partie n'avoient point demandé cette suppression
xciv. Cette déclaration fut présentée au parlement
Réquisitoire , * . ^ r
de M. d'A- 1^14 ^out 1099, et ce lut en cette circonstance gaesseau. q^^ jg chancelier d*AguesseaUy alors premier avocàt général au parlement ^ prononça un discoui^ que le président Hénault admire avec raison comme un monument immortel de la solidité des maximes de l'Eglise de France^ et fait pourho^ . norer à jamais la mémoire de ce grand magistrat. Nqus ne rapporterons de ce discours que ce qui intéres3e personnellement Fénélon.
«' L*Eglise gallicane y représentée par les assem- » blées des évéques de ses métropoles , a joint » son suffrage k celui du saint Siège. Animée » par Vexemple et les doctes écrits de ces illustres )> prélats f qui se sont déclarés si hautement les » zélés défenseurs de la saine doctrine, elle a 3) rendu un témoignage éclatant de la pureté de » sa foi. La vérité n*a jamais remporté une vie- » toire si célèbre, ni, si complète sur Terreur. 3> Aucune voix discordante n a troublé ce saint » concert , cette heureuse harmonie des orades » de l'Eglise ; et quelle a été sa joie, lorsqu'elle )) a vu celui de ses pasteurs dont elle auroitpu » craindre la contradiction , si son cœur auoit
LI¥]LS TROISIEME. 3o3
jt été complice de son esprit, plus humble et plus^
}> docile que la dernière brebis du troupeau, pré-^
» venir le jugement des éi/éçues, se hâter de pro-^'
» noncer contre lui -même, une triste mais salu^'
« taire censure , et rassurer V Eglise effrayée de
» la nouveauté de sa doctrine , par la protesta^
» tion aussi prompte que solennelle d'une sou-
» mission sans réserve , d*une obéissance sans
3> bornes j et d'un acquiescement saris ombre de'
» restriction ».
Le. Chancelier d*Aguesseau nous apprend (0 qu^en prononçant son discours ai^ parlement > il , avoit donné à Téloge de F^nélon un peu plus d'é^ tendue et un caractère encore plus touchant et plus flatteur; il y avoît été porté par un' sentiment, d'estime pour la conduite de Tarchevéque; de. Cambrai dans cette grande orise, par un goût naturelpour son esprit et son caractère ; et enfin, ajoute-t-il avec une naïveté qui désarme la critique Wy <c par la considération des révolutions )) 51 ordinaires à la Cour, oh celui qu'on vo" yi noit de flétrir par une censure rigoureuse j pour » voit un jour jr revenir pour jr jouer le premier ' » rôle »♦ '
Le récit qu'il nous a laissé des motifs qui le forcèrent à aiToiblir un peu Téloge de Fénélon,
(0 Tom. XIII, page 189. — («) Uid.
3o4 HISTOIKE BE FÉlTÉLOIfy
lorsqu'il fit imprimer son réquisitoire y renferme quelques détails assez curieux , pour présumer qu'on nous saura gré de* transcrire ici ce fragment de ses mémoires.
(i) ic 11 ne restoit pîlus pour finir l'afiaire du » Quiétisme^ que de faire imprimer les lettres- 3> patentes et Tarrét d'enregistrement. Je ne pou* »' vois me dispenser d'y faire insérer mon discours, » surtout après l'invitation qui m'avoit été faite par » le premier président au nom de la compagnie, » de le remettre dans les registres ; mais je crus, 31 suivant l'avis de mon père, que je de vois pren- » dre auparavarft la précaution de le faire voir » au Roi y quand ce ne seroit que pour préve* » nir les commentaires malins, que le parti con- » damné ou le parti victorieux y dont j'avois ce* » pendant ménagé l'un et loué l'autre, pourroit
» en* faire auprès de Sa Majesté, si elle n'avoit » pas été prévenue sur ce sujet; et la suite jus- » tifia la bonté du conseil que mon père, qui » étoit encore plus mon oracle , m*avoit donné. 3»- J'envoyai donc mon discours à M. de Pont- 3» chartrain ; il le lut au Roi en présence de ma* » dame de Maintenon. Sa Maje$té y fit deux cri- » tiques:- Vune Mir quelques expressions qu'elle M troU\fa trop flatieuses pour Varchevêque de
(«) Tome xm, page 169.
