LIVRE aUITIÈMS. 33i
et il permit que lés séances se tinssent à Tardie- Techë , sous les jeux et dans la maison même du cardinal y pour montrer combien on ëtoit éloigné d^affliger son amour-propre ou de manquer envers lui aux plu^ ioibles égards. Quelque sujet de mécontentement qu'il eût donné au Roi^ quoique les dispositions qu'il avoit déjà marquées fussent peu propres à inspirer une entière confiance, ce prince lui abaiidonna le choix de tous les cpmmissaires qai dévoient faire le rapport ; Louis XIY se borna à lui témoigner le désir de voir révéque de Meaux (<) au nombre des commissaires. Le cardinal de Aohan y le premier en dignité dans l'assemblée après le cardinal «de Noailles y se trouvoit naturellement appelé à présider cette commission , et ce choix offroit encore au cardinal de Noailles des facilités etides moyens d'union et de rapprochement. La naissance , la fortune et les dignités du cardinal de Rohan, ses manières nobles et engageantes, son esprit de douceur et de conciliation , ses succès dans le monde et dans les affaires , les égards même qu'il avoit toujours marqués au cardinal de Noailles, ne permettoient pas à ce prélat de confondre le cardinal de Rohan avec cette foule d'etfnemîs plus ou moins obscurs qu'il supposoit acharnés
(0 Depuis cardinal de Kssj»
33a HISTOmS DB FÉNÉI«OVy
à sa perte par.des motifs d'intérêt o^ d^ambitioi» .
La commissioii fut donc composée du cardi* nal de Roban , des archevêques de<.Bordeauz (<> et d* Attcli (3) y et des évêques de Soîssons (?) , de Meaux et de Biens (4). Ge^- cotnmissairei s'assembièrent pendant trois taois, presque tous les jourS) chez le cai'dinal'de Rohan, et quelquefois ches le cardinal de Noailles, qui assista trèsr souvent anx séances* *
Il est évident par cet exposé qu*on n apporta ancune précipitation y ni à Texamen , ni à la réception de la constitution Umgûnilus. Si l'on compare même cette espèce de lenteur avec Ce qui s'étoit passé quelques années auparavant , poat la réception du bref qui coudamnoit le livre de Fénélon , on sera forcé de reconnoitre qu'on mit en usage , envers le cardinal de J^oailles^ tous les ménagemens que pouvoit suggérer 1^ désir de respecter son rang, sa dignité et même sa âisceptibilité. Le livre de Fâdélon traitoit de matières encore plus abstraites que celui du père Quesnel ; le livre de Fénélon étok Touvrage d'um^ archevêque recommandable par son génie ^ ses vertus et sa gi*ande réputation ; et celui du père Quesnel étoit Touvrage d'un prêtre déjà
(0 B&zitirde Bedons. — («) Jacques Bé^marMs. — (^ Fabi(> Bruslart de SiUery. ^ (4) David Niooks de Bcrlliier.
