‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 4)Chapitre 86 sur 107 · LIVRE HUITl£M£lL · texte numérisé non relu

LIVRE HUITl£M£lL

Les larmes que la mort de Tabbé de Langfsron >avoit fait répandre à Fénélon^ couloient encore, lorsque quinze mois après il eut à pleurer la moi^t du duc de Bourgogne. Ce n'étoit pas sans doute un ami de tous les jours et de tous les momens qu'il perdoit i mais c'étoit Fenfant de ses soins et de sa tendresse ; c'étoit le chef- d'œuvre le plus accompli que la main des hommes , conduite par le génie et la vertu , eût encore montré a la terre; c'étoit l'objet de tous les vœux et de toutes les espérances de Fénélon ; c'étoit le bonheur de plu-^ sieurs générations ; c'étoit les destinées de la France , et peut-être celles d'une auguste famille, ensevelies pour jamais dans le tombeau, À ce coup, terrible , tous les liens de Fénélon furent rompus, et il sentit qu'il restoit étranger sur ia terre.

Il a voit encore deux amis bien chers; et quoi* qu'il en fût séparé depuis tant d'années, ilsétoient toujours présen& à sa pensée et nécessaires à son cœur par cette tendre union que l'estime et le goût avoient formée, et que la religion avoit cimentée par un attrait plus puissant et. plus du* rable que toutes les affections humaines.

Nous avons eu si souvent occasion de parler *Xiïr.

1 j 1 -"•! 1 1 . . . Mort du

du duc de Chevreuse et de ses relations intimes ducdeCheavec Fénélon , qu'on n'aura pas de peine à com- ^^^^^'

prendre : combien Féaélon dut être accablé de douleur en perdant un ami que rien ne pouvoit remplacer auprès de lui. L'esprit , les lumières^ des connoissances très » étendues dans tons les genres, la probité la plus délicate , une fidélité à toute épreuve y. une activité que rien ne fatiguoity une patience que rien ne rebutoit, une confiance sans bornes ; tout contribuoit k faire du duc de Chevreuse l'ami le plus inappréciable qui ait peut-être jamais existé. Fénélon étoit pour lui un ami, nnjpère, un conseil, un oracle ; il n'avoit pas un sentiment, une pensée, un vœu qu'il ne soumit à ses inspirations; il le consultoit sur ses afiaires domestiques, comme sur les' affaires publiques ; sur ses relations de société , comme sur les controverses religieuses; il étoit le correspondant habituel de Fénélon , et son intermédiaire nécessaire entre le duc de Bourgogne et M. de Beauvilliers.

On a vu par les mémoires politiques et ecclésiastiques, que nous avons rapportés, jusquoà s'étenddit cette confiance, et tous les objets importans qu'elle embrassoit. Le due de Chevreuse ne 3urvécut que neuf mois à M. le duc de Bourgogne; il mourut le 5 novembre 1712.

A J'ai le cœur toujours malade (0 », (écrîvoit

(0 a6 décembre 171a.

LIVllE HUITIÈME. 36l

Fénélon à M. de BeaUvilliers (0, quelques semaines après la mort du duc de GheYreuse)^ « f ai le cœur toujours malade depuis la perte » irréparable du P. P. ( le duc de Bourgogne ) ; » et celle du cber tuteur ( le duc de Chevreuse ) n a rouvert toutes mes plaies. Dieu soit béni ! » adorons ses desseins impénétrables. Je mour- » rai, conune je vis, vous étant dévoué avec une » reconnoissance et un 2èle. sans bornes )>•

Fénélon s'efibrçoit en vain de soulever le poids accablant qui oppressoit son ame flétrie par la douleur. Une providence sévère dénouoit successivement tous les liens qui Tattachoient encore à la terre ; il en étoit (Quelquefois à désirer j que plus miséricordieuse dans sa sévérité même, la Providence appelât en même temps à elle tous les amis vertueux^.

<c Les vr^is amis » ( écri voit-il dans ces tristes lûomens où tout son courage oédoit aux émotions trop légitimes de la nature), « les vrais amis )> font notre plus grande dotdeur et cfotre plus » grande amertume. On seroit tenté de désirer

0) Le demer hîstorieii de Fén^OH (le péreQtter&ettf ) a fait uue méprifie reraarqual^e au sujet de la mort des ducs de Oheyreuse et de Beauyilliers^ il fait survivre le dmc de Chevreose au duc de Beauyilliers. 11 lui étoit cependant biep facile de vérifîer que le duc de Chevreuse étoit mort le 5 novembre 1 7 1 a , et ^e la du€ de BeanyiUrers ne mourut que le 3x août 1714*

$68 IIISTOIRB DB TÉHÈLOUlf

» que tous les bons amis s'attendissent pour mou- » rir ensemble le même jour. Ceux qui n'aiment » rien voudroient enterrer tout le genre humain , » les yeux secs et le cœur content; ils ne sont pas » dignes de vi\fre. 11 en coûte beaucoup d*étre i> Sensible à Tamilié; mais ceux qui ont cette » sensibilité, seroient honteux de ne Ta voir pas; » ils ainïent mieux souffrir que dêtre insen* y sibles 2).

Fénélon ne retrouvoit de véritables forces que dans ces pensées consolantes que la religion seule peut présenter , pour adoucir les peines de la vie.

« Unissons-nous » (écri voit-il à la duchesse de Chevreuse , inccmsolable de la mort d'un époux , dont elle n'avoit pas été séparée un seul jour dans le cours de leur longue et respectable asso** ciation), et unissons -nous de cœur à celui que » nous regrettons; il ne s'est pas éloigné de nous, y en devenant invisible. Il nous voit, il nous » aime , il est touché de nos besoins. Arrivé heu- )> reusement au port, il prie pour nous^ qui » sommes encore exposés au naufrage. Il nous » dit d'une voix secrète : hâtez-vous de nous re* » joindre. Les purs esprits voient , entendent, » aiment toujours leurs vrais amis dans leur » centre commun* Leur amitié est immortelle

» comme

>i«comine sa source. Les incréibiles n*aiment » q^ eux-mêmes ; ils devroient se désespérer dé » perdre à jamais leurs amis; mais Tamitié di* i> vine change kr société visible dans une société H de pui^ foi; elle pleure; mais en pleurant^ .elle n se console par Tespérance de rejoindre ses amii » dans le pays de ta vérité; et dans le sein àt » Tamour même ».

Un ami restoit à Fénclon , et c'étoit celui ^^V".

Mort d\i

dont le nom y le rang, les dignités^ les vertus et duc de Beaula réputation avoient ajouté tant de bonheur i ^"**^"* la vie de Fénélon. C'étoit celui qui lui avoît ouvert la carrière des honneurs , de la gloire > nous dirions de la fortune, si la fortune avoit pu être comptée pour quelque chose par deux hommes tels que M. de Beauvilliers et Fénélon^ C'étoit celui dont Famitié lérmcf et courageuse avoit bravé tousr les orages de la Cour , et résisté à Famitié mênie de Louis XlV , pour rester fidèle à Fénélon proscrit et malheureux. Ils vécurent et moururent unis Fun à Fautre par tous les sen* timens d une religion éclairée et d'une piété tendre et afiêctuense y par le goût de toutes les vertus, et par la plus douce conformité de caractère , de mœurs et de principes. Rien ne put altérer leur estime et leur confiance mutuelle! Du fond de son exil, Farcfaevéque de Cambrai Fénélov. Tom» IV. ^4

370 BISTOIKE DE FÉSTÉLON,

fut toujours le guide et le conseil du duc de Beauvilliers.

