‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux;Chapitre 12 sur 56 · I.ITRS TRQiaiEHE. fj · texte numérisé non relu

I.ITRS TRQiaiEHE. fj

» roit jpù les embarrasser par ses prëventiops. Je » n^avois que trop éprouvé combien ce prélat » étoit préoccupé; n'y aVoit-il au monde que » lui seul qui fût capable d'examiner mon livre ? » M.rarchevéque de Paris , M. Tronson^ M. Pi- » ipt, étoient-ils si faciles à séduire , eux qui de-< » voient être si bien avertist et si précautionn,é9 x> contre mes préventioiis? Quand même ils au-< n roient cru avoir besoin de quelques secours^ » n'en pouvoient->ils trouver ailleurs qu'en M. do » Meaux ? manquoit-on dans V^r\s de théologies 9 capables de dire toiiit oe qui est essentiel au » dogme sur la charité et sur l'espérancci ? ce. » prâat devoit-il montrer tant de vivacité sui: » ce que }e consultois les autres sans le q3nsuK 9 ter? y a*t-il rien de plus Hbre que la con^ance? n Âh ! qu'importe que je £us$ei les chose^sans lui^ M pourvu que je ne le^ &lse pas m9l? Supposé » même que je me fusse éloigné de lui mal-à-pro-^ » poSy il devoit ménager ma foihlesse , et être ravi 3» que les autres me menassent douAem^nt au D but. C'est ainsi qu'on est disposé quand On $e » compte pour rien^ et qu'on ne recherche que » la vérité et la paix. Tout au contraire;, M. de. 9 Meaux regarde comnie un outrage que j'ai » voulu lui faire, en consultant les autres sans

FÉifÉLON. Tom. II. a

l8 HISTOIRE DE FÂNÉLON^

» le consulter : ne le considérer pas^ c^est rom- I» pre Tunité , c*est faire un scandale , c'est atta*

» querles censures y' c'est éluder lesartides, c'est » défendre madame Guyon ir.

Hassuré par toutes lés précautions qu'il avoit prises pour donner à l'exposition de ses principes toute l'exactitude qu'on avoit droit de lui demander , Fénélon partit pour Cambrai (0 ; en partant il prévint le cardinal de Noailles qu'il alloit livrer son ouvrage à l'impression. Ce prélat^ loin de s'y opposer^ parut seulement désirer « qtt'il ne devint » public qu'après celui de Bossue t , qu'on étoit » alors occupé d'imprimer*». Fénélon y consentit avec empressement, et recommanda de la manière la plus formelle, le jour mépie de son départ, à son ami le duc de Cbevreuse, qui s'étoit chargé dlNeiller à l'impression, de ne le publier que de l'aveu du cardinal de Noailles; par malheur , le duc de Ghevreuse supposa trop légèrement que Bossuet auroit le crédit d'arrêter la publication du livre de Fénélon, si on la difleroit plus longtemps ; il se hâta de prévenir le cardinal de Noailles de cet incident inattendu, etle pria de le dégager de la promesse que Fénélon lui avoit faite. Le cardinal ne crtit devoir ni y consentir ^

(0 Yen 1« i5 décembre 1696..

'LITEB THOISliXB. I9

ni s*y' opposer; il se contenta de répondre au duc de Chevreuse qu'il étoit le maître de faire ce qu'il jugeroit à propos.

Il paroit qu'en efièt Bossuet avoit été instruit de ce qui se passoit ; et il est facile de juger par sa lettre à l'abbé de Maulevrier/ qu'il étoit déterminé à attaquer le livre de Fénélon avant même 4e l'avoir lu. « Je sais , à n'en pouvoir douter, que »-M. de Gambrài Veut écrire sur la spiritualité;... )i Je suis assuré que cet écrit ne peut çue causer V-

m j w , . . Lettre de

» un grand scandale,.,.; je ne puis en conscience Bossuet à 9 le supporter, et -Dieu m^obligâ à faire, voir ^^^^^ do

... « , , Maulcvrier.