t.ITftS HiriTlkMB. 333
connu par son attachement opim&tre à xks eiv reurs condamnées, et déjà flëtripar des cealfiures ecclésiastiques; cependaifk les assemUéesmétropolitaines de France n'avoi^it employé qfu^ideux eu trois séances à rexamendli bref -qui côddaxB^ noit Fénélon. Mais Fénâo» atoit été la premipr< à se condamner lui^m^oiey et aes Cpjlègoes s'é^ toient faenréusement trouvés ditpietisé^ de la triste nécessité de le convainore ^ de le ^rsuader on de le combattre. On n'obséry oit pas des dispositions aussi Êivorables dans le cardinal de ilNToailles > et
on désiroit avec ardeur de yalncte ses irné^qluSà^^ et ses incertitudsfif, '^xlnr laissiâM; fout leteoaps de la néflexieffly et en entrait alK^p lui dans toutes les espdscaÉbns qui |^oT0iesat .soulager ées scru* pules. On' wmoilt à se Aatter qu'ui» ar4^hevé<}u^ aussi ^ieux. a^sii^^iêteroit de 'lui-mé^me y ayec ^n saint efipoi, devantldiseule idée de s'él^jbilîar. 4^» une espèce de sdiisme avec le qb^f 4e :VEelise et avec la presque ixniteicsaltté de $^^ collègae/i. L'in* décisiûii natureUf dii cardinal de (fp^Ules laisaoit quelqœfcns; es^ixrr qui! cédéroitrr^ lia voix de Famitié qui lui paiioit p^ujr. f isytédSt de sôi^ propre boèfaenr^ à cdlede la raison qui lui dé^ fendoît de prâEérer ses kuuièries pex'sonne^es i^ celles: du sainit Ss^e et detouile coi^sépiscppal} à la voix plus.adigoâe encore de la rdigion^ qu i)
334 HISTOIRE bE FÉRÉLON,
pouToit exposer à de ^ands malheurs et à de grands dangers par un entêtement inexcusable. Après trois mois entifcrs , dont chaque jour fut consacre à Texamen le plus approfondi et le plus détaillé dé la constitution et de toutjes les propoiîilions qu'elle condamnoit, les commissaires firent leur rapport à l'assemblée du clergé , le 1 5 janvier 1714* Le cardinal de Rohan portoit la parole au hom de la commission; et son rapport remplit six séances entières. L'avis unanime des commis sairesportoit qu'ils avoient reconnu dans làcons«* titution dû Pape la doctrine de l'Eglise , et que l'assemblée devoit l'accepter avec soumission et respect. On pouvoit encore espérer.qué le cardinal de NioailleSy quiavoit dit, quelques années aupa* ravanty en afcceptatit le brerqûi oondamnoit le liVre dé Fénéldn : Pierre a parlé parla bouche d'Innocent X//^ n'hésiteroit pas à prononcer également : 'Pi>r>^ aparté parla bouche de défnenî XI\, en condamnant le livre du père Ques* nel ; mais il ouvrit au contraire un avis qui fui: le prélude des pliis longues et des* plus tristes :divisions; il demanda, avec huit autres évéques de l'assemblée^' qu'on sursit à délibérer -sur. le fond de l'acceptation de la bulle , jusqu'à ce qu'on eût lu et approuvé l'instruction pàstéràle (Jue les commissaires avoiént proposé de publier afu nom
de rassemblée avec racceptation de la consti^ tution.
L'avis du cardinal de Noailles avoit évidemment pour objet de renouveler toutes les anciennes discussions sur la forme d'acceptation des jugemens dogmatiques du saint Siégé , et de remettre aux prisés l'Eglise gallicane et la Cour de f'rance avec le Pape et la Goiir de Rome. Tous les autres prélats de l'assemblée \ au nombre de quarante , adoptèrent l'avis de 1^ commission , et déclarèrent que : <t reconnoissant dans la cofisti- 31 tution de Clément XI, la doctrine de l'Eglise, » ils l'acceptoient avec soumission ^t respect ; » qu'ils condamnoient le livre^ des Réflexions » morales et les cent une propositions qui ^n » avoieut été tirées , de la manière et avec les » mêmes qualifieations que le Pape les avoit con- » damnées ».
L'avis du cardinal de Noailles *et des huit évé-' ^és qui l'a voient adopté , n^étoit pââ encore un refos décidé et formel ; il laissoit même, jusqu à un certain point ^ l'espérance de parvenir à une enjfcière unanimité , lorsque Imstruction pastorale, préparée ]pâr la commission, anroit éolaircl toutes les difficultés que Ton afiectoil^ d'élever sur le sens él la qualification de quelques -une^ des propositions con^amiiiées.-
336 HISTOIRE 0B VÈWthOS,
Cétoii dans ci^tte vue que les commissaires s*étoient attachés à donner à cette instruction la formé la plus simple , la plus claire , la plus raisonnable ; lis en ayoient écarté avec soin tout ce qui auroit pu choquer ceux de leurs collègues -qui ne partageoieut pas entièrement leur opinion ; toutes les expressions en étoient pleines de mesure rt âe niodération ; elle fixoit avec autant •de sagesse que 4® précision et de clarté^ la îuste interprétation que Fou devoit diguaner à ceUes iies proposiitiom condamnées, qui, :dans leur accep* jtion vagué et iod^nie, n^ pnéseûtaiettt pas d a* |).OftHi à To^rît «n motif légitime de censure ^ ces propositions se ti^uvoient renfermées, par Tinsjtruçtiou, 4aDs les if^ritables limites que leur assigiloieat reprit même .de la eoustitutîoq , les ^nlîaneQS Qo.im|i» ^e TAUteur du ik^Kfi^ et la natxn^ des circonstances et des controverses qui agitoient les ^prits.
