XXXII. Jean -Baptiste Rousseau, alors retiré dans les
LettredeJ. i
B. Bouseau ps^ys étrangers, fut témoin des regrets quon surlamortde jonnoit partout à la mémoire de Fénélon. Il
Fenelon * -
écrivoit à un protestant distingué par des ouvrages estimables (s), « les grands talens sont de » tous les pays et de toutes les communions , et » je ne suis point surpris de you9 voir si touché }> de la perte que FEglise et la république des » lettres ont faite en la personne de M. Tarche- »véque de Cambrai. Dans un siècle oîi le. mérite » véritable est si rare, il n'y a point d'honnête » homme qui ne doive regretter un si vérita-
(0 Qqirinit'Gppvaenudre Ustor., a.*pardey lir. i, ch. 4« (>) M. Croueaz.
» blement gi^and personnage. Sa réputation vivra » autant quW y aura sur la terre des hommes » sensibles au vrai mérite et à la vraie vertu';' et » soit dit à la honte de notre nation , peut-être » sera-ce chez nous <jue sa mort sera le moins » pleurée ».
Il parut si difficile de donner à Fénélon un successeur digne de le remplacer, que Louiis XIV, qui lui survécut huit mois , mourut sans avoir nommé à Farcbetêché de Cambrai.
« Ce prélat, dit M. de Saint-Simon , étoît un ^^^"l; y} grand homme, maigre» bien fait, avec un grand de la figure » nez, des yeux dont le fêu et l'esprit sortoîent ^ ^^^ °' » comme un torrent, et une physionomie, telle » que je n'en ai vu qui y ressemblât, et qui ne » pou voit s'oublier, quand on ne Tauroît vue » qu'une fois.
» Elle rassembloit tout, et les contraires ne » s'y combattoient point; elle avoit de la gravité » et de l'agrément, du sérieux et de Isl gatté; » elle sentoit également le docteur, l'évêque et » le grand seigneur. Tout ce qui y surnageôil , » ainsi que dans toute sa personne ,. c'étoit la » finesse, l'esprit, les grâces /la décence , et sur- » tout la noblesse. Il falloit faire effort pour cés- )> ier de le regard'er ; tous ses portraits sont par- » Ian9, «ans toutefois avoir pu attraper la \us^
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» tesse de TlMirmonie , qui frapppit dans l'ori^i- » nal, et la dëlicatçsse de chaque caractère que » ce visage rassembloit; ses ms^oières y réponse doient dans la même proportion , avec une M aisance qui en donnoit aux auti^es, et cet air » et ce bon goût qu on ne tient que de Fusage » de la meilleure compagnie et du grand monde^ » qui se trouvoit répandu de soi-même dans tou- » tes ses conversations ».
Fénélon n'ëtoit âgé que Aet soixante - quatre ans et cinq mois; mais un travai^l cpntiquel^dans tous les genres y et qui ejnployoit tous ses jours et la plus grande partie dp ses nuits ; une sobriété portée peut-être à l'excès ; les, grandes tra-' verses qui avoient agité sa vie^et^suptout la douleur d'avoir perdu en un petit nombre d'années tous ses amis les plus chers , avoient entièrement détruit sa santé.
AL de Saint-Simon , ami et confident du duc d'Orléans, et à portée d'être instruit de ses dispositions les plus secrètes, ne parpit pas douter ^ que ce prince, à so|;i. avéqement à la régence , n'eût rappelé Fénélonà la Cour, pour occuper les^premières places. ]\Iai$ ce fut sans doute par une sage disposition df la.Providçi^çe^ qae Fénélon fut préservé de l'embarras de reft^l^r, ou dke la honte d'accepter la confiance^ et, If %vear
d'ufi ptince qui pf èfeasoit te in^jj^is" dé k téhgion et de la morale. Comment un ëvéque du caractère ^ de la* pie^é de PJ^élbto ne se serôilsil pas" troTûti^' diepïacé dkns une Cour, c* Ton s'étoit affranchi dte toiitf respect? pour liesl ntioeai^s et lés bienséances? Comment Pénëlbn àuroit-il piisë flatter die fixer pat Fascendant de sa' vèttù, un* prince dont lies grandes qualités étoient effacées par la plbs honteuse foibles^e, et qui s'étoit laissé dominer par un ministre dont Isc fortltne a été un des grands scandales dis Fhistoire? On vit sous cette même régence le chancelier d'Âgues* seau compromettre sa réputation et sa dignité dans cette Cour si peu digne de lui ; il fallut' qu'il survécût trente ans à cette couine éclipse de sa vertu, pour en recouvrer tout Téclat.
Et quelle différence entre les fonctions purement politiques du chancelier d'Aguesseau, et les devoirs sacrés qu'un évéque tel que Fénëlon au-
roit eu à remplir dans un temps où TEglise étoit
menacée d'un schisme, et FEtat d'un bouleversement total; où une politique coupable sijgnoit des traités qui préparoient une guerre civile à la France; où chaque jour voyoit éclore des lois qui portoient le deuil, la douleur et la ruine dans toutes les familles; où Ton auroit peut-être proposé à Fénélon. d'attacher son nom à une décla*
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ration de guerre contre le roi d'Espagne, son ëlève.
Ah ! que les amis de la vertu et de la mémoire de Fénâon ne regrettent point pour lui une mort peut-être prématurée. Elle lui a épargné la douleur d*avoir vu cette époque de licence et de désordre, qui a dénaturé le caractère national, et dont notre génération a si cruellement expié les excès. Fénélon a assez vécu pour sa renommée et pour son bonheur ; avec Fénélon s'éteignit un siècle de grandeur et de gloire (0.
(0 Voyez les PiéceijusUfleatweê da livre huitième , n.* V.
PIN DU UVB6 BUITIÈHE ET DEElflEE.