» quon^eut soutenir des uyres dont la doctrine (Manuscr.) » est Ic' renversement delà piété..., -Je sUis assuré y^ qu'il laissera dans le doute ou dans- V obscurité Ta plusieurs articles sur lesquels il me sera' aisé de » faire vùir qu'il falloit s'expliquer indispensit^ » blementdànsla conjoncture présente ; et siffla » est, comme il sera-, qui peut tne dispenser de ^ faire voir à toute VEgliie combien cette dissi- » mulation est dangereuse?..,, p^oilà la vérité à yi laquelle ilfqudra que je sacrifie ma vie. . . . ' On » ne m'évite en cette occasion y après m'a voir té- » moigné tant de soumission en paroles/ que parce » qu'on sent qu^ Dieu à qui. je me fie, me d6n* » nera de la force pour éventer la mine », ^ossuet avoit également déclaré au curé de

^ HI&TOIRE DE FÉRÉLDNy

SaJkit'-Salpice ( Lachetardie ), « que s'ils veneleiit k à éclater Tun contre Tautre Wy comme les » choses paroissoient s*y disposer, cela feroit un ]b! grand scandale, qui retoinberoit apparemment » sur^ M. dé Cambrai ».

- On démandera p'om^quoi Fénélon s'étoit refusé à soumettre son livre à Texamen de Bossuet , ce qui eût été le véritable moyen de prévenir tontes les discussions ultérieures. Fénélon en a donné ies raisons : nous les soumettons au jugement des

, . lecteurs.

m Taurois souhaité <«) pouvoir fkire examiner

* • ^> mon livre par M. de Meaûx; mais quelle appa*

>) rence de lui démander son approbation ^ pen« )> dant que f étois réduit à lui refùSeï^ la mieniie? » D*ailleurs, |e savois, par des voies certaines, »^ Combien il étoit piqué de mon refus , et qu*il ^> éclatoit |>résque ouvertement. 11 disoit à ses W amis particuliers : Est * ce là cette soumîssioli -n que M. de Cambrai m'avoit promise pour réii trisicter toutes ses erreurs »? VI. •■ Quoi qu il en soit , le faU^eux livre de Fénélon ,

blie le livre "iAtltulé : Explication des Maximes des Saints

(ks Maximes '^^j, /^ ^/^ intérieure j fut rendu public, par les

d98 Saints. i • .

sdms peut^tre trop empressés de ses amis, vei*s

(i) Manuscrits.

^ - <>MMpbn$eà4a Relation sur le Quiëtism^.

- :l/IVftE TROISIEME. ! .*»!

la fin >4e janvier. 1697, et parut avArit cdui de JBossuet* ,,

r II est assez curieux de connoître la première ^

impression que produisit le livre de Féi^élot) ^lOLfr Bossuet^ et nous la retcouvons d^ns une lettre

|)artici^lière de SQSSu$t à Tévêque de Chartres^ et que Févéque de Chartres renvoya à M. TrOnsoQ. * « rai vu M. de Paris , j'fii vu M. de Camt»rai , VU. .» et je n'ai rien appri» de nouveau.. Le fcVre fait Boswet I t» grand bruit, et je n'ai pas ouï nommer une per- l'J^téque d« ji sonne qui l'approuve. Les uns disent qu'il Ç4t février 1699. ,» mal décrit ;,les autres , qu'il y a des choses très- CMamwcr.) M hardies.; les autres^ qu'il y en a d'iusoutènables ; ' » les autres , qu'il est écrit avec toute la délica- .^ tesse et toute la précaution imaginables, mais .» que le fonds n'en est pas bon ; les autres, que » dans un temps o^ le fau^ mystique fait tant » de mal, il ne falloit écrire qu^ pour le condam- » ner, et abandonner le vrai my&tique à Dieu^ .3» ceiux-là ajoutent que le vrai est si rs^e et si peu » nécessaire, et que le faux est $i commun et si ' » dangereux qu'on ne peut trop s'y opposer. 'Je ^» souhaite de tout mon coeur que piëu mène tout » à sa gloire. On se pare fort de M.'Tronson, et » je ne sais si ce que vous appelez sagesse eh lui , » n'est pas un trop grand ménagement ».

L'opinion publique ne tarda pas à^se prononcer L'opinion

aa HISTOIRE DE FÉNÉLOlfy

pabliqae se contre le livre des Maximes des Saints avec une contre cet véhémcnce qui dut singulièrement étonner- Féouvrage. itélon. Sa seule consolation dut être.le témoignage quilpouvoit se, rendre de n'avoir rien négligé pour préserver l'exposition de ses seiitimens de toute atteinte à la pureté de la doctrine et de la morale.

