‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux;Chapitre 15 sur 56 · XXI. a Je vous envoie, Monsieur, une lettre (faé · texte numérisé non relu

XXI. a Je vous envoie, Monsieur, une lettre (faé

Fénclon àM. ^ ^^^* pftiivez montrer à M. l'évéque de Chartres,

Hébert, curé » gi M. de Beauvilliers et M, Trônson le jugent à

deVersailIes. .

(Manu4cr.) * propos^ Je ne puis être en peme que de sa 9 fermeté à demeurar dans un même projet! Je s Tai vu si sonyent changer, que je ne peux plu$ 3» m'arréter à' ses propositions. Il n*a tenu qu*à » lui, depuis six mois, que nous ne fissions dèa » le premier jour , sans scandale , ce qu'il propose Il tnaintetiant ; et après Tavoir souvent proposé ,, ^ il Fa -Ihdjèté toutes les fois qu*il a été question 9 de conclure. On ne fait que me tâter pour m*en- » tratner peu à peu ^ et pour in*engager vers les » autres, sans engager jamais les autres vers moi, » D'ailleurs, je ne connois plus M. de Chartres s « il n'hésite jamais, il ne doute de rien; il ne 9 défère plus à ses anciens amis, qui avoient au^r » trefois toute sa confiance. Il me paroit réservé, > mystérieux , livré à des conseils qui l'aigrissent, n qui le remplissent de défiance, et qui lui font » rejeter tous les tempérainens raisonnables, afiii » qu'il me^jette dans les dernières extrémités. S41 » vouloit bien prendre M. Tropson pour notre

IrlVRE TI10I31EMS. 5S

» véritable et secret médiateur, nous ne. serions y» bientôt I lui et moi, qu*un cœur et une ame. » Pour mon cœur, il est encore tout entier à son » égard y ^t je me sentirois dès demain plus tendre 3» et plus ouvert pour lui que je ne l'ai jamais été* 0» Four M. de Meaux, je'^ne isaurois m'y fier : il » n*y auroit à le fyire ni bienséance | ni sûreté ; » mais je n'ai aucun fiel, et, le lendemain que 9 l'afiiadre seroit finie, je ferois toutes lés avancea ^ les pins honnêtes pour bien vivre avec lui y e% » pour édifier le public »•

Bossuet, à peu près assuré du concours de Févéque de Chartres^ ne se pressoit point <Fen-* voyer à Fénélon ces remanfues promises depuk si long - temps. Il savoit qu'elles dévoient entrer dans f epiamen qiie l'on devoit faire du livre ^ des Maximes-, et que le cardinal de Noailles^ Ikl. Tronson et M. Pirot seroient seuls admis à cet examen. "Car Fénélon avbit établi pour première condition l'exclusion de Bôssuet. « Le cardinal xxn. » de Noailles et le Roi lui-même avoient paru en j^^^ ^^ )» sentir la justice et la ponvenance. Elle ne venoit cardinal de M pas y ajoutoit Fénélon , d'aucun ressentiment ^ (Manusicr.) » mais de la fâcheuse Nécessité où il l'avoit réduit M de n'avoir plus rien à traiter avec lui, après la v conduite qu'il avoit tenue à son égard depuia )) plusieurs années »«

56 HISTOIRE DE FÈTHÈLOJty

Mais Bossuety comme on Fa vu, avoit trouvé le moyen de se rendre maître de eet examen mal-* Jbid. gi^ Fënëlon. <c II avoit d'abord annoncé qu'il ne » communiqueroit ses remarques qn'à Fénélon » comme à un ami; ensuite , il ajouta qu'il » les mohtreroit au cardinal de Noailles et à » l'évéque de Chartres; et il ;e servit de œ pre* »: texte pour former insensiblement ces assem* » blées (dont nous avons parle ) ^ que le cardinal » cinit devoir laisser tenir pour avoir égard à la » nécessité du temps ^ et qui finirent par donner » une étrange scène au public »»

Il en résulta que Fénélon*, qui devoit d'abord avoir seul coimoissance des remarques de Bossuet ^ fut le seul à qui iln^en donna point de communication y et que celui que Fénélon avoit exclus de Vexamen dé son livre, l'en avoit lui-même exclus* : Mais lorsque - Bossuet eut observé que cette forme de prononcer sur la doctrine , pouVoit blesser tout le corps épiscopal, il proposa d'inviter Fénélon à assister luiHOQiême à ces assemblées, auxquelles on afiècta de donner le nom de conférences. Mais ce ne fut ^ comme on le voit par sa correspondance avec son neveu (0, que lorsque les tt^is prélats eurent arrêté leur fugement sur les

(0 Vôtres tome suii , édition des Œayres de Bossuet , de dom Défons.