Lorsqu!a^ fboût d'un »ède on relit oette in«* traction , ou pe peut s'empécber d*étre étonné de J'oppo^o^ q!u elle a p$ c^n.CQUitrer de U part jdn cardinal de NaaiUes et dçâ huit évéques qui adhérèrent à smn iavis, ou fHut^ dont il ne fit que swL^é tesfs^toutious»
Mais on Deconnut hîeût&t' 4^'il avait arrêté d'avance le plan de condlvtte qu'il se ^irdposoit
de
1IVR£ AUITIÈME4 ' 33j
ùe suivre^ çt que lorsqu'il avoit demande^ de concert avec les huit évêques, de différer Tacceptation de la bulle jusqu'à ce qu'ils connussent rinstruction pastorale qui devoit en accompagner Facceptation , ils étoient décidés à rejeter Tune et l'autre y et qu'ils s'étoient uniquement proposé d'élever quelque prétexte dé division entre l'as^ semblée du clergé et le Pape* ,
En effet, lorsque dans la séance du premier fé» vrier 1714» ^^s commissaires eurent lu l'instruction qu'ils avoient été chargés de rédiger, et qu'il fut question de délibérer si l'assemblée radopte<» roit, le cardinal de Noailles déclara en son nom', et en celui des huit évéques, qu'ils ne pou voient accepter ni la bulle, ni l'instruction : « Qu'ils se >) croyoient obligés de recourir au Pape , de lui » proposer leurs peines et leurs difficultés. ... « » çuils croyoient ce parti le plus . régulier^ le » plus canonique j le plus respectueux pour le » Pape , et le plus utile pour conseryer la paix » de V Eglise »é
On est affligé de Voir un homme honnête et vertueux, comme le cardinal de NoaiUes, em* ployer un langage aussi dérisoire dans une matière aussi grave. Comment en effet pouvoit-jl penser ^énefa^emenl^ qu'il JÛt plus respectueux pour le Pape de ne pas recevoir un jugement
Fénélon. Tom. IV. 2 a
338 jaisToms djt i%éivéloii,
qa il avoit prononcé après un examen de trois ans i et plus utile à la paix de l'Eglise de se mettre directement en opposition avec le chef de l'Eglise et la presque unanimité du corps épiscopal 7
On doit bien croire qu'une opposition , fondée sur des motifs aussi peu spécieux , n'atréta pas un seul moment les quarante évéques qui avoient déjà accepté la bulle ; ils adoptèrent rinstruction rédigée par leurs commissaires, avec d'autant plus d'empressement, qu'elle otfroit les considérations- les plus propres à calmer les inquiétudes des personnes de bonne foi, et qu'elle prévenoit les interprétations abusives qu'on prétendoit donlier à quelques propositions du livre condamné.
Aussitôt que l'assemblée eut fait part au Roi de sa délibération , Louis XIV ordonna l'exécu-* tion de la constitution Unigenitus par ses lettres patentes en date du i4 février 17149 ^^ ^U^s fni'ent enregistrées au parlement de Paris dès le lendemain 1 5 février.
