‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux;Chapitre 22 sur 56 · LIVRE TAOlilÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE TAOlilÈME. l

est assez singulier que Bossuet n'eiit pas prévue, €*«st que dans ce même livre , le docteur Burnet stgnaloit (0 « le cardinal le Camus, le célèbre » abbé Fleuri^ et Bossuet lui-même^ comme i> aussi opposés que Fénéhn et les Quiétistesj aux » superstitions romaines. Vous voilà donc , écri* » voit Fénélon à Bossuet , quiétiste coi|^me moi. » Dieu voit ^ et les hommes verront un jour à n quoi vous avez recours pour me noircir ».

Une réponse aussi péremptoii^e fit écrouler subitement cette grande machine dont Tabbé Bossuet avoit attendu un si terrible effet; et Bossuet luinnême, déconcerté par une réplique si concluante, ne se permit plus de revenir sur ce chef d*accusation.

Il en fut de même de toutes les scandaleuses imputations que Fabbé Bossuet recherchoit avec tant d'avidité , pour noircir la réputation de Farchevéque de Cambrai. Sa volumineuse correspondance W n'offre que trop de preuves de la déplorable animosité avec laquelle il s*efforçoit d'aigrir l'esprit de > son oncle. Nous sommes fermement persuadés que si Bossuet, au lieu d'un neveu passionné , avoit eu à Rome un agent aussi sage

(0 Réponse aux Remarques de M. Féy^que de Meaux. y) Voyez les tomes xiii, xiv et xy des Œuvres de Bossuet. ( Edition de dom DéfoHs, )

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et aussi vertueux que Fabbé de Chanterac^ oa Q*âuroit jamais vu se mêler à cette controverse des débats scandaleux et des personnalités cho? quantes.

^' On imagina donc tout-à-coup de faire revivre

Axicosatioiis

calomnieasès l^s anciennes rdatîous de madame Guyon et du contre Fëné- pj^g LaQombe, d'en tirer des inductions ausà

Ion. ^

peu favorables à leurs mœurs qu'à leur doctrine y et de flétrir Fénélon , en flétrissant madame Guyon.

Le père Lacombe étoit enfermé depuis ne^ ou dix ans dans le château de Lourdes, au pie^ des Pyrénées^ Il est certain que ses écrits annon* cent une imagination exaltée et disposée à se nourrir des illusions les plus extravagantes. Une longue captivité àvoit acbevé d'égarer cette tête naturellement foible. Il avoit adressé à Tévéque de Tarbes (0 une lettre, dont quelques expressions sembloient avouer des excès bonteux. Cette pièce parut un moyen victorieux de convaincra madame Guyon d'avoir partagé ses ëgaremens.

Pour parvenir plus facilement à cette convie^ tion, on transféra le pèi^ejjacombe du château de Lourdes à cd^ui de ViQcennes, A peine y futr ^1 arrivé , qu'on lui fit écrire à madame Guyon une lettre, où il Texhortpit à avouer leurs égar

(}) Vranqoia de Poudeox. *

LIV&E TROISIÈME. l35

refliensmatuelsy et à s'eu repentir. Le cardinal de Noaillas et le curé, de Saiat-Sulpipe (0 se rendirent à Vaugirard, où madame GrvyQo ëtoif encore dâeoue, pour lui communiquer cette lettre. Us la coa jurèrent par les moti&ies plus sainte et les plus sacrés de nendre hottixiage à la vér rite y et de mériter son pardon if^ar uu steicère aveu de ses faMibés. Madame Gnyon fte dîasimu}^ point son étonnesnent * lora^'elle lei^i^ndit lire la singulière lettre du pèr^ Laoombe , qu'on ne voulut pas même laisser entce ses mains. J£tte conserva cependant assez de présence d'dsprilt pour soupçoiuiiér la vérité ^ «t répondit trasiqi^illement « qu'il falloit que le père Lacombe fût » devenu fou n. Le cardinal de JBfoaiUes se persuada que oette tra&quiUité appaneiite anaooçoit Topiniâtreté d'^ine fieimne qui ne peut x^onsentir à sç reconnoitre coupable ^ et il obtint qu'elle f&t transférée à la fis^tille , pQMT pi^Q^er |ilu3 C^cilement aux sntûrrogaftpires et auxxxmiho&tldioiiis.. £n attendant , on slempr^sa 4e laire |>a$ser à Rome les deux lettres du père Laconobe à Yévêr que de Tarbesiet à madame CruypQ.. On se flatta qu elles feroient ioo^ression ^r l'esprit du JPape et des cardinaux , et qu'elles ébranleroieiït j^ 'examinateurs favorables à FénéloA. On ne -pefiif,

