il do^iiie lapréFérençe h, celle qui fut suivie*

xm. Âùteitdt que la constitution Um^eniM^ fut ar^

aï' kS mïe en France, ou du Hioim, «vaut qu'elle y

révoque son ef^t été aé^éptée par le ijprps des évèques être*

fipprobation ^

dulivreduF. vétué du sceau de l'autorité royale, le cardinal QuesneL ^^ Ndaillçs fit de lui-même ce qu'il avdit si longtemps refasse aut ifistancës de Louis XtV ; il publia, le 28 septembre i7i'3, vin mandement par lequel il révoquùit l'apprt>bation qu'il avoit autrefois donnée au livre du père Qnesnel : « Il » en cûndamnoit la doclHne , it en défendait la » lecture à tous lesjfîdèhs de son di^ebse. Nous » ne pouvons soufl^ir ^ â^ji^utoit^l dans son man- ^ dément^ que nôtre nota paroisse davantage à

LIVBB HUITISMS. Sa^

j» la tête d*uD ouvrage que Sa S^ôiitetë oondumne* ift Ainsi I nous ae TÔuioiis pas perdre an moment » à révoquer rapprobdtion que nous lui avons 9 donnée dans un autre d3<$«èse x».

. Les amis de k paiz^ et les véritables amis du cardinal de Ifoailles f dureiit sânsdotité regretter qu'il n eût pas fait quelquêià&néespltis tôt ee qu'il consentoit à faire si tard. Que de chagrins et d'inquiétudes il se seroit épargné ! de combien de malheurs il auroit préservé la l*el%ioii , TEglise et l'Etais en évitaut de pi^l^r^ par ïiudécision M son caractère 9 Tautorité de son nom et de ses veltus à dés esprits inquiets qui né ^erdioient qu'à faire prévaloir leurs passions particulières 1 Mais oti a souvent observé que ce sont lés carac* tères lés plus doux et les ploë paifeiUes qiii se précipitent > sans lé visuloir et sans lé saVuir ^ au milieu des plus terribles orages , par cette sorte d*indécision, doht il est si difficile de se garantir lorsque la douceur est trop voisine de la ibiblesse.

Cependant on put croire ^ on dut croire assesi généralement que cette démarché du cardiaal dé NoaiUes^ qui pàroissoit lui avoir tint coûcé^ puisqu'il l'avait fait attendra si long-temps ^ aiknl; écarter tout prétttte de division ; mais ces eapé^ rances furent cruellenlent trompées*

Louis XIV , toujours fidèie aux maximes de

33ô U1$T0IIIE DE PÉHÉfcOK,

TEglise de France sur la réception des bolleâ dogmatiques des papes, voulut avoir Favis des évéques de son royaume , avant d'imprimer la

sanction royaljs à la constitution UrUgenitus ; il enjoignit aux évéques qui se trouvoient alors à Paris ou à la âuite de la Gour^ de s'assembler pour procéder à Texamen et à Tacceptation de la bulle.

w\r Cette assemblée , qui commença le i6 octo* du clergé de bre lyiS, fut très-nombrcusc ; elle étoit com- '"'«""4. pos^e de deux cardinaux, de neuf archevêques et de trente*huit évêques, Louis XIV porta jus- <{u au scrupule tputes les recherches el toutes les attentions pour con vaincre tous les membres de l'assemblée qu'il ne prétendoît gêner ni directement, ni indirectement la liberté desopintoos. U vpulut même épuiser tous les moyens dé d6u* ceur, d'estime et de confiance , pour épargner au cardinal de Noailles tous les embarras de sa po* sition, et le lamenèr, par un chemin facile et glorieux ^ à cette unanimité du corps épiscopal qui étoit rob)et de tous ses vœux ; il engagea le cardinal d'Estrées y qui se trou voit alors le doyen des cardinaux français , à s'abstenir de paroitre à l'assemblée^ pour laisser au cardinal de Noailles l'honneur de la présider ; il fit plus^ il consentit qu'on dérogeât à l'usage des assemblées du clergé^

Page 1