‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux;Chapitre 14 sur 56 · LIVRE TEOÏSlkME · texte numérisé non relu

LIVRE TEOÏSlkME

Roi (Oy et après avoir fait mettre isoas les yeux de ce prince, par le 'duc de Beauvilliers^ lé modèle de la lettre qu'il se proposoit d'écrire à SaSain-* teté.

Cette démarche y qui paroissoit devoir saisir le saint Siège du jugement de toute Faliaire, n*avoit point ralenti Factivité de Bossuet.

Il semble que Fénélon ayant porté à Rome la décision de tous les points dé cette controverse ^ avec le consentement et l'approbation du Roi ; ayant en même temps pris rengagement formel de se soumettre au jugement qui interviendroit ^ auroit pu se dispenser de répondre à totttes les

interpellations de Bossuet. H auroit évité par cette

méthode, des discussions personnelles, dont on sut profiter pour achever de le perdre entièrement^ dans Fesprit du Roi et de madame de Maintenon. Il est vraisemblable que par cette conduite cir* conspecte et mesurée , il serohr parvenu à n^avoif pour adversaire déclaré que Btrs^uet seul, et à Visoler du cardinal de Kioaine^ et de FévAjue de Chartres, qui auroient attendu avec respect et en silence le jugement ou Pape.

Mais un dérir estiniable dé conciliation , et la conviction pleine et entière où étôit Fénélon,

(*) Noos ayoïiff la lettre manoscrlte qui porte cette autori- (Mtioa.

44 HISTOIRE DE FÉVÉLON^ '

qu'il lui snffiroit d'expliquer à ses collègues ses véritables sentimens^ pour calmer . leurs iaquiétudes, lui persuadèrent qu'il parviendroit à un but si désirable , en soumettant encore son livre à l'examen des théologiens les plus exacts et les plus éclairés. Ce fut cette disposition qu'il crut devoir communiquer à Louis XIY dans une lettre Xiv. du 1 1 mai 1697 (0. « Il y a trois mois et demi , y

Fcnéloii

écrit à Louis ^ disoit Féuélou y que M. de Meaux me fait at-

^^* ^ tendre ses remarques; il m'avoit fait promettre

S) qu'il ne les montreroit qu'à moi, et tout au plus

yy k MM. de Paris et de Chartres. Cependant il

/ » les a communiquées à diverses autres personnes :

» pour moi, je , n'ai pu jusqu'ici les obtenir ».

Dans le moment même où Fénélon écrivoit cette lettre au Roi, il se passoit une scène à Saint- Cyr , qui dut le confirmer de plus en plus dans l'idée' qu'on étoit parvenu à le décréditer entiè* rement dans l'esprit du Roi et de madame de Main tenon. On renvoya de ce monastère trois des On renvoie religieuses qu'on soupçonnoit être les plus att^r de Sainfc-Cyr ^^g ^ ges maximcs. Louis XIV, pour manifester

trois rebgien- ^^ ' *

ses. hautement son opposition à toutes les nouveautés,

se rendit lui-même à Saint-Cy r, et déclara devant toute la communauté assemblée, qu'il ne soufTri*

(*) On trouvera cettre lettre aux Pièces, justificatives àvi livre troisième, n.^UL

t.iV]iB rrâoisiÈHK. 4^

roit jamais qu*elles entrassent dans cette maison. II ^exprima même d*une manière qui montra jus-^ qu*à quel point il ëtoit prévenu et indisposé contre Biadame Guyon et ses partisans.

Parmi ces religieuses , étoit madame de la Mai* sonfbrty dont nous avons déjà parlé, et pour qui madame de Maintenon avoit eu long-temps une prédilection si particulière. On lui laissa la liberté de choisir le diocèse où elle préféreroit de se retirer^ elle demanda et obtint d'être placée à Meaux^ sous la direction de Bossuet. On a vu qu^elle avoit déjà eu une correspondance assez suivie avec lui. Elle lient qu'à se louer, sous tous les rapports, de l'intérêt tendre et paternel, de l'indulgence et du zèle qu'il mit à adoucir ses peines. Nous avons un manuscrit de madame de la Maisohfort , où l'on voit qu'après la mort de Bossuet, Fénélon avoit désiré d'être instruit en détail de toute la conduite de ce prélat en cette circonstance ; et. c'est à Fénélôn lui-même |[ue madame de la Mai* sonfort en adresse le récit ; ainsi ce témoignage ne peut pas être suspect. On y voit les détails les plus touchans de la bonté assidue avec laquelle Bossuet s^an'achoit à ses études et à ses .occupations de tous les genres, pour répandre des consolations dans le cœur d'une simple religieuse malheureuse et affligée. Elle rapporte que Bossuet lui di^oit :