» Cambraié
LIVfiB ÏROISIÈM^B. . 3oS
» Cambrai (0. Tavois beaucoup aimé ce prélat » ayec lequel j'étois assez lié ^ avant même qu'il » fuit à la Cour y et il faut avouer que son corn- » merce étoit délicieux. Affligé de son illusion^ » que je n'attribuois qu'à une trop grande sub* » tilité d'esprit, j'avois cherché à adoucir pai? » mes pai*oles l'amertume de sa disgrâce, et è » le consoler moi-même en quelque manière de » ce que j'étois obligé de faire contre lui. Je ne » dissimulerai pas noupplus que , n'ignorant p^s 3» combien les révolutions sont ordinaires à la^ » Cour, et prévoyant que celui qu'on veitoit de- » flétrir par une censure rigoureuse pourroit y » revenir un jour pour y jouer un premier rôle, » j'ayois cru qu'i| étoit de la prudence de ne » point aigrir le mal par la dureté des expresr » sions, et de faire sentir à l'archevêque de » Cambrai , que ne pouvant approuver les pieux ^ » excès de son zèle, je n'avois jamais cessé d'ad- » mirer ses talens et de respecter sa vertu. Le » Roi trouva donc que j'en parlois un peu trop y^ favoriAlementi m^is sa critique, toujours » modérée comme son caractère, ne me coûta » que le retrancliement d'une ligne d'écriture,
(') Le TMmague venoît de paroitre , et avoit achevé d''aigrîr I^onÎB XIV contre Fénélon. Koiis rendions coinpte dans le IWr^ suivant de tout ce cpii concerne le Tél^ma^ue»
Fénélou. Tom, ii. 20
3o6 HISTOIRE DE FÉHÉLON,
B et en laissa assez dans mon discours pour rem- 9 plir Vobjet que je m*étois proposé.
» La seconde critique me fit voir jusqu'où le » Roi portoit de lui-même sa grande délicatesse » sur la religion et,su|: son pouvoir dans les ma*» 31 tières ecclésiastiques. U fut d*abord blessé de 3ff la qualité d'eVel^ue extérieur que je lui donnois >i dans mon discours ; il craignit qu^elle ne fût » trop forte y et il me fit écrire par M. de Pont-* » cliartrain que je priss» garde à ne lui attri* » buer que ce qui lui appartenoit véritablement. » Mais comme. c'est le titre que les évéques de » Nicée donnèrent | Constantin^ et que les as- » semblées du clergé ont souvent répété en parn lant à nos Rois , je répondis à 1^. de Pont- » cliartrain y qu'après a^pir admiré le scrupule 31 du Roi y je croyois pouvoir laisser dans mon 3» discours une qualité si autorisée par l'Eglise 3» même, et eUe y demeura en effet. Au surplus, » le Roi donna à ce discours plus de louanges » qu'il n'en méritoit , et madame de Maintenon 3» en fut si charmée , qu'elle dit peu de jours après 3» à l'archevêque de Paris , par qui je l'ai su , 3) qu'elle trouvoit dans mon style je ne sais quoi 31 de supérieur, et comme une espèce de langage 33 prophétique : caractère que je ne m'étois pas 3» attendu qu'on m'attribuât, il ne m'est pas
LiynE TROISIEME. 3o7
» 'revenu que les partisans du quiëtisme s'en )> soient plaints; senlement quelques critiques >» du parti de Jansénistes trouvèrent que f y avois » trop loué le Roi ».