(>) Ijachétardie.

l36 UISTOIRB DE FÉVÉLOHy

douter par les lettres do cardinal de Noailles et de Botfuety qu'ils ne fussent persuadés de trèsbonne foi que le directeur et la pénitente ëtoiént réellement coupables , et on voit par une lettre de madame de Maintenon, du 9 s^tembre 1698, qu'elle partageoit la même ofûnioB.

L'abbé Bossuet promettoit de si mer^illeux effets de toutes ces honteuses dâMmdations, si peu dignes de figurer dans une cause où de grands évéques étoient intéressés^ qu on ne crut avoir ri^i de mieux à faire que de suivre ses inspirations (0. « Ces deux pièces^ écrivoit^il^ 3» feront plus d'impression que wngt démonstra* 9 tions théologU/uGs. Vcûlà les argumens dont » nous avons le plus de besoin »• On est un peu étonné d'entendre ce langage dans la bouche d'un neveu de Bossuet, adressé à Bossuel lui-* même.

Mais tout ce mis^able échafaudage s'écroula subitement. On ne tarda pas à s'apercevoir que le père Lacombe étoit totalement fou, et on fut obligé de le placer en cette qualité à Charenton, où il mourut l'année suivaipite, dans un état de démence absolue/On eut soin de tenir cette nouvelle secrète pendant plusieurs mois; on étoit embarrassé de tout Téclat qu'on avoit donné

(0 Lettres de Fabbé Bqesaet.

tIVBE TROISlàXE. l3f

aux d^aratioDS d*un pareil persoDiiage. Quant à Fënélon^ il fut constate « ^ju'il n'avoit jamais 7» vu le père Lacgmbe^ quHl ne lui avait jaimais 3» écrits tpji^il n*a9oit jamais reçu de ses lettres i^ 7» en un mot, qu'il n'avoil jamais eu aucun rap-- » port direct ou indirecf auec lui ».

Mais Fabbé Bossuet fut plus heureux dans le succès d'un projet quUl' prôposoit depuis long** temps 'à son onde. ,11 ne cessoit de Tinviter , ainsi que ^e cardinal de Noailles , à obtenir du Koi quelque acte éclatant , qui montrât à la France et à Rome que Tarclievéque de Cambrai étoit en« tièrement perdu dans son esprit.

Bossuet et le cardinal de Noailles n'étoient que trop disposés à accueillir cette idée. Leur con* troyerse avec Fénélon avoit pris un caractère si animé , et leur honneur se trouvoit si forte* ment engagé au succès de ce combat, qu'ils crurent devoir se prét|er à tous les moyens qui dévoient le décider ^i leur faveur. D'un côté^ Tabbé Bossuet leur anncmçoit assez indiscrète^ ment qu il ne pouvoit plus répondre de la condamnation de Fénélon; et de l'autre, ces deux prélats ne pouvoient s'accoutumer à l'idée de se retrouver, avec l'archevêque de Cambrai, dans une Cour où il n'auroit reparu qu'avec un avantage marqué sur ses rivaux.

l38 HISTOIRE DE FÉNÉLON,

Il ne leur fat pas difficile de faire entrer madame de Maintenon dahs leurs vu^ ; «Ue avoit elle-même trop aimé et trop maltraite FénâoB, pour que la confiance et Ftunîtié pussent jamais renaître entr eux. Les sentimens exposés qu'elle avoit éprouvés pour lui n*avoient si long-^temps combattu dans son cœur, que pour laisser prévaloir rhumeur et rWitation. Louis XIV avoit plutôt de Téloignement que du goàt pour FénéloQ, et on obtint aisément de lui un sacrifnje qui n'exigeoit aucun effort de sa part.