^^ Ce fut alors que Louis XIV fut instruit pour la

en est ins- première fois de la diversité d*opinions qui esistruitparBos- i^jt entre les-é^ques les plus recommandables de sa Cour (0; car tels etoient ces hommeS estimables, qu'au milieu même de leurs controverses , ils s'étoient attachés depuis trois ans à en dérober lesecret à la connoissance du public et à Finquié- •tude du souverain. Mais enfin madame de Maintenon crut ne pouvoir dissimuler plus long-temps Téclat fâcheux que faisoit dans le clergé le livre des Maximes d^ Saints:

^- Fénélon n'étoit défendu dans le coeur- de

Jugement

du chance- Louis XIV par aucun sentiment de goût et de

lier d'Agnes- préférence; soit que ce prince « craignît naturelseau sur les * ,

opinions et «». lement y comme le soupçonne le chancelier d'A- » guesseau(3)y les esprits d'un ordre supérieur ^

les vues de Fénélon.

(>) Jl paroit que ce fat M. de Pontchartrain qui parla le premier au Roi des rumeurs que le livre de Farchevéque de. Cambrai excitoit d^ns le public.

(>) Mémoires dn cbancelier d^Agaesseaa, tom. xiii, p. 171*

LIVnS TROISlkMB» 2l3

% soit qu'une certaine singularité^ et quelque chose » d'extraordinaire (que ce magistrat seplaît à sup^ 9. poser dans le caractère et dans les manières de 9 Fënélon ) n'eût pas plu au Roi ^ dont le goût se • 3» portoitde lui-même. au simple et à l'uni; soit ji enfin que Fénélon. voulant paroître.se.renfer- » mer dans ses fonctions , eût évité , par une poli«* s tique profonde^ de s'insinuer dans la familiar » rite du Roi y ou. qu'il eût désespéré peut-être » d'y réussir , il. est au moins bien certain que m Louis Xiy n'a jamais. paru le goûter, et qu'A » n'eut aucune peine à le sacrifier ».

Avecde pareilles dispositions., la prévention de liOuis XIV dut encore s'accroître en voyant Bos^ suet venir bu [demander pardon de ne lui aupir^^ pas révélé plutôt le fanatisme de son confrère (0. Ijouîs XIY n'étoit point obligé d'avoir une opinion sur une question de théologie ; mais un prince aussi religieux, ausâ déclaré contre toutes les nouveautés, devoit être, justement alarmé en voyant un évéque du. rang, de l'âge et de la considération de Bossuet, un évéque qu'il regardoit avec raison comme l'oracle, de l'Eglise de France , se croire forcé par un devoir sacré de venir dénonr cer lui-même celui de ses confrères qu'il avoit

(0 fiëponse à la Relation sar le Qaiétism^. Vie de Frelon,. par Ramsay et le marquis de FéaéloBu

^4 HISTOIRE DE Ï'ÉIIÉLÔII^

))arti jusqu*aIors le plus affectiWiner. Lônis XIY dut natureliement croire le mal encore plus grand^ et Fénéloii encore plus coupable qu'on ne le pré'»tamoit.

Il est mutile d'examiner s'il n'eût pas été plus <:onvenable à Bossuet, comnvs le pénjsoit F^néloa^ de dire simplement a'ù Roi(0 : « Je crois voif dans )» le livre de M. de /Cambrai des choses où il* se » trompe dangereusement^ et auxquelles je crois » qu'il n'a pas &it assez d'attention ; mais il at^ 01 tend des remarques que je lui ai promises. Nou^ » éclaircirons avec une amitié cordiale ce qui '» pourroit nous diviser^ et an ne doit pas crain- -» dre qu'il reftise d'avoir égard à mes remarques , )» si elles sont bien fondées. Un tel discours auroit •M rassuré le Rai^* auroit fait taire tous les criti- >i^queS) auroit arrêté le scandale , et préparé un » éclaircissement nécessaire à Fédification de TE- 3» glise ».