Le jour où Fénélon reçut ordre de quitter la Cour, fut le dernier où il vit son vertueux ami; ils y avoient passé huit ans ensemble , et ils vécurent dix - sept ans séparés. Les dernières années de la vie de M. de Beauvilliers ne furent marquées que par des malheurs; il perdit en 1705 y dans rintervalle de huit jours , ses deux fils y les seuls qui lui restoient. Il vit mourir en 17 12 le due de Boui^ogne son élève, qui avoit pour lui tout le respect et toute la déférence d'un fils^ et la confiance de l'ami le plus tendre et le plus reconQoissant ; à la fin de cette même année 1 7 1 2 , la mort lui enleva le duc de Chevreuse / son beau- frère , à qui il étoit uni par une affection , peut - être sans exemple à la Cour , et avec lequel il avoit la douce habitude de passer tous les jours de sa vie. Fénélon lui restoit encore; mais il ne pou voit pas même savoir la consolation d'embrasser cet ami si cher, et de répandre les douleurs de son ame dans la sienne.^ Il n étoit pas étonnant que tant de pertes irréparables y qui s'étoient succédées si rapidement, eussent %chevé de détruire sa santé faible et délicate*

Fénélon n'étoit que trop averti du danger qui

tlVftE HUITIÈMC* 371

menaçoit Texistence d'un ami, sur lequel éCoient

venues se réunir toutes ses affections , depuis que

la mort avoit frappé tout ce qui lui étoit le plus

cher. Sa tendre sollicitude pour M^ de Beauvil-

liers le portoit à lui recommander les soins et

les ménagemens les plus délicats. Il lui écrivoit :

« Je vous conjure, mon bon duc, de ménager ^^^ j

» votre foible santé. Il vous faut du repos d*es- FénélonàM.

» prit et de la gaité, avec de l'air et de l'exercice i^^^^^ ^5 ^^^

» du corps. Je serois charmé si f apprenois dans cembre 171a.

» la belle saison que vous montassiez quelquefois

» à cheval pour vous promener à Vaucresson.

» J'espère que la bonne duchesse vous pressera

» de le faire ; rien n'est meilleur. Que ne don-»

» nerois-je point pour votre conservation » !

Mais rien ne pouvoit distraire Fénélon de ses tristes pressentimens. Il les laisse percer jusque dans celles de ses lettres oii il ne nomme pas M. de Beauvilliers.

^ « Je ne 'vis plus que d*amUxé , écrivoit -il à Lettre de » l'abbé de Beaumont ; et ce sera l'amitié qui me ^^^ihé de » fera mourir. Je sens combieû je vous aime, et Beaumont,

aa mai i7t4*

:» c'est ce qui m'alarme le plus; car Dieu môte (ManuscrO » les personnes que j'aime le plus. Il faut que s> je les aime mal, puisque Dieu tourne sa misé- » ricorde ou sa jalousie à m'en priver ». ' Les inquiétudes de Fénélon n étoient que trop

3^M uis:roiE£ deféjnélon^

fondi^'s. Après une ms^ladie de langueur ^ cau« wée par ses malheurs domestiques , par la mort si rapide et si imprévue du duc de Bourgogne y et par la pensée des troublés et des désordres qui d«voient suivre la mort« de Louis XIY , le duc de Beauvilliers succomba le 3i août 17 14» ^ Tâge de 66 ans ; et Fétkéhm ne lui survécut que quatre mois. Ainsi di^arut, dans Fespace de moins de trois ans, cette société peut-être unique d'hommes vertueux, à laquelle un caractère religieux donnoit quelque chose d^auguste et de sacré»

; La mort de M. de Beauvilliers fut le dernier coup qui acheva d^àccabler Tame trop seuûble de Fénâon ; sa foible complexioti ne put résister à l'impression d'une perte aussi douloureuse. U ne vit, il ne voulut voir dans ces scènes lugubres, que Tordre de la Providence qui brisoit tous ses liens , pour ne lui laisser plus rien à re* gretter sur là telTé, et l'avertir de tourner toutes ses pensées vers l'éternité. Il rassemUa le peu de forces qui lui restoient , pour remplir les tristes devoirs de l'amitié envers madame de Beauvilliers^ mais il s'efforçoit en vain de lui inspirer un courage qu'il n'avoit plus pour lui-mélM *, à travers toutes les consolations par lesquelles it ckei^die. à adoucir sa douleur, on démêle fiictle-

lilTRE HUITIÈME. 3^3

ment un pressentiment secret qu'il devoif bien*< tôt lui-même suivre son ami au tombeau.

La religion ne pouYoit sans doute emprunteF une voix plus touchante auprès de madame de BeauvillierSy que celle de Tami le plus tendre de Tépous qu elle regrettoit ; de celui qui avoit été pendant trente ans son guide y son conseil y son maitre dans la science du salut. Comment ma* dame de BeauviUiers, qui avoit partagé avec tant d'abandon la confiance y la v^ération y la réli^ gieuse soumission de son mari pour Fénelon^ n'auroit-elle pas reconnu dans ses lettres cette même voix qu elle étoit accoutumée à écouter depuis si long-temps comme Finterprète des desseins et des volontés du ciel? Fénélon éxhortoit madame de Beauvilliers « à élever ses regards vers lettre de

... . - 1^1/ Fénélon à

» cfilm qui peut seul appai&er la nature des^ee ^ madame de » «n qui nous retrouvons tout ce que nous avons Beauvilliers,

i6nov. i^i4-

» perdu ; qui nous le rend pissent par la foi et (Manuscr.) « pc^r famour ; qui noua moulure que nous suir? » vroQS de près ceux qui nous précèdent, qui » e$iuie no6 larmes de sa propre main «•

« Dieu veuille mettre, Madame, au fond dq , "^^^^^'^

la même , d

» votre cœur blessé sa consolation ! La jAaieest déc. 1714. » horrible; mais la mçiin du çonsolçtteuî* a we ^ *'^"scr.) 9 vertu toute-puissaçite. jN^on, il n y a que les s^ns )> et TimaginatioB qui aient perdu Jfeur o^et«

3^4 HISTOIRE DE FÉHÉLON,

i> Celai que nous ne pouvons plus voir, est plus » que jamais avec nous ; nous le trouvons sans 3» cesse dans ' notre centre commun ; il nous y » voit ; il nous y procure les vrais secours ; il y » connoSt mieux que nous nos infirmités, lui, » qui n*a plus les siennes, et il demande les re~ » mèdes nécessaires pour notre guérison. Pour » moi, qui étois privé de le voir depuis tant » d'années ^ je lui parle , je lui ouvre mon cœur, » je crois le trouver devant Dieu , et quoique je » Taie pleuré amèrement , je ne puis croire que je » l'aie perdu. Ob ! qu il y a de réalité dans cette s> société intime » !

Mais combien madame de Beauvilliers dut être profondément toucbée , en recevant la dernière lettre que Fénélon ait peut-être écrite de sa main (i) , et en y lisant ces paroles remarquables, qui annonçoient sa mort prochaine ! « I\^ous re- » trous^rons bientêt ce que nous n* aurons point » perdu ; nous en approchons tous les jours à 3» grands pas; encore un peu, etiln*y aura plus de » quoi pleurer ». Le premier janvier 17 15, trois jours après la date de cette lettre, Fénélon tomba malade , et montait W.