46 HISTOIRE DB FÉNÉLOlTy

fc C'est la gi^ande mode de trouver beaucoup d*é9» » prit à M. de Cambrai ; on^ a raison ; il brille » d'esprit, il est tout esprit; il en a bien plus » que moi ». Mais ce qu'il y a d'assez remarquar^ ble y c'est que dans ses pratiques de piété, et dans la direction de sa conscience, Bossuet ne changea rien absolument à la méthode que Fénélon lui ayoit prescrite.

XYi. Dans le temps même oii on renvoyoit de Saint*

Tilii rs est ^^^ ^^^ religieuses soupçonnées d'être trop pré* menacé de venues pour la doctrine de Fénélon, le plus cher, pkce? ^ ^^ P^"^ respectable de ses amis étoit exposé à un violent orage ; la correspondance de madame de Maintenon avec le cardinal de Noailles ne per* met pas de douter qu'elle n'eût alors le projet de faire renvoyer M. de Beauvilliers. Une lettre de M. de BeauvilUers à M. Tronson ne laisse auxvn. cune incertitude à cet égard. Il lui écrivoit : « On Lettre de j^ cherche, Mousiem*, à me faire chasser d'ici ^ et

M. de Beau- ^ i i •

yilliera à M. » OU y parviendra si m^ame de Maintenon con* Tronson, i5 ^ ^inue dans l'opposition où elle est pour moi.

avril 1097. ■^^ ^ *

(ManuBcr.) » Je ne sens rien qui la mérite, et je crois que » Dieu demande de moi que je ne sorte point 3» de l'état o& il m'a mis , sans avoir fait de ma » part ce qui se peut. Jç vous prie^ Monsieur, 9 d'engager M. l'évéque de Chartres, à se trouver » au séminaire mercredi 1 7 de ce mois , à quatre

39 heures après midi ; je m'y rendrai , et Fentre- » tiendrai une heure à cœur ouvert , ou devant >i vous y ou seul 9 comme il Taimera mieux. On ne » peut être à vous. Monsieur^ plus tendrement , ]} ni plus absolument que f y suis.

» Le duc ]>E BsArYILLIERS.

» p. S. Jamais intrigue de Cour n*a été plus » étendue , ni plus forte contre un particulier » que celle qui est contre moi. On ne va pas >» moins qu'à dire qu'il est terrible de voir les » princes entre les mains de gens d'une religion » nouvelle ».

Cette lettre accabla de douleur M. Tronson , moins encore peut-être pour Fintérét personnel de M. de Beauvilliers, auquel il étoit si tendre* ment dévoué, que pom* celui de la Religion même, dont M. de Beauvilliers ofTroit à la Cour le plus respectable modèle. M. Tronson lui répondit (0 : ic Que dans Tétat oh étoient les choses, et dans » les suites fâcheuses qui étoient à craindre , s'il » ne s'agissoit, pour les prévenir, que de cou- » damner les erreurs que les éyéques avoient » condamnées dans les livres de^madame Guy on,

» qu'il ne croyoit pas que ni lui, ni M. Fa^^che-

» vêque de Cambrai en dussent faire aucune dif*

(0 x6 a?ril 1697. (Maniucrit )

48 HI4TOIKE DE FÉnÉLOKy

» ficulté} qa'ils ne.poavoient pas mémey en cona» science 9 refuser de faire cette démarche , qui » paroissoit nécessaire poar giiérir les soupçons » que le public avoit formés i>. /

M. de Beauvilliei's se conforma au sage couseli de M. Tronson , et écrivit à madame de Maintenon une lettre qui se renfermoit absolument dans le sens qui lui étoit tracé (<)»

U ne dépendit pas de M. Tronsc^ que Fénélon ne suivit une marche aussi précautionnée ; il lui écrivit en même temps , et dans le même esprit quà M. de Beauvilliers C^), et il ajoutoit : ce Je » prends trop de part à vos véritables intérêts, » pour ne pas vous proposer le seul moyen qui » me paroît capable de remédier à tous les maux » que Ton craint» M. Févéque de Chartres a vu » votre lettre (au Pape) ; quoiqu'il approuve fort » votre soumission au Pape, lui et moi aurions » souhaité^ pour Tamitié que nous avons pour » vous, et même cru nécessaire pour le bien de » la paix, qu'elle fût accompagnée d'un désaveu, » ou d'une explication des choses qu'on trouve » à redire dans votre livre ».