- Ce fat au moment de cette efiervescence , qu^e Fénélon revint à Paris, et il eut lieu de reconnoîlre qu'elle étoit encore ^périeure à l'id^ qu'il avoit pu s'en former. Ses amis les jius dbers pa^ Toissoient eux * mêmes accablés sous le poids de la prévention igénérale* Madame de Maintenon peint cette disposition de tous les esprits^ dans une

(0 Réponse à la RelatkfH sur le Qaiétûme.

LIVKf: TROISIÈME. . ^5

leltre au cardinal [de Noailles (0*. « J'ai vu nos *» Bxnïs (M. de Beauvilliers et Fénélon); nous ^ avons été fort embarrassés les uns des autres. » M. Tarchevéque de Cambrai tne parla un ino^ » ment en particulier; il sait le mauvais effet de V son livre, et le défend par des raisons qui me j» persuadent de plus en plus que Dieu veut huai milier ce grand esprit, qui a peut-être trop :» compté sur ses propres lun^ières. Il me dit* que » le père de la Chaise lui avoit rendu compte » d'une conversation qu'il avoit eue avec le Roi, I) après laquelle il ne pouvoit se dispenser de lui ^ parler» Je tombai d'accord de tout ; mais par » les di^ositioms que je vois dans le Roi , M. de » Cambrai anra peu de satisfaction de cet éclair- 3> cissement* J'ai parlé aussi un ^ipment à M. le » duc de Beauvilliers, qui me montra sa peine du ^ silence du Roi. J'ai fait ce que j'ai pu pour ga- » gtier qu'on veuille le prévenir; mais on ne veut » point, et cette conversation i^e sera pas moins » froide que Fautre. Cette opposition n'a pas été .)> inspirée par moij elle est dans le coeur du Roi . >> . sur toutes les nouveautés ; je vois bien qu'on me • ^ l'imputera ; mais .je vous dois la vérité , Monsei- 3» gneur , et je vous la dis 3 du reste , je suis prête j.^ à faire mon devoir dans une occasion si impor-

(0 Du ai févi7«r 1697. ...

26 HISTOIUE DE FÉNÉLON,

». tante. Je n'ai point vu M. de Meaux, quoique »> j'aie fait quelque diligence pour cela. J'ai pensé » qu'il veut peut-être pouvoir dire qu'il ne m*a » point vue pendant tout ce vacarjtne: on dit qu'il »,est grand».

On a peine à comprendre comment on a pu supposer à Fénélon des vues d'ambition dans l'affaire du quiétisme. On a vu que Louis XIV avoit naturellement peu de goût pour lui. Ses amis les plus chers et les plus dévoués étoient des hommes paisibles, retirés , étrangers à toutes les intrigues. Tous ses moyens d'ambition, s'il en. avoit eu, reposoient sur l'amitié de madame de Maintenon ^ et ^ladame de Maintenon s'étoit ouvertement déclarée contre ses opinions. Les deux hommes (i) qui influoient le plus sur ses sentimens dans ces sortes de matières, étoient encore plus prévenus qu'elle-même contre les idées de spiritualité de Fénélon. Il est donc bien évident, qu'eus'obstinant* à suivre la marche qu'il s'étoit tracée , il alloit directement au but contraire à celui qu'on a voulu lui supposer. Lesennémis mêmes de Fénélon lui accordent un esprit supérieur, et lui attribuent toute l'adresse et toute la souplesse d'un habile courtisan. Gomment peuvent- ils , d'après une pareille opinion, lui prêter des fautes

(0 VéséqvLù de Chartres et le cardiual de Noailles.

tilTEE TROISIÈME. '^ ^f

de conduite dont rhomme le plus médiocre et le plus étranger à la science de la Cour, n auroit lamais pu se rendre coupable ?