(0 Le 38 décembre i7i4>

(*) Les ducbesses de Ghevreuse et de Beauvilliers sunrëcarent assez long-temps k leurs maris, « et contiauéreat danï leor vi-

LIVllE HUITIÈME. 87$

Il nous reste à considérer. Fénélon dans cette dernière scène de la vie. Nous en avons le récit tracé par un témoin oculaire ^ qui nous en a conservé tous les détails, avec cette fidélité et ce respect religieux, que Ton doit à la mémoire des grands hommes*

La douleur, dont Fénélon étoit accablé depuis * ^^^}:

^ ^ Maladie et

la mort de M. deBeauvilliers, n avoit pu rengager mort de Féà suspendre un seul moment l'exercice des devoirs °* de son ministère.

€( Peu de semaines avant sa maladie (0, il fît » un court voyage de visites épiscopales ; il versa 3» dans un endroit dangereux ; personne ne fut » blessé; mais il aperçut tout le péril, et eut dans » sa foible machine toute la commotion de cet » accident ; il arriva incommodé à Cambrai ; la 3> fièvre survint, et Fénélon vit que son heure » étoit venue. Soit dégoût du monde, si conti- 2> nuell^nent trompeur pour lui, et de sa figure » qui passe ; soit plutôt que sa piété , entretenue » par un long usage, et ranimée encore plus par » les tristes considérations de tous les amis qu'il

39 duité, les mêmes œuvres de pîéti et de charité qu^elIes avoient » partagées avec eux ». Madame de Cbevreuse mourut en 1733; âgée de 8a ans, et madame de BeauTÎlliers mourut au même âge en 1736.

jLO Mémoires de SainuSimon*

37$ BISTOIRE DE FÉRÉLON,

3» avoit perdus ; il parut insensible à tout ce qu'il «jquittoit, et uniquement occupé de ce qu'il » ^Uoit ti*ouvery avec une tranquillité et une paix Ji qui n'exclaoit que le trouble, et qui embrassoit J9 la pénitence /le détacbemeaty le soin unique » des choses spirituelles de son diocèse ; enfin une m confiance qui ne faîftoit que surnager à la » crainte et à rhumilîté ».

Voilà rimpression générale que la mort de Fe^ nélon laissa à F^ris et à la Cour. M. 4e Saint* Simba f en en rendant compte , ne fait qu expriluer l'opinion des gens du monde ; mais k témoin oQulairey dont nous avons annoncé le récit , entre dans des détails bien plus précieux pour tous les amis de la religion et de la mémoire de Fénélon*

Ce fut dans la soirée du i/' janvier 17 1 5^ que Féa^oa fut attaqué de la maladie "dont il mour rut. « Cette ioaladie (>) qui ne dura que six jours 3) et demi avec des douleurs très-aigoès, étoit une y fièvre continue, dont la cause étoit cadbee. m Pendant ces six jours entiers , il ne voulut être » entretenu quie de la lecture de TËcritune sainte i >» pendant les premiers jours , on ne déféroit que » par intervalles à ses instances. On craignit que » Tapplication qu il portoit à cette lecture, n'em-

(0 Extrait de la relation de la maladie et de la mort de Féfiélon, par son aumônier. (Mamuents.) . . r

LIYAX HUITIÈME. $77

y} ' péchât leffet des remèdes , et n aigrit son maj ;- ^ aane lut lut d'abord. que le livre de Tobie, et 9 peu à k £)is ; on y a jootoit ^ suivant les oceasions, » quelques textes sur la fragilHë des biens qui )i passait ^ et sur Fespérance de ceux qui durent ]» it jamais. Nous lui récitions souvent; et il pa-r 9 r<MSSoit charmé d*entendre les derniers versets 3» du cfaap. lYy et les neuf premiers du ohap. v de 3> l^ seconde ëpttre de saint Paul aux Goriu* 31 thiens. Répétez encore cet endroit^ me dit -il n en deux occasions. Dans les intervalles , on lui » parla de quelques expéditions pressantes pour » les affaires de son diocèse , et il les signa. On lui » demanda s'il n'avoit rien à changer à son testa- » ment (qui étoit de 1708), et il fit un codicile )> pour substituer laiibé de Fénélon à Fabbé de 3> Langeron, qii^il avoit précédemment nommé » son exécuteur testamentaire. Je lui demandai » en mon particulier ses derniers ordres, par » rapport aux deux ouvrages qu'il faisoit impri-^ ^ œer(i). • ^

» Les deux derniers jours et les deux dernière^ 3> nuits de sa maladie, ii nous demanda avec ins- » tance de lui réciter les textes de l'Ecriture les » plus convenables à l'état où il se trouvoît. /îe'-

(0 Son Inslruction pastorde, en forme de Dialogues, sur les controf erses du temps.

378 RlSXaiRE 1>E TÉNÉLON^

» pétez, répétez-moi, disait-ii de temps en temps, » ces divines paroles; il les achevoit avec nous, » autant que ses forces le lui permettoient. On » voyoit dans ses yeux et sur son visage ^ quil » entroit avec ferveur dans de vifs sentimens de ^foi, d'espérance y d'amour, de résignation , 3» d'union à Dieu, de conformité à Jésus-Cbrist, » que ces textes exprimoient. Il nous fît répéter » plusieurs fois les paroles que l'Eglise a appli- 31 quées à saint Martin, et met dans la bouche de y> ce grand évéque de l'Eglise gallicane. Seigneur, » si je suis encore nécessaire^ à votre peuple, je » ne rejjuse point le traç^ail; que votre volonté » soitfaite, O homme, qu'on ne peut assez louer l 0) Un a pas été surmonté par le travail; il ne de- » voit pas même être vaincu par la mort; il ne » craignit p^ de vivre , et il ne refusa pas de » mourir. L'archevêque de Cambrai paroissoit 3> plein du même esprit d'abandon à la volonté » de Dieu, En cette occasion, et à l'imitation des » disciples de saint Martin , je pris la confiance » de lui demander : Mais pourquoi nous quittez^ » vous ? Dans cette désolation , à qui nous laissez" » vous? Peut-être que les loups ravissons vien^ » dront ravager votre troupeau. Il ne répondit » que. par des soupirs.

)> Quoiqu'il se fût confessé la veille de Noël ^ avant

LIVHE HVITlèllE. 879

3» de chanter la messe de minuit , il se confessa » de nouveau dès le second jour de sa maladie. » Le troisième jour au matin y il me chargea de » lui faire donner le viatique ; une heure après , » il mé demanda si j*avois tout ctisposé pour cette » cérémonie. Conmie je lui représentois que le » danger ne paroissoit pas assez pressant : dans » Pétat oii je me sens, dit-il j je rCai point d*af^ » faire plus pressée.

» Il se fit porter aussitôt , de la petite chambre » qu'il occupoit habituellement , dans sa grande » chambre. Il désira que tous les membres de son » chapitre pussent y entrer , et être présens à cet 3> acte de religion. Avant de recevoir le viatique^ I» il adressa à tous les assistans quelques paroles 3» d'édification , que je ne pus entendre que con- » fusément , me trouvant alors trop éloigné de » son lit.

» Dans l'après-midi du quatrième jour de sa 3> maladie , M. Tabbé de Beaumont et M. le mar- » quis de Fénélon^ ses neveux , arrivèrent en poste » de Paris ; il éprouva une sensible consolation » en les revoyant ; il leur demanda qui leur avoit » donné l'alarme ; la douleur ne leur permit pas » d'articuler un seul mot ; ils se contentèrent de » montrer M. l'abbé de Fénélon y qui se trouvoit » à Cambrai lorsque la maladie se déclara.