^' Le 2 juin (1698), le Roi ôta le titre de soush

Les parens ^ 1» 1 m i

et les amis de précepteurs à 1 abbé dé Beaumont et à Fabbé de Fénelonsont Langeron. Le premier étoit propre neveu de Fé-

renvoyea de * r r

la Cour. nélon; le second /son ami le plus tendre et le plus fidèie. MM. Dupuy et de Lesclielle, faisant les fenotions de sotis-gouverneurs y sous le titre de geutilsKommes de la Manche , eurent ordre le inéme jour de quitter la Cour, et perdirent »leqrs places. Le prétexte de leur renvoi fut leur goût pour, tes maximes de spiritualité de IWcbevéque de Cambrai; et le véritable motif, leur tendre ef. inviolable fidélité pour lui. Les uns et les autres étoient attaché» depuis neuf ans à l'éducation de M. le duc de Bourgogne , et on a vu quelle avoit été cette éducation ; ils furent renvoyés sans recevoir la plus foible récompense de ,

leurs services. On punit aussi sévèrement les hommes estimables qui avoient change en vertus les vices du duc de Bourgogne ^ que s'ik lui eussent donné des "lices et étoaffé ses Vertus^ -On a de la peine à recottnoitre dans une pareille conduite la grandeur et la générosilé de Louis XlY ; mais on lui avoit représetité dons des couleurs si odieuses la doctrine de Fénélon et le danger de ses maximes y qu'il crut voir la reMgion des princes ses petits-fils, exposée au péril le plus imminent.

Peu s'en fallut que le célèbre abbé Flem^i , Iklors sous-précepteur y M tôt enveloppé dans la disgrâce de tous les atais de Féus^^on; Il lui devoit sa platce^ et c-étoit sur 1|h qia>e Fénélon se reposoitpour instruire M. lé dtic de bourgogne dans tout ce qui comùemovt la science et rhistoire de la religion. L'abbé Fleuri, étranger à tGfus les partis et à toutes les intrigues, se bomokàrem*plir ses devoirs. Sa modestie et sa méfiance de lui-même ne Itd permirent de pr^dre aucune part à l'affaire du quiétisme ; mais sa reconnois*sanceet^a vénération pour Péndon pouvoient être traduites comme un tort auprès des personnes prévenues. Cependant, Bossuet eut la générosité de le sausfer; c^est l'expression dont il se s^t dans une lettre à son neveu, du 3o juin 1698.

l{o BISTOtnl DK FËaÏLOir,

n ajoute : « L'abbé Fleuri n'a été conservé ^e a parce que j'en ai répondu a. On pent dire qu'en cette occasion Bossuet veilla à sa propre gloire. Rien n'eût fait ua plus mauvais effet dans le pn^ blic et dans l'opinion de la postérité , que d'étendre la persécution sarnn homme tel que l'abbé Fleuri, qui éteit assez défendu par sa vertuet par le respect public.

Rien n'égale les transports de joie qu'éprou- ■vérent à Rome l'abbé Bossuet et l'abbé Phélippeaux en apprenant ces nouvelles (■}. « Oo ne u pouToit nous envoyer, écrivoit ce dernier k » Bossuet, de meilleures pièces et plus persua- » sives que la nouvelle de la disgrâce des paréos w et des amis de M. de Cambrai, et que celle » qu'on reçut hier, par un courrier extraordi- » naire, que te Roi lui avoit ôté la charge et la M pension de précepteur W ; cela seul pourra » convaincre cette Cour que le mal est grand » et réel».