On est fâché de voir un homme aussi grave et aussi judicieux, que le chancelier d'Âguesseau paroitre adopter avec trop d'indifférence ces impu* tations indiscrètes. Nous avons ( tome i.% page i4i ) rapporté Téloge brillant qu'il fait dans les Mémoires de la vie de son père y de Fesprit et ^ des talens de Fénélon; mais il le termine en se rendant Finterprète trop docile des adversaires de Farchevéque de Cambrai.

f5 Un naturel si heureux (>2> dit le chancelier H d' Aguesseau en parlant de Fénélon , Ait perj» verti comme celui du premier homme par la Tê voix *d'une^ femme ; et ses talens , sa fortune, sa » réputation méme^ fiu*ent sacrifiés , non à Fillu- D sion des sens, mais à celle de Fesprit. On vit ce >i génie si sublime se borner à devenir le prophète 3>. des mystiques et Foracle* du quiétisme. Ebloui » le premier par Féclat de ses lumières , et éblouis- , » saut ensuite les autres, suppléant au défaut de » science par la beauté de son esprit, fertile en » images, spécieuses, et séduisantes, plutôt qu*en » idées claires et précises, voulant toujours pa- », roitre philosophe ou théologien, et n'étant ja-

(f) CEanes du chancelier d'Aguesseaa, tom. ziu..

98 HISTOIftB DE FÉNlÊLOlT*

S) mais qu^orateur, caractère qu il a conservé dans

^> tous les ouvrages qui sont sortis de sa plume

» jusqu'à la fin de sa vie ; effrayé des excès de

>> Molinos que son cœur détestoit ^ et que la pu-

'» retë de ses mœurs ne desavouoit pas moins}

a mais trompé par la prévention de son esprit y

» qui a voit saisi fortement une fausse idée de per-

.» fectiori^àl forma le dessein hasardeux de con-

» damner les conséquences , sans abandonner le

D principe^ et il osa se donner à lui-même la mi»-

j» sion de purger le quiétisme de tout ce que cette

» secte a voit d'odieiix^ de le renfermer dans ses

» véritables borne^^ defaii^ le personnage d'in*

i> terprète^ et comme de médiateur entre les mys-

yk tiques et les autres théologiens, d'appreiidre

. » aux uns et aux autres la force des -mots dont ils

i) se servoient, et de se rendre par-là comme ar-

» bitre suprême de la dévotion.

» Estril vrai que, voyant le Roi se tourner en-

1» tièrement du côté de la religion, les personnes

» les plus puissantes à la Cour -se conformei*, afu

» moins en apiparence, au goût du souverain, et

m la dévotion devenir Tinslrumeot de la fortune,

i» il ail eu la pensée de joindre la politique à la

•^ mysticité, et de former, par les liens secrets

«d'un langage mystérieux, une puissante ca*

>> baie, à la tête de laquelle il seroit toujours par

» Félévation et rinsinuafion de son esprit , poui* » tenir dans sa main les ressorts de la conscience'^ » et devenir le premier mobile de la Cour, ou dès « le vivant du Roi mime ^ ou du moins après sa -» mort, par le crédit du duc de Bourgogne^ qui 4> avoit on goût infini pour lui? c'est le jugement « que bien des getis en ont porté, et qu'il faut re^ « mettre au souverain scrutateur de Tesprit et » du cœur humain : tout ce que Ton eii peut dire, ja est que , si ce jugement ne semble pas témé*- ^ raire, Farchevéque de Cambrai ne fut pas plus 41 heureux en politique qu'en théologie , puisque » sa doctrine fut condamnée, et sa fortune dé^ n truite par les moyens mêmes qu'il avoit pris •M pour l'élever ».

' Madame de Maintenons bien plus à* portée de connottre Fënélon par l'habitude de ses relations avec lui, et par la finesse de son tact- et de son esprit, en jugeoit bien autrement que le chancelier d'Aguesseau , dans le temps niéme où elle âoit lé plus prévenue contre lui. « Quant au re^ <» tour de M. de Cambrai, écri voit-elle au car* •» dînai dé Noailles (0, il n'y a que Dieu qui » puisse le faire. Il croit soutenu là religion en » esprit et en vérité; s'il n'étoit pa9«trompé, il ■» pofurroit revenir par des raisons d'intérêt^ je le

^ (!) i3 juillçt 1697.