3Sâ[ BISTOI&E DE FÉN^LOM,

» Qoelqae sensible que je Teusse vu à la mbrl 9 de M. Fabbé de Langeron , soa ami intime , et 9 à celle de M. le duc 4e Bourgogne, son élève, ^ il vit , sans pleurer, dans sa dernière maladie , 9 rafflictioQ et les larmes de toutes les personnes 9 qu il aimoit le plus tendi ement.

» M. Tabbé de Beaumont et M. le marquis de » Fénëlon avoient pris la précaution d^amener » avec eux de Paris le célèbre Chirac CO , qui » conféra immédiatement avec les médecins du » pays, qui avoient traité et suivi la maladie; » ils convinrent de le faire saigna: une seconde » fois , et de lui donner Témétique ; Teffisfe^en fut » prompt , et parut d*abord le soulager ; on con- » eut même d'abord quelque espérance ; mais oa » reconnut bientôt que le mal étoit plus fort que » les remèdes. Dieu vouloit retirer à lui un des » évéques qui auroiéntpu servir le plus utilement » l'Eglise dans ces temps de schisme et d'indocilité.

31 Le matin du jour des Rois, m'ayant témoigné % le r^ret dé ne'pouyoir dire lui-même la sainte tt messe, j'allai, suivant son ordre, la dire à son » intention. Pendant ce court intervaUe, il parut ^ s'afibiblir notablement, et on lui donna Vtx* » trême*onction.

(0 Pierre ChlraG, né en Rouergue en i65o, mort le ii mars 1733 , premier médecin de Louis XY, egé de S% ans.

LIVA& RUITIEHIS* 38l

< M Immédiatement Éprës , il me fit appeler y et » ayant fait sortir tout le monde de sa chambre^ » il me dicta la dernière de ses lettres ^ qu'il si^ 9 gna(0, m*ordonnant de la montrer ici à quatre «personnes, et de la faire partir aussitôt qu'il » aûroit les yeux fermés. C'est eh me dictant cette » lettre, que rappelant toutes ses forces, sentant » qu'il étoit près dé parotti^e devant Dieu, il Vôu-» » lut s'y préparer, en exposant ses véritables sen-* >• timetiS. Quelque courte que soit cette lettre , » on né peut marquer ni un plus grand désin^ » téressetnent pour sa famille, ni plus de respect n et d'attachement pour son roi , ni plus d'aiTec-' » tion p6ur son diocèse , ni plus de zèle pour la » foi contr^ les erreurs des Jansénistes, ni une 3i docilité plus absolue pour l'Eglise mère et maî- » tresse. ♦

» Il souiTrit beaucoup le reste du jour et pen« » dant sa dernière nuit ; mais il se réjouissoit » d'éti^ semblable à Jésus-* Christ souffrant. Je 31 suis, disoit-il, sur la croix avec Jêsus^Christ ; » Christo confixus sum cruct. Nous récitions alors 3k les paroles de l'Ecriture qui regardent la nén cessité des souffrtinces , leur brièveté et leur peu » de proportion avec le poids immense de gloire n étemelle dont Dieu les couronne. Ses douleurs

(0 GTest o«lle au père LetelUcr que nous rapporterons.

383 HISTOmS DE FÉNÊLOH^

» redoublant , nous lui disiéns ce que S. Luc rap~ j> porte de Jésus-Christ , que dans ces occasions » il redoubloit ses prières , Factus in agonid pro^ » lixiUs orabat. Jésus-Christ ^ ajouta-t-il lui-même , » réitéra trois fois la même prière. Orauit iertih » eumdem sermonem dicens; mais la violence du » mal ne lui permettant pas d'achever seul^ nous » continuâmes avec lui : Mon père ^ s* il est passif s> ilcj que ce calice s'éloigne de moi; cependant n que votre volonté se fasse et non la mienne. » Oui, Seigneur, r^rit-il, en élevant autant qu il » put sa voix afibiblie ^ votre volonté, et non la 3» mienne. Sa fièvre redoubloit par intervalles^ » et lui causoit des transports dont il s'aperçut 3> lui-même, et dont il étoit peiné , quoiqu'il ne » lui échappât jamais rien de violent ni de peu » convenable. Lorsque le redoublement cessoit, » on le voyoit aussitôt joindre les mains , lever » les yeux vers le ciel, se soumettre avec abandon » et s'unir à Dieu dans une grande paix. Cet aban-» s> don plein de confiance à la volonté de Dieu ^ p avoit été dès sa jeunesse le goût dominant de 3) son cœur, et il y revenoit sans cçsse dans » tous ses entretiens familiers. C'étoit, pour ainsi » dire, sa nourriture et celle qu'il aimoit à faire » goûter à tous ceux qui vivoient dans son in-> » timité.

LXVnC HUITIEME. 383

D Je suis encore attendri , quand je pense au » spectacle touchant de cette dernière nuit. Tou- )> tes les personnes de sa pieuse famille ^ qui étoient » réunies à Cambrai , M. Tabbé de Beaumont ^ >i M. le marquis de Fénélon^ M. Tabbé de Fé« 9 nélon y les chevaliers de Fénélon , M. de l'Es- » chelle y autrefois attaché à l'éducation de M. le » duc de Bourgogne^ M. l'abbé de l'^lschelle son » frère, et M. l'abbé Dévisse leur neveu (0, vinrent u tous l'un après l'autre, dans ces intervalles de » pleine liberté d'esprit, demander et recevoir sa » bénédiction ; lui donner le crucifix à baiser, et » lui adresser quelques mots d'édification. Quel- » ques autres personnes de la ville qu'il dirigéoit , » se présentèrent aussi pour recevoir sa dernière » bénédiction. Ses domestiques vinrent ensuite )> tous ensemble , en fondant en larmes , la de- » mander, et il la leur donna avec amitié. M. l'abbé » le Vayer ( de la congrégation de Saint - Sul- » pice), supérieur du séminaire de Cambrai, qui » l'assista particulièrement à la mort cette der- )> nière nuit , la reçut aussi pour le séminaire et » pour le diocèse. M. l'abbé le Vayer récita en- » suite les prières des agonisans, en y mêlant » de temps en temps des paroles courtes et toun chantes de l'Ecriture , les plus convenables à

(0 Depuis évéque de Boulogne.

384 HISTOIRE DI VÉflÉLON,

Il la situation du malade , qui fut environ ut.3 » demi - heure sans donner aucun signe de cann noissance ; après quoi y il expira doucement à » cinq heures et quart du matin ( 7 janvier 1 ^1 5). » Nous croyons que notre pieux et saint arche- » véque M. mort saintement comme il a vécu ; » chacun de ceux qui Font connu plus particu* 3» lîèrement^s'emprôsse de recueillir quelque chose 9 qui lui ait appartenu. On ne trouva point cbes » lui d argent comptant; les pertes et les grandes » dépenses que lui avoit causées le voisinage des » armées pendant les trois dernières campagnes, » sans qu'il eût rien absolument retranché des » aumônes qu'il faisoit aux couvens de cette » ville, aux pauvres ordinands de son séminaire, >i aux filles de la charité , pour les pauvres ma- » lades, aux paroisses qu'il visitoit, aux étudians )i de son diocèse qu'il entretenoit dans les uni- » versités, et à une multitude d'autres personnes, s> avoient absolument épuisé ses revenus. Il n'a » rien .laissé à sa famille du prix de son mobilier, » ni des arrérages qui sont dus par ses fermiers; n. il institue par son testament, M. l'abbé de Beau<* n mont son neveu , son héritier universel , pour » exécuter ses pieuses intentions, dont il a lait » connoitrele secret à lui seul, et M. Tabbé de » Beaumont continue jusqu'à l'arrivée du succes«

seur,

» seur, le»j9tiémes ammônes que M. Tarchevéque » faisoit aux pauvres. -^ *

» Voilà ce que féi remarqué ^ d^& dispositions » de notre saint archevêque/ ^es derniers jours » de sa vie. ^M. ses neveux et les autres per- » sonnes qui ne Font presque point qfuitfé pen<* « dant sa maladie y auront pu remarquer d^autres » circonstances qui tn'ont 'échappé ^ ou qiie je ne » m& rappelle pas en ce moment.