ffropasidons dignes de censure j sur les ^uaUficadons précises qu'elles dévoient recevoir , et sur la siOisfaction que Fénélon devoit à rEgUse par une rétractation formelle. H est donc assez sensible que Fénëlon n'avoit é%é invité à ces conférences., que pour être interrogé sur son livre par des prélats dont Topinion étoit déjà arrêtée; qui n*avoient aucune juridiction sur lui, et qui prétendpient le soumettre à leur censure. On ne peut en efièt en douter, en lisant le mémoire que Bossuet remit an cardinal de Noaillés pour être communiqué à Fénélon. Nous avons la copie originale de ce mémoire, avec des additions et des corrections de la main de Bossuet. H faut convenir, en le lisant, quUl n*étoit pas propre à disposer Fénélon à reconnottre Bossuet pour son juge, quand même il y eût été aussi porté qu'il en étoit éloigné. «

Bossuet y articuloit en termes formels (0, a que » les trois prélats étoient indispensablement pbli- » gés de parler, à moins de vouloir que toute TE* » glise ne leur imputât cette mauvaise doctrine » (celle du livre de Fénélon), et de se déclarer » préi^aricaieurs de leur ministère; que sans cela p » ils seroient exposés à être enveloppés dans la 3» condamnation d'un livre qui a scandalisé toute

(0 Mémoire de Boasuet contre le livre de FénâoiK

58 HISTOIRE DE FÉHÉLOITy .

» l'Eglise... Qae c'est par cette raison qu'ils ont n rédigé par écrit les propositions qu'ils ont jugées » dignes de censure. ( Bossuet les portoit à qna-* » rante-huity et il les représentoit en grande par- ]> tie comme autant d'erreurs dans la foi; et un » très-grand nombre d'autres comme contraires M à la foi, induisant tout le çuiétisme, des choses » ahondnahles, des conséifuences affreuses, désa- » vouées à la vérité par Fauteur, mais dont il po^- » soit le principe : qu'on ne pou voit donc paUier )> une doctrine nuau^aise par elle-même, odieuse, » inexcusable, et çuifoisoit horreur). U finissoit » par accuser Fénélon, d'avoir 51^05^^ tronqué j, » altéré, probablement sans mauvais deisseifti , et » pris à contre-sens plus de dix ou douze passa- » ges de saint François de Sales , et il concluoit V que tout le livre des Maximeà n'éloit, depuis » le commencement jusçu^à la fin, quune apo^ » logie cachée du quiéUsme (>) ».

Toutes les protestations de tendresse que Bos« suet méloit à ce langage si véhément, achevèrent d'aigrir Fénéton, parce qu'il croyoit y apercevoir un défaut de sincérité , dont la franchise de son caractère s'indignoit. « Il dons est dur, disoit Bos^ » suet(3},de^arler ainsi du cAer auteu/^àlui-mémey

(>) Voyez les Pièces justificatives da livre troisième, il* IY. (*) Mëmoire de Bossuet eouire le livrp de Fanékm.

LIVIIE TROISIÈME* S9

ià d'un ami si accoutumé à entendre ma voix,

» comme f étais de ma part si occoutHfné à en-*

3t> tendre la sienne. I>ieif , sous les yeux de' qui

3i jVcris y sait avec quel gémissement )e lui ai porte

» ma triste plainte sur ce çn^n emii de tant

» d'années me juge indigne de traiter avec lui^

» moi gui n^ai jamais éle$^ ma wix contre lui

t d^un demi-ton seulement..,»'. Timpute seulement

» à mes péchés réloignement qu*nn tel ami a

)» marqué de moi ; un ami de toute la me, un

» cher auteur j Dieu le sait:, que je porte dans

» mes entrailles ». , •

- Quant au refus d^admettre les explioations que Fénélon prétendoit donner, Bossuet disoit (0 qu'elles n'étaient pM recembles , parce quelles n'étaient pas sinchres. »

Fénélon a fait connottre lui-même les motifs xxm. qui ne lui avoient pas permis d accepter les con- ^^^ ^^ ^q^, férences proposées par Bossuet. ^«"' ®^«^

«c Ces conférences W anroient renverse le pro- » )et d'examen arrêté avec le cardinal de Noailles, ^ et dont le Roi avoit agréé le plan ; elles Tau* 9 roient rejeté entre les mains de M. de Meaux, 9 qui joi^noit à toutes ses andénnes préventions 9 une nouvelle hauteut depuis les éclats qui

(0 Mémoire de Bossuet contre le livre de Fénélon. (*) Réponse à la Relation sur le quiétisme.

