‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux;Chapitre 31 sur 56 · LXXI. Plus le moment où le Pape alloit prononcer · texte numérisé non relu

LXXI. Plus le moment où le Pape alloit prononcer

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dea do Pape, approchoit , plus ce vertueux pontife étoit flottant et indécis. Les pressantes instances du Roi y renouvelées avec tant de force dans ses dernières lettres, alarmoient Innocent XII sur le danger de choquer un prince cher à l'Eglise, et d'introduire UQ nouveau sujet de division entre le saint Siège et le dergé de France, alors dirigé par les adversaires les plus ardens de l'archevêque de Cambrai. D'un autre côté, la vertu , la piété, les talens et la réputation de Fénéion , sa religieuse soumission à l'Eglise romaine , la pureté de ses intentions, qui ne pouvoient être méconnues après tant d'explications satisfaisantes, replongeoient le Pape dans les plus cruelles anxiétés. Il étoit encore arrêté par le partage d'opinions des examinateurs qui, après un examen de quinze mois, n'avoient pu s'accorder à trouver, dans le livre des Maximes des Saints, les erreurs monstrueuses qu'on lui reprochoit. La confiance particulière qu'Innocent XII avoit en l'opinion personnelle des examinateurs favo-

rables à Fénélon , contribuoit encore à entretenir s6s incertitudes (0.

Après de longues discussions qui avoient rempli trente-sept séances , les cardinaux étoient enfin parvenus à terminer leur examen. Des trente-huit propositions soumises aux premiers examinateurs, ils s*étoient accordés à croire que vingt- trois ëtoient réprékensibles ; ils sVtoient seulement partagés sur la forme que Ton donneroit aux qualifications. Les uns étoient d*avis de censurer chaque proposition en particulier; les autres jugeoient qu on devoit se borner à les envelopper sous des qualifications générales. Cette diversité de sentimens fit qu'on s'en remit à ce que le Pape décideroit lui-même ; mais il en résultoit que les dispositions plus ou moins rigoureuses du décret dépendroient jusqu'à un certain point des dispositions personnelles des cardinaux à qui le Pape en confieroit la rédaction.

L'avis unanime des cardinaux ne permettoit plus au Pape de soustraire à la censure le livre

(0 Innocent XII donna une preuve remarquable de son es-' time personnelle pour deux des examinatieurs favorables à Fé« nélon : il les nomma cardinaux quelques mois après qu^il eut prononcé un jugement contraire à Topinion qu'ils avoient émise. On peut ajouter qu'il nomma aussi cardinal le prélat Sperelli, commissaire du Saint-Office, et qui dans cette occasion s'étoit également montré favorable à la cause de Fénéloni

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de Tarchevêque de Cambrai ; mais telle étoit la considération^ générale que Fénélon s'étoit acquise dans le cours de cette controverse ; telle étoit Testime dltinocent XII pour sa piété et la pureté de ses intentions , que ce pontife lâchercha, avec une affection vraiment paternelle, toutes les formes les plus propres à adoucir la rigueur du jugement qu'il étoit obligé de prononcer.

Ce fut dans cette intention qu'il nomma , le ^4 février 1699, les cardinaux Noris, Ferrari et Âlbaniy pour procéder à la rédaction du décret. Les deux premiers étoient de savans religieux que leur mérite , leur piété et leur science théologique avoient élevés aux honneurs de Ja pourpre romaine; ils avoient d'ailleurs présidé à toutes les congrégations des théologiens du saint Siège , et ils se trouvoient parfaitement instruits de tous les points de cette controverse. Le cardinal Albani étoit doué de cet esprit de sagesse qui annonce les hommes appelés à gouverner. H étoit secrétaire des Brefs, Tune des charges de la Cour romaine qui donnent le rang de ministre.. Il avoit justifié la confiance de son souverain par celle qu'il inspiroit à tous ceux qui avoient à traiter avec lui: son caractère de droiture et son esprit de conciliation étoient si bien établis

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