» Je net puis qu'être viveineAft toûclié de votre a> sonvenii^ danë cette trisrie odcàsioii; qi^^dique je » perde - tnon . biîenfaSte^r > inon maître , et * f ose » dire^ «ion père, je sois poujt'tant' beauboup » plus sensible à la perte que FEgUâefàit en lut , » du plus pieux V du plus zélé et du plus savant » défenseur de là'fbi; de celle que fait ce dio€èse » et notre s^ihièfâif'eied j^rticiiliery dont il.aBpiC n commencei* leâ bâtil^éiis^ p&tktYutdi^ ^suite à » Saiht-Sulpice. Le su4Eft:èWèUk^)pë(ttrtlhit^il conti^ 3» Huer cet (}uyràgê>^i' uti^e^; si ftécjessâire? Le ^ voodra^t -^llt? Ptiez^ poufeà dk>eèse et pour

La lettre que dieta i^nélcnii, Jmlnëâîatèménl; âf>»ès avoir ^t<eçu Ifexerémé-MMietid»^ ét'que' Fauteur de «ette^ )relatt04 a^^oireq oiidire derfaire'fmntir aussit&i qu'il àumt> les 7ttU2&fcrmrésr,«'fiirt la plus grande sensation lonsqiâsUefiÊd^veKim pu- Fésèlov. Tom. IV. »5

386 IIISTOIIIE pE. FÉNÉLP»,

* blique. Elle attestoit les véritables sentifnens de Fénélon ^ dans un moment oii aucune considéiration humaine ne pouvoit plus influer sur sou langage ou sur ses dispositions.

. Cest en parlant de cette lettre , que M. de Saint-Simon , témoin de l*«fiet qu elle avoit produit à la ville et à la Cour ^ a dit :

« Dans cet état (0^ Fénélon écrivit au Roi » une lettf^ sur le spirituel.de son diocèse, qui » ne disoit pas un mot sur lui-même , .qui n a- » voit rien que de touchant , et qui ne x^onvint )» aja lit de la mort à un grand évéque a. , E^le étoit adressée au père le Tellier^ et conçue en ces; termes :

XXVU. ' ** '^ viens de recevoir Textréme-onction. Cest ïicture |> dans cet . état y mon révérei|d père, où je me

de Fénélon

mourant à I» prépare à aller paroitre devant. Pieu, que fé Louis X!V. p yQ^g prie instapameiit 4e; représenter au Roi

» mes véritables sentimens* . v:

» Je n'ai jamais eu qUfl dpoilit^ pi^r FEglifte et 9 qu'horreur 4es nouveautés qu'on m'a imputées. >i J'ai reçu la condamnation de mon livre avec ». la simplicité la plus absolue. ;

• » Je n'ai jamais. été. uA^seul moquent en ma ti.vie, sans avoir pour la personne du JBioi la o plus, vive recomioissaQice^ lëissèle le plusior

' <0 MéMdir«s 4è Ôai&t^Siiiioa.

LIVAfi HUITIEME. 38^

9» génuy le plas profond respect et rattachement » le plus inviolable.

» Je prends la liberté de demander à Sa Ma- » jesté deux grâces , qui ne regardent ni ma per- » sonne, ni aucun des miens.

» La première, est qu'il ait la bonté de me » donner un successeur pieux, régulier, bon et » ferme contre le jansénisme y lequel est prodi-» » gieusement accrédité sur cette frontière* •

» L'autre grâce est qù*il ait la bonté d'ache- » ver avec mon successeur ce qui n'a pu étre^ » achevé avec mdi pour messieurs de Saint-^Sul^ » pice. Je dois à Sa Majesté le secours que je » reçois d'eux. On ho peut rien de plus aposto^ n lique et de plus vénérable. Si Sa Majesté veut » bien faire entendre à mon succesiseur qu'il 31 vaut mieux ^u'il xonclûe. avec ces messiem'S » ce qui est déjà si avancé , la ' chose iera bien« i> tôt finie. ' • .

4i Je .souhaite à Sa Majesté une longue vie^ » dont FEglise^ aussi bien que l'Etat, ont infini- » ment besoin. Si ^ puis aller voir Bien, je lui^ » debiandérai souvent ces grâces. - Tàus savez, » mon révérend père,'avec quelle vénération;... »/

Signé Fa. àrchev. de Cambrai.

A Caixd>raiv ce 6 janvier 171 5.

388 UISTOiRE DE PÉnÉLON,

xxviiï. Nous ignorons quella impression '^cettç. lettre

Conjectures

BUT les dis- fit sur Louis Xiy f lorsque le père le Tellier la positions de j^j^ ^^^^ ^ies veux. Elle dut sans dotote lai inspî-

Louis XIV. "^ * ^

rer quelque regret du long et profond ressenti* ment qu'il avoit conservé contre un évêque , dont les . dernières paroles \ éxprimoient . avec taiit de vérité la reconnois^ance^ rattachemânt et la fidé* lîté..NouS' àvonsl 4éi^ fait connoitre que nous ajoutions pea de fttr^u propos, qu'on prête, à ce prince^ qui^ dit-dB, en apprenant la mort de Fétiiélony s'écria, avec amertume :i< Il nous- maa^ » 4pi» iien- au besoin m* < Nous n'en Ipouvons bxl-* cune trace dans lès nombreux manuscrils qpe wms avonà pàrcouTu!s> et il (ê^ .peu' .^raisem-* blable^ qu'un témoignage si honorable^ quoique bien tardif^ du repentîi^ de Lèuis XiV^ n^eût pas été consigné^ daii9 quelques- unies des lettrés qui suivii'ent la mort de. Fénélon. ^r de Saint-Si^ mon , qui recueilloit avec tant de soin et d'ai£* dite toutM quise pàsspit et tout xe quise disoit à lai Côte y n'aiii-dit pasnégKgé^ç rappëlek* une parole «ansipTeinarqùable dan^ lés détails ^îînté^ resaons qu3il neros a laissés; sur >Féntflon<. Il est icraL qu'il parott crcubre que X'arcfaevéque de Cambrai seroÂt. revenu à. la Cour et aux affaires, si sa carrière eût été un peu plus longue. Mais il fait entièrement dépendre ses coinjeetui^eâ-inir ce

retour^ de la supposition qiie Fénâon .survécût 2à Loiiis XIV y tant il .étoit âoignë de présumer ifo^e ce monar<{ue pensât lui^mâme à le rappro* cberde sa personne. M. 4^ :Saint*âimon.crciyoit seulement entrevoir' que *le duc d'Orléans^ prévenu favorableipent pour larchevéqu^ de^fiam*» braiy par Uestsme et le goût qu'il avok pour ses vértuk et soa esprit 9 et fidèle à la mémoire des services que lui avoient rendus MM. de Beauvilliei^ et de ^ Cbevreuse auprès du duc de Bour« gogne, dans: les temps les plus difficiles de sa vie^ mettroît un«:eq)èce d'mnour ^ propre à honorer les prémices de* son administration , en appelant auprès de lui un prâat aussi généralement es* timé. Le' marquis de Fénélon est le premier qui «it consigné ces paroles vraies ou fausses de XiOuis XIYy dans le précis de la vie de son oncle y qu'il fit imprimer en 1 734 M. de Ramsai lui-même n'en parle point dans la vie de Farchei^éque de GanAddraii y qu'il avôit publiée dès 1723, et qu'il n'écrivit qne> sur les mémoires que la faluiavoît fournis (0. On observa même avec