Le cardinal de Noailles étoit toujours porté, par son caractère , aux voies de douceur et de conciliation ^ d'ailleurs, sa position étoit devenue

(0 Mmiitfcrils. — C») Idem,

délicate

LIVEE TROISIEME. 4^

délicate et difficile. U avoit approuvé le livre de Fénélon^ il Tavpit jugé correct et utile; il étoit au moins certain qu il n'y ^voit pas observé les erreurs monstrueuses que Bossuet reprochoit à cet ouvrage, puisqu après lavoir lu ^ Tavoir gardé pendant trois. semaines, après avoir indiqué et obtenu tous les changemens qui lui avoient sem-^ blé nécessaires, il en avoit autorisé l'impression , en désirant seulement qu il ne parût qu'après, celui de Bossuet : c'est ce qui lui faisoit souhaiter vivement de prévenir le scandale d'une controverse publique. U écrivoit à Fénélon : « Je ne XVm. » vous dis pas de vous livrer entièrement à M. de cardinal de » Meaux, mais seulement de faire usage de ses NgaiUesàFé- » remarques. Je ferai , tant que je pourrai, le per- » sonnage de médiateur ; mais il faut que vous » m'aidies^ pour cela , et que vous en fassiez plus » que dans un.autre temps, parce que vous n'a- » vez pas présentement afiaire seulement à M. de » Meaux, mais au public, mais à une foule in- » concevable dé docteurs, :de prêtres, de reli<j> gieuxet de gens de toute espèce de condition ». . Fénélon ne demandoit pas mieux que de se réformer sur les remaraues de Bossuet, û' elles lui pa^oissoient fondées^ mais Bossuet différoit toujours de les lui. communiquer; il Vouloit le forcer à une véritable rétractation.

Féjxélon. Tom. n. 4

5o mSTOXRB DE FÉNÉLON^

Cëtoit pour y parvenir qu'il avoit propose au cardinal de Noailles et à Tévéque de Chartres de s^assembler tous les trois pour examiner le livre de Fénëlon, en extraire les propositions dignes de censure, et attacher à chacune des propositions les qualifications dont elle étoit susceptible^ Ce ne fut que lorsque cet examen et cette es-* pèce de jugement eût été arrêté et conclu entre les trois prélats , dans leurs assemblées particulières, qu'on invita Fénélpn à s'y réunir^, en leur donnant le nom de simples conférences (0.

Sa poâtion devenoit chaque jour plus difficile. En refusant de se rendre à l'invitation de ses collègues y il achevoit de se perdre dans l'esprit du Roi et de madame de Maintenon. D'un autre côté, ilnepouvoit reconnoître pour juges d'un livre qu'il avoit déjà soumis au jugement du Pape, leur supérieur commun, des collègues à qui ni les lois canoniques et civiles, ni la discipline ecclésiastique établie en France , ne dônnoient aucune juridiction sur lui. Mais au lieu de s'en tenir à cette défense générale, .il s'abandonna trop facilement au désir et à l'espérance d'ex- ' pliquer ou de justifier ce qui pouvoit paroîtrê obscur ou équivoque dans son livre.

(0 Voyez les lettrei de Bossnet k son neveu » des i5, aà^ 39 avril et 16 mai -1697, tom. xiii des CEuvres de Bossnet {Edi' tion de d^m D{fi)ri4' )