3o HISTOIRE DB FÉNÉLON^

» crois prévenu de bonne foi : il n'y a donc pluis }^ d'espérance »«

On pourroit être* étonné de l'espèce de sévérité avec laquelle le chancelier d'Agnesseau juge -les pensées les plus secrètes de Fénélon, si ce respectable magistrat n'eût pas révélé lui-même , sans s'en apercevoir y les motifs de* cette dispositîop* Tel est au moibs l'avantage que l'on peut recueillir des préventions ' des hoitnmes sincères et vertueux ; n'étant point inspirés par un sentiment d'envie ou d'intérêt , ils ne cherchent point à voiler avec art leurs motifs secrets; ils les laissent pénétrer avec candeur, et ils offrent par leur sincérité même le moyen de ce prémunir contre l'autorité que leur vertu donneroit à leur témoignage. Ce fut uniquement la piété filiale qui dicta au chancelier d'Aguesseau quelques-uns de ces jugemens, dont nous ne craindrions pas d'appeler à son équité naturelle. Il a eu soin de nous y inviter, pour ainsi dire, en déposant dans ses mémoires les griefs que son père croyoit avoir contre le duc de Beauvilliers, ami si déclaré de Fénélon. M. d' Aguesseau père étoit persuadé que M. de Beauvilliers a voit contribué à l'écarter de la place dé^chancelier de Fîance, et il étoit dif« 'ficile qu'un fils aussi tendre, et pénétré d'un respect si religieux pour son père, ne conservât pas

LIT&C TROISIÈME. 3l

un peu d'âoignemçnt pour M. de Beayvilliers et ses amis. Ce sentiment , dont le chancelier d'A* guesseau ne se rendoit peut-être pas compte à lui-même , a influé d une manière plus ou moins sensible sur ce qui a pu lui échapper contre M. de BeauvillierSy Fénélon, Tévéque de Chartres, Saint* Sulpice, et contre tout ce qui tenpit à cette partie de la Cour et du clergé. U y a d'ailleurs une observation générale à'faire sur tous les mémoires écrits à cette époque. Les maUieureuses divisions qui existoient au sujet des affaires de la religion, toujoui*s mêlées alors aux affaires du gouvernement y avoient partagé presque tous les hommes de mérite en deux classes : les élèves des jésuites , et ceux de Port-Royal. Les amis et les ennemis de /:es deux écoles /ceux même d'entre eux qui se rendoient mutuellement justice sur tout ce qui appartient à la vertu et à Thonneur, n étoient pas toujours exempts de cette sorte de prévention qu'on puise nécessairement à l'école de ses premiers instituteurs. L'éducation du chancelier d'Aguesseau étoit l'ouvrage des amis de Port -Royal , et Fénélon devoit la sienne à Saint-Sulpice, plus attaché aux jésuites. A cette époque y les principes de l'instruction qu'on avoit reçue dans sa jeunesse y décidoient assez ordinairement l'opinion à laquelle on se conformoit le reste de sa vie sur

%% HISTOIRE DE FÉHÉLONy

les questiQns théologiqaes ; et malheureusement ks opinions sur les personnes prenoient la teinte des opinions Sur la doctrine. On est assez disposé à être sévère pour ceux qui ne pensent pas comme nous f et indulgent pour ceux qui pr(^essent nos principes (0.

Nous aurons plus d'une occasion de reconnottre la justesse de cette obsefvation dans la suite de l'histoire de Pénélon. Cependant on doit convenir que les nombreuses réclamations qui s'élevèrent dès le premier moment contre son livre des Maximes dei Saints, ne parurent tenir à aucun espri€ de parti. Ses amis les plus cliers et les plus estimables, ceux même qui pensoient comme lui sur d'autres points , ne craignirent pas de lui montrer avec sincérité leur chagrin

iS) . Si Pexpërience ne nous montroit fréquemment combien ce que Ton appelle Topinion publique est facile à s'exalter sur lés questions les moins accessibles à rintelligence du plus gran4 nombre des hommes, on ponrroit s^étonaer encore aujourd'hui de r^fpéce de chaleur nvec laquelle les courtisans et les gens du monde prirent parti dans une controverse si abstraite et si étrangère à leurs idées habituelles. Il n'y eut pas jusqu'au célèbre La Bruyère qui ne se crût obligé d*écdlre sur une question de théologie; il aroît composé des Dialogue* ^ur lé quiéUsrru^ qui ne parurent qu'après s» morti par les soins de Tabbé Du* pin, La Bruyère devpit à Bossuet sa place chez. M. le prince de Condé; et une [uste admiration, réunie à la reconnoissance, ne lui permettoit pas d'hésiter entre Bossuet et Fénélon.

et

a8 féY. 1697.

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