(0 Cependant les régies de la critique nous obbgent d^observer que le témoignage d'nn homme aussi téridiqae qne le mar-. qnis de Fénélon » effre une autorité positive, qui doit au moins balancer les conjectures plus ou moins raisonnables que nous avons tzposées. D^ailleurs, Iiouis XIV a pu très-bien penser et

3gO HISTOULE DE ^ÉflÉLON,

peine , que Louis XIV ne doiiDa pas après Isl mort de Fëhélon , le plus foible témoignage d*iatérêt à ses neveux* Les principes austères de leur oncle ne lui a voient pas permis de .les appeler par son testament à partager les foibles débris d*une succession ecclésiastique ^ et il avoit la douleur de les laisser dans un état de gène peu assorti à la noblesse de leur origine, et à Védat qu il avoit ajouté lui-même à son ! nom.

Qliant à madame de Maintenoa, nous voyons seulement que madame de Gaylus ,. toujours franche et Vraie dans tous ses sentimens, s'em* pressa de l'instruire ^ avec.uqe vive et touchante émotion, de la première nouvelle de la maladie et du danger de Fénélon : « Ji. de Cambrai est » bien mal, écrivit madame de .Caylus. à ma- » dame de Maintenon ; je suis assurée qu'on prie » bien Dieii pour lui à Saint-Cyt> et çue vous » ne vous y oubliez pm »• Nous n'avons point la réponse de madame de Maiûtenon à cette lettre ; mais, depuis la première édition de cette histoire , ou a eu la bonté de nous communiquer une lettre q^ madame de Maintenon écrivit à

dire, dans la crise qvl étoieni alors le^ aflOûres ecclésiastiques, ^e V archevêque de Cambrai nuuufuoit bien au besoin, sans être dans la disposition de U rappeler à la Cour, ni de lui rendre su Qoufiance,

LIVUE HUITIÈME. SqI

M. Langue! y oaré de Saint-Sulpice ^ le lo janvier 17 15, trois jours après la^ mort de Fënëlon. On y lit : « Je suis fâchée de la mort de M. de » Cambrai; c'est un ami que fasH^is perdu par » le quiétisme. Mais on prétend qu'il aurait pu a» faire du bien dans le toncile, si on pousse les » choses jusque-là ». Ce langage , dans une pareille circonstance et sur la mort d'un ancien MUkif pàroitra sans doute bien froid ^ et n'annonce que trop clairement combien madame de Maintenon ëtoit peu disposée à se rapprocher de fénélon. Cependant les dernières expressions de sa lettre .pourroient expliquer jusqu'à un ceiiain point comment Louis XIY a pu dire , en appre* nant la mort de l'archevêque de Cambrai : Il nous manque bien au besoin. Mais dans cettcr supposition même, il est bien évident que les regrets de Louis XIY ne portoient que sur l'utilité des services que pou voit encore rendre Fénélon^ dans la crise où se trouy oient alors les ^ffîdres de l'I^glise.

.Quoi qu'il en soit , il est bien difficile de croire que madame de Maintenon ait été entièrement indifférente à qn événement qui lui rappeloit tant de spuvenirs . qui avoient dû laisser des traces si profondes, et si durables dans sa pensée. La morb de Fénélop devoit au moins renouveler en die la

393 HISTOIRE DE TÈVÈliOVy

mémoire de leurs amis cocbmans , qui venoient de disparoitare successivement à ses yeux y- et qui avoient long -temps et exclusivement formé la société intime dans laquelle elle avôit passé les premières années de sa faveur. Un retour involontaire sur elle - même pouvoit en même temps Tavertir quelle af^rochoit de ce terme redou*table y où toutes les petites passions, qui ont agité la vie y paroissent mériter bien peu d^intérét»

Nous croyons devoir rapporter les dispositions les plus importantes du testament de Fénélon ; elles montrent toute son ame et tous ses principes. On y observe sa constante occupation à justifier la pm^eté de ses intentions , et à constater toute rétendue de sa soumission sans bornes aa jugement prononcé contre son livre. Ce testament porte d'ailleurs un caractère de modestie et de simplicité ^ qui fait encore mieux connoitre Tame de Fénélon , que tant d'ouvrages qui ont honoré sa miémoire. Ses réflexions sur la modestie, qui doit accompagner les funérailles des évéques; ses maximes sur l'emploi des biens ecclésiastiques ; la tendre affection avec laquelle il s'exprime sur l'abbé de Langeron et sur les amis vertueux qui préférèrent la gloire de partager ses malbeurs et sa disgrâce , à tous les avantages de la fortune et de l'ambition y ajoutent je ne sais quelle onction

LIVAE HUITlàXB. 3g3

i riatérêt qa* inspireot tQu|0urs les dernières pa<« rôles des. mourans. C'est la voix de la religion ^ de la vertu i&t de Taniitië ^ qui se fait entendre du fond da tombeau , pour parler à tous les cœurs sensibles et religieux.

«t Quoique ma santd soit en Tétat où elle est ^^i^-

^ ^ ' Testament

a> d'ordinair^e^ je dois me préparer à la mort« C'est de Fénélon, 9 dans cette vue que je £iis et que j'écris de ma ^" ^ ™^^ 31 propre main le présent testament, révoquant 9 et annuUant par celui-ci tout autre testament » antérieur*

^ Je déclare que je veux mourir entre les bras 9- de TEglise catholique , apostolique et romaine .^ ma mère. Dieu , qui lit dans les cœurs et qui me » jugera, sait qu'il n*y a eu aucun moment de ma ;• vie , où je n'aie conservé pour elle une soumis- » sien et une docilité de petit enfant y et que je » n'ai jamais eu aucune des erreurs qu'on a voulu » m'imputer. Quand j'écrivis le livre intitulé : n Explication des Maximes des Saints, je ne » songeois qu'à séparer les véritables expériences » des saints , approuvées de toute l'Eglise , d'avec » les illusions des faux mystiques , pour justifier » les unes et pour rejeter les autres. Je ne fis cet » ouvrage que par le conseil des personnes les » plus opposées à l'illusion y et je ne le fis impri*

394 HISTOIRE DE FÉMÉLOA^

» mer qu'après qu'ils Teureut examina* Comme 3» cet ouvrage fut imprimé en mon absence , on y ^ mit les termes de trouble im^ohntain^, par » rapport à Jésus*-Ghrist , lesquels n'ëtoient point » dans le corps de mon texte original , comme » certains témoins oculaires îl'un très-grand mé- » rite Tout certifié, et qui avoi^nt été mis à la » marge y seulement pour marquer une petite » addition , qu'on me conseilloit de faire en cet » endroit -là y pour une plus grande précaution. » D'ailleurs , il me sembloit , sur l'avis des exami- » nateurs, que les correctifs inculqués dans tontes » les pages de ce petit livre , écartoient avec évi- » dence tous les sens faux ou dangereux. C'est » suivant ces correctifs, que j'ai voulu soutenir et » justifier ce livre , pendant qu'il m'a été libre de » le faire ; mais je n'ai jamais voulu favoriser au- » cune des erreurs en question, nifiatter aucune » personne, que je connusse en être prévenue» » Dès que le pape Innocent XII a eu condamné » cet ouifrage, fai adhéré à ce jugement du y^ fond de mon coeur et sans restriction, comme D j*avois d'abord promis de le faire. Depuis le » moment de la condamnation, je n'ai jamais » dit un seul mot pour justifier ce livre. Je n'ai x> songé h ceux qui fauoient attaqué, que pour » prier ayec un zèle sincère pour eux, et que

» pour demeurer vni à eux dans la charité fru'^

» iemeUe.