Ço HISTOIKE DE FÉnÉLON^

>; étoient arrivas; D'ailleurs, obsérvoit Fénélon , » s'agissoit-il de conférences où M. de Meaux se 9 fût borné à me proposer douteusement ses dif* » ûcnhêè f en se m^ant de ses pensées contre » mon livre? Non : il déclaroit dès-lors, et il Ta » déclaré encore plus solennellement depuis (0, » que lui et ses collègues ne mettoient point en 3» question la fausseté de la doctrine (de Féné* )» Ion ) , qu'ils la tênoientdéterminément mauvaise » et insoutenable; qu'ainsi, supposé qu'il persistât » invinciblement à ne vouloir pas se dédire , il » n'y avoit de salut pour eux qu'à déclarer leur » sentiment à toute la terre ».

<c Bien n'est plus clair que ces paroles, obser-* » voit Fénélon (2), il ne vouloit m'attii'erdans las- » semblée que pour décider j pour parler au nom 9» de l'Eglise, pour m,e faire dédire. Quoi ! ne pou* » voit-il pas craindre de se tromper en me con- » damnant? Non. On ne mettoit pas en question » que je ne fusse dans l'erreur, et que je ne dusse M me dédire. Devois-je tenter ces conférences, ou » plutôt subir la correction de ce tribunal? Dans » la situation où j'étois , me convenoit^l d'aller » faire une scène sujette à diverses explications, » sur lesquelles M« de Meaux auroit été cru? S'il

(■) Relation sur le quiétume, par Bossueu (*) Rëponse à la Relation rar le quiéUsme.

LIVAE tHOISlÈim^ 6l

» a cite si mal les passages de mes écrits impri- 31 mes, qui sont sous les yeiix du public; s^il a 31 expliiqué tant de fois mes paroles dans un sens 3» si contraire au mien ; s'il n- a pu se modérer » dans des écrits qui doivent être lus de toute » l'Eglise, que n'auroit<-il pas fait dans ces confé-* » renées particulières, où ilauroit pu s^bandon- » ner librement à sa vivacité et à sa prévention » ? Fénélon ne poùvoit pas être soupçonné d'éluder des conférences par crainte, par embarras, par <léfaut de taletis , de moyens ou de génie pour la discussion. Il a bien su prouver, par toutes les défenses qu'il a publiées dans le cours de ce grand procès, ^ue des conférences ne dévoient pas Vembarrasser. C'est lui-même qui en a fait l'observation, et il avoit acquis le droit de s'exprimer avec cette noble confiance.

Mais on étoit parvenu à persuader à madame de Maintenon qu'il étoit indispensable que Bossuet assistât à ces conférences, et elle en donnoit à madame de la Maisoiifort, avant son expulsion de Saint -Cyr, une raison assez honorable pour Fénélon. « Admettre M. de Paris et M. de Char- 3> très à ces conférences, disoit-elle, et en^excluré » M. de Meaux, c'est ne riei» faire; parce que, » quand il arriveroit que M. de Cambrai amenât » les deux premiers à son sentiment, on en con-

6*1 BlStOIBE DÉ F'É^AÉLOH^

» duroit que c esl par la snpéjrioiité de soii gënie t ^ » an lieu que, si M. de Meaux se rangeoit da côt^ » de M. de Cambrai; on ne douterait plus que ce » prâat n'eût la vérité pour lui , M. de Meaux » étant le plus grand théologien qu il y eût , et » M. de Cambrai le plus bel esprit »*

« Mais*, disoit Bossuét, pourquoi M. de Cam-^ » brai veut-il me séparer de rarchevêque^de Paris » et de révêque de Chartres , qu'il consent à *» prendre pour examinateurs ? Pourquoi 7 repli- » quoit Fénélon (0, parce qu'ils ne veulent pas^ » conune M. de Meaux , m'arradier une rétrac- » tation sous un titre plus spécieux; parce qu'ils s> ne m'ont point tendu de pièges pour me réduire » à approuver leurs livres; parce qu'il ne me a> revient point qu'ils parlent de moi à.Ieurs amis » comme à'tm fanatique, comme d'un esprit ma*» » lade qu'on veut guérir; parce que, loin d'être » blessés de mon refus pour l'approbation du livre » de M. de Meaux, ils ont cru mes raisons con- » cluantes pour ne le pas approuver ».