lltEÈ TROISIÈME. 5l

Il avQÎt d^à donné ^ daii(^ sa lettre au Pape, ^elques explication» sur les principales dtffi* Cultes quon lui avoit opposées^ U a^it écrit k Bossuet lui-même ; il lui rappeloit tout c6 qui s'étoit passé à l'époque des. conférences dlssy, les raisons de convenance personnelle , qui ne lui avoient pas permis d'approuver son Instruc-^ tion sur les Etats d'oraison^ et la loi qu'on lui avoit imposée de faire connottre au public ses véritables sentimens sur les jpoints controversés* II finissoit sa lettre à Bossuet, en ces termes: K Vous pouvez voir, Monseigneur, que je ne suis Lettre de » capable ni de duplicité, ni de politique timide : j^^^^^on à » quoique je crai^e plus que la mort tout ce » qui ressent la hauteur ^ j'espère que Dieu ne » m'abandonnera fùs, et qu'en gardatit les règles )i d'humilité . et de patience avec celles de fer- » metéy je ne ferai rien de foible ni de bas. Ju- » gez par-là dé ma sincérité dans les assurances )» que je vous donne ; c'est à Vous à régler la ma'* » nière dont nous vivrons ensemble : celle qui M me doxmera les moyens de vous voir, de vous » écouter, devons consufter, et de vous respecter » autant que jamais , est la plus conforme à mes )» souhaits et à mes inclinations ».

Fénélon s'étoit flatté de ramener plus facile* ment l'évêque de Chartres ; il savoit que ce pré-

5a HISTOIRE DE FÉNÉLÔN^

lat ne partageoit pas tbutes les opinions d# Bossnet sur le fond même de cette controverse. Mais Yë" fêqne de Chartres croyoît que-Fénélon , en exaltant la cbaritéy avoit trop affoibli Fespérance. Ce fut sur oe point qu'il chercha à rassurer ce prélat par une lettre dont il parut d'abord assez satisfeit» Il aUa plus loin ; il s'engagea à donner une pou^ veUe édition de son livre, dans laquelle il ajou^^ teroit.des explications' encore plus détaillées. Mais Févéque de Chartres pensoit qu'un désaveu pur et simple , de sa part , étoit nécessaire dans TLX. les <;irconstances. « Les ^orts ^e j'ai faits , mon révêaue de " ^®^ prélat, écrivoit-fl à Fénélon, pcnir obte- Chartres à » nir Je VOUS cc quc f avois l'honneur de vous mW 1697. ^ d^^^ mer, n ont point été un enort de mon » envie '^de Vaincre.... Le crédit que votre livre » donne, contre vôtre intention, au quiétisme » de nos jours, m'effraie et m'afflige plus que je » ne puis vous dire. Les Quiéttstes iront plus loijp, » malgré vos expressions et vos exceptions les » plus formelles; ils sauront bien tirer de votre 9 livre d'éti*anges conséquences, et celles même » que votre piété a rejetées avec horreur. Si vous » soutenez ce livre par des explications , on le >i tiendra bon, utile , sain dans la doctrine; on le » réimprimera; on accusera de peu d'intelli- » gence 4)u de mauvaise intention tous ceux qui

filTllE- TfttOISràME. 53

» le condamneront. Ainsi, il aura «cours; les en*!- » nemis de la véritë en triompheront ; ils feront » par4à des dommages infinis. Pardonnez à ma a> tendresse, elle est toujours avec mon respect s> ordinaire^ et sans intérêt »..

Dependantreveqite.de Chartres avoit- souvent de la peine à se défendre de la candeur avec la* quelle Fénélon se prêtoità tontes Les explications qu'on pouvoit désirer/ de lui. Toutes les fois qu'H ' discutoit avec Fénélon , il pevienoit k< Fénélon ; mais soft extrême prévention contre madame Guy on, et l'ascendant de Bossuet, le repion* geoient bientôt dans de nouvelles incertitudes.

Fénélon paroissoit encore plusredouter les-varriations de Févéque de Chartres que* toute ta véhémence de Bossuet. On peut juger combien U lui étoit difficile d'arriver à un résultat satisfais sant dans une discussion où il avoit à combattre Bossuet, qui se refusoit à toute explication; Févéque de Chartres , qui consentoit à des explications, mais qui ne pouvoit se fi^er entièrement sur celles qu'il jugeoit nécessaires ; et le cardinal de Noailles, qui redoutoit par timidité toutes liji discussions, et que sa timidité même ramenoit aux discussions, parce qu'il lui étoit impossible de résister à Bossuet. Nous avons la minute originale d'une lettre de Fénélon , qui peut donner

54 HISTOinE DE FÉNÉLONy

une idée de la sitaatiqn pénible où il se trouvoit

an milieu de toutes ces contradictions dans les

caractères ^ souvent plus difficiles à concilielr que

le& contradictions mêmes dans les choses.

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