. » Je soumets à FEgUse universelle et au Siège «>. apostolique tous les écrits que fâî faits , et j'y » condamne tout ce qui pourroit m*avoir édbappé 3» au^elà des véritsd>Ies bornes* Mais on ne doit i».m'atti*ibuer aucun des écrits que Ton pourroil; » faire imprimer sous mon nom ; je ne reconiiois> » que ceux qui auront été imprimés par mes » soins, et reconnus par moi pendant ma vie. » Les autres pourroient, ou n*étre pas de moi, » ou m*étre attribués sans fondement, ou être o mêlés, avec d autres écrits étrangers, ou être » altérés par des copistes.

» A Dieu ne plaise que je . prenne ces précau- TH tions par une vaine d^icatesse pour ma per- ^ sonne. Je .crois seulement devoir au caractère j> épisciopal, dont Dieu a permis que je fusse ho- » noré^qu^on ne m'impute aucune .erreur contre Ta iaibi , ni aucun ouvrage suspect ».

Le troisième article ne renferme que des legç et des récompenses à ses domestiques,

« Je soubaite que mon enterrement se fasse » dans Téglise métropolitaine de Gainbrai (0, en

(0 Voyez les Pièces îusUficaUves du Une huitième , n.**' H, ffiellV.

396 HISTOIRE I^E FÉSÉLON^

31 la manière la plus simple y et avec le moins de » dépense qu'il se pourra. Ce n'est point un dis* I» cours modeste jque je fasse ici pour la forme; » c'est que je crois que les fonds qu'on pourrait » employer à des funérailles moins simples , doi' » ueni être résemés pour des usages plus utiles > » et que la modesiie des funérailles des évêques » doit apprendre aux laïques à modérer les » vaines dépenses qu'on fait dans les leurs*

» Je nomme et constitue pour mon héritier 3» univei^el , Léon de Beaumont mon neveu , fils » d'une de mes sœurs, en qui fai reconnu dès » son enfance des. sentimens dignes d'une singu- V lière amitié, et qui n'a jamais cessé pendant 31 tant d'années, d'être pour moi, comme le meil- » leur des fils pour son père. Je ne lui marque » rien, et je laisse tout à sa dévotion, parce que » je suis pleinement persuadé qu'il fera, de con- » cert avec mes deux exécuteurs testamentaires, 3» le meilleur usage qu*il pourra de ce qu'il trou- 13 vera de liquide dans ma succession.

» Je nomme pour exécuteurs du présent testar » ment, M. Fabbé de Cbanterac mon parent, » qui a été mon conseil dans ce diocèse, qui m*^

LITB.B HiriTlklIE* Sgj

jt* témoigné nné amitié à toute épreuve ^ et pour » ^tti j*ai une grande vénération. Je dénomme » aussi M* l'abbé de Langeron ^ ami précieux^ » que Dieu m*a donné dès notre première jeu- » nesseî et qui a fait une des plus grandes conso- » lationsde ma vie. J'espère que ces deux amis, » si chrétiens^ ne refuseront pa6 leurs soins et 31 leurs conseils k mon héritier.

» Quoique j'aime tendrement ma famille , et » que je n oublie pas le mauvais état de ses affaires, A je ne crois pourtant pas lui devoir laisser ma » succession. Les biens ecclésiastiques ne sont pas » destinés aux besoins des familles, et ils ne doi- » vent point sortir des mains, des personnes alta- » chées à TEglise, J'espère que Dieu b^'^ii'â les » deux neveux que j'ai élevés auprès de moi /et » que j'aime avec tendresse, a cause des principes j» de probité et 4e religion dans lesquels Us me » paroissent Stâffermir »« c.

Signé Fn;, arcbev! duc de Cambrai.

Fait à Cambrai le 5 mai i no5.

Dès le jour méirië de la mort de Pénélon ( 7 jan* vier 171 5), on fit lecture au chapitre de Cambrai de son t^tament (.0, et le chapitre atrita

0) L^abbé de Cbaûtérac $e troayoit k Cambrai à Fépogxiè de

Lettre du chapitre de Cambrai au chancelier Yoisini

398 HISTOIUE DE FivthOTX,

qu'il «seroit fait part de cette mort au chancelier Voisin , ministre et secrétaire d*état au département de la guerre^ qui avçit le Gàmbrésis dans son département.

La lettre du chapitre à. ce ministre^ atteste la profonde impression qu'une: perte aussi imprévue avoit laissée dans tous les cœurs , et runion qui avoit toujours régné entre l'arçhevéque de Cam* brai et son chapitre. '

ce Monseigneur. . • .

» G*est dans les sentimens d\uie très-vive dou- 1^ leur y que nous sommes obligés de doniier part

ce triste événement. On lit dans les registres du chapitre métrop||itain de cette yille, sous la date du 7 janvier 1715 : « II » est fait lecture au chapitre du testament de monseigneur rar- » chevéqne, décédé le même jour à cinq heures du matin. .)> M. de Lacropte de Chanterac, archidiacre, et M, Fahhé' de 9 Fénélon, écolàtre, désignés exécuteurs testamentaires par le » prélat, font serment de hien remplir cet office, et d^en rendre ' 9 bon compte 9. L'ahbé de Chanterac ne Bunrécut pas longtemps a une perte aussi accablante ; U ne put même prendre sur hâ de continuer à habiter des lieux où tout lui rappeloit robjet de sa douleur. Il se retira dans sa famille à Périgueux, ak il mourut le ao août 1715, environ sept mois après la mort de Fé9élon. Cest ce que nous appcennent les registres du chapitre de Cambrai, sous la date du 2 septeinbre ^715 : « Ce 3» jour, M. de Beaumont, archidiacre, annônice au chapitre que f M. de Lacropte de Chanterac, aschid&acre'i est décédé lis ao^ % du mois d'août précédent, 4 Périgueux ».

LIVUE HUITIGMIS. SqQ

)i à Votre Excellence de la perte que nous venons » de faire de Monseigneur notre archevêque, » décédé hier à cinq heures du matin. L'édiGca- » tiôn avec. laquelle il a rempli pendant toute sa » vie les devoirs de Tépiscopat, et la parfaite » union qu'il nous a fait Thonneur d'entretenir » avec nous jusqu'au dernier moment, nous » rendent si sensibles i sa mort , que nous ne » pouvons , Monseigneur , assez témoigner à Votre n Excellence à quel point nous en sommes affli- D gés. Nous trouverons, Monseigneur, dans notre » malheur un véritable sujet de consolation , si i^ vous daignez nous honorer de votre protection » auprès de Sa Majesté^ nous tâcherons de la mé- » riter par nos prières et nos vœux. .A Cambrai^ » 8 janvier 17 15 i».