Cependant Fénélon fatsoit observer au cardinal de Noailles « qu'il n'y avoit point de particulier » à qui on refusât la liberté de s'«xpUquer, et » qu'il étoit étonnant qu'on la refusât à un évéf> )> que; qu'on auroit dû au contraire l'y inviter ^

(*) Réponse à la Relation sur le quétûme*

LIVUE TROISIEME* 63 '

» Yen prier, au lieu de s'y opposer » : et il rappelle à ce sujet un trait remarquable* « PàUas^icini, » dit-il y a écrit dans son Histoire du Concile de » Trente, que le cardinal Cajetan fut universel-* » lement blâmé à Kome de n'avoir pas voulu re» » cevoir Y Explication de Ixoher, et de lui avoir » demandé une rétrmctaiion. Quand même je » serois aussi hérétique que je suis catbolique » zélé pour la foi, on devroit en conscience sup<^ » porter une mauvaise honte, «t se xx)ntenter » d'une explication ». •

Le cardinal de Noailles et Tévéque de Chartres paroissoient sentir la force de toutes ces considérations; ils en étoient quelquefois ébranlés; mais ils étoient bientôt forcés de fléchir sous l'ascendant de Bpssuet, qui leur disoit avec véhémence : « (0 Prenez le parti qu'il vous plaira, je vous i> déclare que j'élèverai' ma vOix jusqu'au ciel » contre des erreurs que vous ne pouvez plus » ignorer. J'en porterai mes plaintes jusqu'à Rome

» et par toute la terre , et il ne sera pas dit que

» la cause de Dieu sera ainsi lâcliement abandon- » née; fussé-je seul, j'entreprendrai la chose.... »

Féaélon voulut donner au cardinal de Noailles xxiv. et à l'évéque de Chartres une preuve de sa défé- Fénéloncon-

* * sent a confé-

rence pour eux, en portant la condescendance rerayecBofi-

(0 Relation da ^iétisme>9 par Fabbé Phélipeaux.

64 HISTOIRE DE FÉnÉLeN,

«net, à Gcr- aassi loin quelle pouvoit aller. Il consentit à centaines condl- • -1 • * • j-x« tiong. f^^^^ ^v^c Bossuet ; mau ai exigea trois conditions ,

d^ns la seule vue d'éviter une scène confuse que chacun rapporteroit selon ses préventions.

n I .« Qu il y auroit (0 des évéques et des théo-* » logiens présens. ^

^ » 2.'' Qu'on parlerpit ti>ur à tour, et qu'on » écriroit sur'^le- champ les demandes et les ré- 21 poases.

V 3.* Que Bossuet ne se serviroit point dû pré- 21 texte de ces conférences sur les points de doc- » trine , pour se rendre examinateur du texte du » livre des Maximes^ et que cet examen demeui> reroit suivant le premier projet entre l'arche-' » vêque de Paris, M. Tronson et M. Pirot ».

Dès que Fénélon eut proposé ces conditions,

çn lui répondit qu'elles rendoient , selon les vues

dé M. de Meaux, les conférences inutiles, et tout

fut irrévocablement rompu.

Leitre de Fénélon prit alors le parti d'écrire au Roi W

Fénélon aa ^ . • ^ ' y m. 9*i

Roi 25 imi- ^ 9"® ° ayant pu savoir précisément ce qu il y

let Z697. i> avoit à reprendre dans son livre , que bien des

» théologies approuvoient, quoiqu'ils n'osassent

2) s'en expliquer , il ne pouvoit faire de rétracta-

^ tion ni oblique , ni positive ; la première ne lui

(«) Bëpome à la Relation lynr le qau^tûme.

(>) Manittcrit de Firot^

» convenant

me.

I^IYRE TROISIÈME* . 65

» convenant en aucune manière ^ et ne se sentant

» coupable d*aucune erreur, ce que supposleroit

» Is^ seconde. Il osoit sup|)lier Sa Majesté de lui XXV.

» permettre d'alleï- lui-même à Rome pour dé- , ^^'^'^^

* ^^ r la permission

» fendre son livre , promettant de n*y voir per- dVler à Ro- » sonne que le. Pape , et ceux que Sa Sainteté » JugercHt à propos de nommer pour Texaminer ; » de ne se mêler d'aucune autre affaire ; d y vivre » encore plus retiré qu'il ne faisoit à Versailles , » et d'^a revenir dès le moment où, le Pape auroit 31 prononcé, soumis à son jugement, justifié ou j» détrompé , et toujours catholique ; que dans » tous les cas, il se trouveroit aloiis en état*de « détromper lui-même les théologiens cachés qui » recevoient ladootrine de sdn livre , en supposant 9 ^ue le Pape prononçât qu'il s'étoit trolnpé » . ' Quatre jours après (le %q juillet 1697 )> Féné^ Ion écrivit à madame de Maintenon pour la prier d'appu/ér sa demande auprès du Roiv II parott qu'il étoit réduit à la nécessité de lui écrire, parce ^'il n'avoit plus la liberté d'arriver jusqu'à elle ( > ). On doit ci^re qu^en se refusant à voir Fénélon , elle cédoit malgré elle à un sentiment de ménagement et de délicatesse. Il lui anroit été sans doute 'jbrop pénible de se trouver en présence

(0 On trottvibra cette lettre aux Pièeet jusfijftcatwes du livre troisième, n.« Y.

Fénélon. Tom. lu S

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