Les adversaires de Fénélon ne trouToient pas qu'on eût encore sacrifié assez de victimes. L'abbé Bossuet écrivoit à son oncle 0) : « Ife fera-t-on

(0 a4jniD 1698.

(•) La nouvelle ëuit «ncore prfmatnrëe ; Fénélon ne perdit la ûut da précepteiiT qu'an mais de janviai 1699. (1)8 juillet 1698-

LirHË TROISIÈME. t4l

» rien à la Cour contre le père Valois (0 ?*I1 est » plus méchant que les quatre autres qu'on a » renvoyés. Le père Lacbaise et le père Dez mé- » riteroient bien qu'on ne les oubliât pas. Ils » veulent à présent tout le mal possible au Roi^ » à madame deMaintenoti, à M. Tarchevéque de » Paris ^ à vous, à tout ce qui vous appartient ».

€'étoit avec la même indiscrétion qu'il disoit

publiquement à Rome, ce que le renvoi des amis » et des parens de Fénélon n'étoit enco re qu'un » commencement de tout ce que le Roi se propo- » soit de faire contre l'archevêque de Cambrai».

A ces menaces, capables de faire impression Calomnies sur les esprits foibles et timides, il osoit ajouter jon. des imputations du genre le plus odieux et le plus propre à enlever à Fénélon l'estime de toutes les personnes vertueuses. A peine peut-on se permettre de rappeler des calomnies aussi révoltantes ; mais elles peuvent donner une idée des excès où la passion peut porter certains carac-^ tères, et des épreuves où la vertu la plus pure se trouve quelquefois exposée. On ne sait si la can-^ deur, avec laquelle l'abbé de Chanterac rend compte à Fénélon lui-même de ces horribles imputations, n'est pas aussi honorable pour l'un que pour l'autre. Il n'y a que la vertu qui puisse parler à la vertu un langage si simple et A calme*

(0 Confesseur des jeunes princes.

1^1 HISTOIRE DE FÉHÉLON^

Lctire de ^^ Qn tâche ici de faire croire que vous avez eu

Fabbe de ^ ^ ' *

cbanterac à » vLtte socitfté fort étroite avec cette femme ( ma*

\iiîlft°"i6Q8* ** dame Guyon), et qu'ily a du: moius un grand (Manascr. ) D sujet de craindre que votre spiritualité et vos » maximes étant les mêmes, vous ne l'ayez suivief » dans ses désordres aussi bien que dans ses » erreurs. Pour faille des impressions plus fortes 3> sur les esprits, on promet chaque CQunîer, de » nouvelles confessions de cette femme, et ^ de » nouvelles découvertes de ses abominations i et » en même temps, on publie qu'on a ici beau- » coup de lettres originales que vous lui écriviez , u qu'on ne veut montrer que dan$ Feitrémité , 3» pour sauver, autant qu'on peut, votre réputa- » tion )S^ . ,

Courage et Justement fatigué de tant de passions hai-

sincérité de . j \

Fabbé de neuses, on aimera sans doute a se Keposer, eu portant ses regards sur un tableau plus d'oux et plus attacl^nt. A peine ce même abbé de €hanterac , dont nous ne nous lassons point d'admirer Famitié fidèle et courageuse, eut-il appris le ren<* voi de Tabbé de Beaumont (0 , qu'il écrivit à Fé-» nélon (3) : « Je ct^ois que l'abbé de Beaumont est » actuellement auprès de vous, et par-là je le

(>) li^abbé de Beaumont , en perdant sa place de soùsprécepteur et les appointemens^ qui y étolent attachés, perdoit le seol veyenu dont il jouissoii.

(») 21 juillet 1698. ( Manuscrits. }

Chanterac.

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