Le chapitre adressa le même jour de pareilles

lettres, avec les modifications prescrites par les

convenances, aux chefs civils et militaires de la

province de Flandre. ,.

. Dans celles qu'il écrivit auxévéques sulTragans

dé la métropole de Cambrai, le. chapitre leur der^

mandoit (^ le secours de leurs prières pour oit^*

» nir d^ la bonté du oiel un successeur qui imitdt

a> parfaàenient toutes ,les vertus du prélat t/ui ve^

9 noit d^être enles^é à la religion et à VjEgUse (0 » •

l>) Registres du chapitre de Gaqabrai^

40O HISTOIAB DE FÉirÉLOH|

€es tëmaignages du chapitre de Cambrai n'étoient que Texpression fidèle des sentimens d'amour y de respect et de concorde , qui avoient toujours uni Fénélon , et le premin* corps ecclésiastique de son diocèse ; les registres du chapitre nous en offrent les preuves les plus touchantes et les plufi invariables pendant un épiscopat de vingt ans. Un simple malentendu dans une seule cir* constance^ donna lieu à une légère discussion; <t mais une seule conférence entra Monseigneur » Varchei^éçue et son chapitre^ assoit suffi pour i> concilier tous les intérêts et toutes les par^ « lies (') ».

€es mêmes registres nous apprennent , à l'époque de la mort de Fénélon , un fait bien remarquable. L'usage constamment suivi vouloit qu'on prononçât une oraison funèbre. Le chapitre de Cambrai y craignant sans doute de dé^ plaire au Roi , n'osa décider s'il j en auroit une: « // arrêta que MM. les exécuteurs testamen-- » taires examinetoient s'il convenoii de faire y^V éloge du prélat, ou, vu les circonstances, de » dérober en ce point à la coutume; quils sè^ » rùieJU Ubres de prendre tel parti gui leur pa* » rottroit le plus sage (^) » ; et il n'y eut point de discours.

(0 Registres du chapitre de Cambrai. •** («) Ibid.

Ces

Ces axécuteurs tesjtamentaires tftoieiit Tabbé de GhanteraCy cet ancien et fidèle ami de Fë* nâon, dont nous avons si souvent parle, et Fs^bbé de^Fénëlon son petit-neveu 4 On doit bien penser que les considërations les plus puissantes purent seules les porter à refuser à la douleur publique ces tristes et derniers honneurs > que tant de vertus rëdamoient. Mais ils pensèrent, avec maison ^ que la gloire de Fénéion navoit pas besoin du vain appareil d'une cérénwnie ; et que , priv^ de la liberté de dire tout ce que Ton pensoit et tout ce que Ton sen toit, un silence absolu étoit préférable à un langage contraint et glacé.

Ne seroit-il pas aussi permis de présumer que Tabbé. de Ghanterac, dépositaire de toutes Jies pensées de Fénéion, ne fit que st conformer ^a cette circonstance aux intentions de Fénéion luimême, dans la vue d'éviter de réveiller d'anciens souvenirs , ou de laisser sa famille exposée à des ressentimens toujours actifs et toujours redoutables.

Nous avons déjà observé que ni M* de JBo^e , successeur de Fénéion à l'académie française, ni M. Dacier, directeur de l'académie, n'osèrept prononcer le nom de TélémM/ue dans l'éloge de Fénéion.

Ainsi , Fénéion a été le seul archevêque de FÉiiÉLON. Tom. IV. a6

4ol HISTOIRE li£ VÈmÈhONy

Ç^pfà^si dç^ il pV a i>p»it eu 4*oraison funèbre à /Qan^ibrgî ^ et h pr^mibèra «çompagoie littéraire i^ rojrapfQ^ ^^ cpadamw au silence mt un des plus beaux mpUum^AS d^ 1» littérature françaiie« Mai^ ratteudrifsesuent qu6 le nom seul de Fé^ néon (excita 4UCore dans tous les cceurs après plus d'uu siècle , sera toujours la plus belle et la plus durable dâ toutes les oraisons funèln-es, ^^^ La mort de Ftfnéloa excita des regrets sincères

Regretâuni-

verseiB de la et uniyersels dans totiite 1 étendue des Pays-Bas; mort de Té- ^^ ^sigvé }es combats des partis qui divisoient

nélon.

rsiglisç, tous les e($ursse réunireat pour déplorer la mort d*ua évéque, qui avoit conquis le respeqty Testifue et VaSection de ses adversaires mêmes. Nous avons déjà dit que, malgré son opposition à la doctripe des jansénistes ^ et quoiT qu'il Teût combattue avec éclat par de nombreux écrits , il avoit toujours détourné de dessus I«urj têtes les coups de l'autorité , et les avoit préservés par sou ^èle mâmo des dangers personnels anz^ quels ils auroient pu être exposés (0« Bien loin 4^ porter (iUemt§ ^ V^mQUr général que tous pqrfoieru à ifa>ié/ai»j ils furent d'autant plus af* fligés de s^ perte , qu ils ignoraient quelles serOient k leur égard Les dispositions de son suo* cesseur, et qu'ils ne pouvoient guère ^ dans les

(0 Mémoires da doc de Saint-SiaoB.

livue HUi^TiÈME. 4o3

circoiistande^ où ik sfe trouvoîent, en attendre un traitement aussi favorable.

Quant àuï amis û&Fénéioiïy on iCa pas besoin de dire 9 (ju'ils lomBhrent dan^ Vàhime dé Tàfflicïiûn ta plus amhre (0:

Loréqûe la nouvelle (le sa iiidt*t pat*vint danâ les pays éirangèrs, elle y fat peiit-ëtre plus vivement ressentie qu'en' France même y où tous les esprits étoieiit aigris et divisée; où une paix récente laissoit encore subsister les charges et les calamités d*iine guerre malheureuse ;. où tous les corps étoient impàtiétîs' du jôùg de l'autorité, et où l'amour du changement tournoit toutes les pensées ei fôùtés les espesà'nëés vers un nouvel ordre ié choses. Mais dans tout le reste de f Eurôpè, on ne fut frappé que de la perte d'un homme qui avoit illà'^^ré Soiï Siècle par un grand* caractère, ^ès vertus ^cïatrtnteè et dès ouvrages qui dûrerônlÉ àùtatit que \k lalngùé dans laquelle ils furent écrits. ï)è tels hommes commençoïeht & dévenir rares d'ans tous lés pay^, et ïe noîn dé Pénélon etôit peut-être !ô seul alors qui jbutt dé la vénération universelle.

Le pape tllém'ènt Xl' doiin'a des larmes sîn- xxxi. ceres a sa inort, et parut regretter dé ne 1 avoir clément XL point nfommé cardinal , dans la crainte dé dé-

(0 Mémoires du dac de Saint-Simon.

4o4 HISTOIRE PB FÉNÉLOK,

plaire à Louis XIV . Cétoit le vœu de son cœur^ et il Tavoit laissé emirevoir au célèbre cardinal Quiriniy dans un. temps où il pouvoit encore céder à son penchant. Cest le cardinal Quirini lui« même y qui a consigné ce fait dans ses écrits, en rendant compte d'une conversation qu il avoit eue avec Clément XI , avant qu'on eût appris à Rome que Fénélon n'existoit plus. « Eos de doc^ )i trind et pietate Feneionii sensiis è sanctissimo » pectore deprompsit; undh facile mihi înnoies'- » ceret cogitationem de illo prœsule ad cardinal » latum eyehendo pontificid mente jam repositam » manere C^) ».

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