La facilité avec laquelle le parlement de Paris reçut et enregistra cette bulle, le jour même que les lettres patentes lui furent présentées, montre assez qu'elle ne renfermoit rien qui dût alarmer le zèle des magistrats. On étoit encore loin de prévoir qu'on en feroit , sous le règne suivant,
^ LIVRB" HUITIEME. 339
le prétexte des plus violeDs débats entre le clergé et la magistrature^
Mais on ne doit pas en conclure que cet en^^^ registrement se fit sans examen ^ et par le senti-* ment d'une déférence aveugle aux volontés du: Roi. Louis XlVy çn interdisant aux parlemens le droit de remontrances , n'avoit pas prétendu se priver des secours et des lumières de ses magistrats. Nous avons déjà rapporté, sur le témoi^ gnage du chancelier d'Aguesseau, que. ce prince avoit eu la sagesse de substituer à la forme turbulente et quelquefois séditieuse des remon^ trancesj le concert bien plus utile du gouvernement avec les principaux cbefs. de la magistrature. G*étoit par cette sage correspondance qu'on apportoit à la préparation des lois toute l'attention et toute la maturité qu'elles demandent pour Tintérét public (0. Tous les actes de législation étoient concertés d'avance entre les membres du conseil et les principaux membres des compa-
(0 L^un des plus vertueux magistrats qui aient bonoré le nom de Lamoignon , porté depuis si long-temps par tant dliommes vertueux, le dernier chancelier de Lamoignon , observoit son* vent à ce sujet, que celles de nos lois les plus remarquables par leur sagesse et leur stabilité, ayoient été rendues pendant lé long intervalle oii Louis XIV avoit interdit aux parlemens le droit de remontrances, ( Voyez Féloge de M. de Malesherbes, psff M. Gaillard. )
34o HISTOIRE DE FÈHÈLOIS^
gnies souveraines; et cétoit par d^ discussions paisibles y dont l'esprit de corps et l'esprit de parti étoient également écartes , qu'on prévenoit et les abus d'autorité y et les abus, non moins dangereux f de la résistance et de l'opposition.
On pourroit également observer que le chancelier de Pontcliartrain, qui avoit une grande influence dans le conseil , étoit encore' à la tête de la magistrature , et que M. d'Aguesseau étoit procureur- général. Ces deux grands magistrats étoient excités par leurs principes personnels , autant que par le devoir de leur ministère , à apporter une surveillance inquiète à tous les actes émanés de la Cour de Rome , et Louis XIY ne se refusoit jamais à déférer à l^urs avis ^ lorsqu'ils lui paroissoient conformes aux maximes du royaume. On doit bien croire que deux magistrats aussi éclairés y et qui portoient même quelquefois jusqu'au scrupule leur vigilante susceptibilité , se seroient élevés avec force contre la constitution Unigenitus, si elle eût renfermé ces dangereuses conséquences y que l'esprit de parti a cherché à attribuer à ce décret du saint Siège.
H y avoit déjà près de cinq mois que la Constitution Unigenitus étoit connue en France ; elle avoit été communiquée aux principaux magistrats du parlement de Paris \ c'étoit de concert
avec eux que les lettres patentes avoient ^té dresséesy que les conclusions de IVf . d'Âguesseau ^ prO' ciireur- général y avoient été arrêtées , et que le réquisitoire de M. Joly-de-Fleury, avocat-général , avoit été rédigé. . '
Aussi M. Joly-de-Fleury, après avoir doniié t Vn les plus grands éloges au zèle et à la piété de Unigenltus Louis XIV contre les erreurs anciennes et nou>- J^^e au^pà»^ velles , fit observer au parlement que la forinè lement de
Paris.
extérieure de la. constitution {/nige/ii/uf ne présentoit aucune de ces clauses familières à la Cour de Borne y et contre lesquelles les tribunaux français étoient dans Tusage de réclamer ; il se borna à demander , selon le style ordinaire ^ la réserpe générale de nos^drôits et de nos maximes i il vouy lut seuleiûent ^ dans &on réquisitoii'e , aller au-devant des fausses conséquences que Ton pour* ToU induire.de la condamnation dés propositions «ur les exocmmunicaiions ^ pou-*^ empêcher qu on ne voulât , à la faveur de cette condamnation , € OU refuser aux évêques le pouvoir des clefs], » ou que les . excommunications infustes pussent » suspendre .^'accomplissement des devoirs les » plus , essentiels et les pkts • indispensables >>• L'instruction publiée par l'assemblée du clergé avoit déjà enlevé aux esprits inquiets ce prétexte d'opposition par des explications si claires et si