Il y avoit près d*un an que la condamnation ^^*
, ,. , ^ . o L'assemblée
du livre des Maximes des Saints étoit con« du clergé de sommée par Fheureux concours des puissances *^®? "* ^**'
, * . . rendrccomp*
spirituelle 'et temporelle. Fénélon étoit enfin te de toute parvenu à imposer silenee à la haine , par la par- î " *V[® J^ faite conformité de sa conduite publique et pri^» nélon. vée avec les protestations qu'il avoit faites si souvent de son entière soumission au jugement du saiM Siège, loi*sque rassemblée du clergé de i^oOy qui se tenoit à Saint-Germain-en«-Laye ^ parut ^'occuper encore quelques momens de cette affaire; mais ce ne fut que pour obéir à Fusage établi dans le clergé^ de rendre compte à chaque assemblée de toutes- les affaires survenues dans l'intervalle de ses séances. Bossuet fut choisi pour présider la'coranlission chargée de la Ref-^ lation de l'affaire du livre des Maximes déi Saints : la modération qu'il montra dans le compte qu'il en rendit , justifia la sagesse. d'uU choix qui auroit pu paroitre suspect de partîu'*' lité. On croit honorer la mémoire de Bosàuet, en présumant que la docilité de Fénélon, si contraire aux pronostics que .la prévention lui
avoit quelquefois iqspirés^ et la considération gé'* pérale qu'une conduite si édifiante avoît méri^ jtée À Tarclievéque de Cambrai, firent peut-^tre regretter à Tévéque de Meaux Texcès de viva* cité oii son «èle Favoit çorié en quelques occasions. On reconnoit sa grandeur et sa générosité naturelles , dans la noble franchise avec laquelle il déclare devant tpus les évéques assemiblés, que la véhémence avec laquelle il a combattu les erreurs de son collègue > na jamais akéré ses sentimenS; pour, son caractère et sa personne*
«c II a été sagement observé (0 , disoit Bossuet » dans son rapport , que M. Tarchevéque àt^ Cam- » brai, qui lavoit le plus d'intérêt à rechercher «fies moyens d'affoiblir y s-il se pouvoit, fa sen- » tence qui le çondamnoit, s'y est soumis le pre- » mier par un acte exprès. Qn a, remarqué avec Il joie les noms illustres des grands évéquesquil ». avoit suivis dans cette occasion ; et, à l'exem- 3» ,ple du Roi > toutes les provinces se sont unies ^ à, louer cette soupiission, montrant à Tenvi^ue a» tout ce qu'on avoit dit, par nécessité contre le » Uvre étoit prononcé sans aucune altération de »^la charité W »..
Ce fut un avantage réel pour la réputationde
<x) FroeÂi-?ei9)al^e rassemblée da clergé de 1 700.
(*) yoj^lu Pièces Justificatif u du U?re troisième» n*^ XL
tITEB THOISIÈMB. 3og
tnadame Guyon, que rassemblée du clergé eût confié ce rapport à Bossuet qui s'éloit montré si prévenu contre elle. Ôh y lit en effet ces parôleg remarquables prononcées par Bossuet lui-mémé en présence de rassemblée du clergé (0. « Quant » aux abominations çu on regardoit^comme le.^ T» suites de ses principes ( de madame Guyon ) ,; » {7 n'en fut jamaiê^ question^ eUe en a toujours » témoigné de thorreûr- ». Ge fut à une déclaration si solennelle et si positive de linn^eénce de ses mœurs y qu aboutirent ces dénonciations odieuses auxquelles on avoit donné tant de pu^^ Micîté et d'éclat. Lorsque Bossuet prodamoit ainsi Tinnocence de madame Guyon devant une assemblée du clergé , elle étoit encore prisonnière à la Bastille; ses ennemis étoient tout-^pnissans et ses amis dans la dis]grâce W*
La soumission de f énélon au justement du XGyi.
' ° Les J^nse*
saiiit Siège y et son inviolable fidélité à observer nbtes et les le silence qu'il s'étoit imposé , affligèrent égale- ^^^^^^^ ment les Jansénistes et les Protestans. Les uns tfBs de la et les autres s'étoient flattés qu'une contestatioti jeFéuclon. aussi animée y entre .deux grands évéques., pour»* roit aSbiblir l'autorité du. saint Siège par quelques actes schismatiques. Fènélon reçut tout-à-
(*) Procès -verbal de 1700.
{*} Voyeï les Pièces justificatives du liyre troisième , n.« XII.
3lO HISTOtUE DE FÉNÉLONy
coup f par une voie détournée , une lettre du père G-^rbet^on , religieux bénédictin fameux à cette époque par son zèle ardent pour le jansénisme. Il propos oit à Tarcbevéque de Cambrai, 4e publier difTérens écrits pour la défense de sa <Joctriûe , depuis la censui^e qui en avoit été faite , sans que personne pût jamais savoir que Fénélon y eût aucune part et en eût amcune connaissance.
xcxvn. Fénélon répondit à cette singulière proposi- BépoDse de ^^^ ^^^ aimeroit mieux mourir que de défen'-
Fénélon au ' ' . .
P.Gerberon. dre directement ou indirectement un li\^re quil aidait condamné sans restriction et du fond du cœur par docilité pour le saint Siège,..,. Quil fi était ni juste ni édifiant qu'un auteur voulût per^ pétuellement occuper l'Eglise denses contestations
personnelles ; qu'il n*jr avait plus pour lui ^ ni
édification à donner, ni dignité à soutenir que dans un profond silence.
Dans le même temps, le fameux ministre Jnriea répandoit son Traité Historique de la Théologie « mystique (0 y comme une torcbe enflammée pour entretenir le feu d'une guerre près de s^éteindi^ : il y avoit recueilli avec soin tout ce que la. pré* ; vention ou la haine avoit pu imaginer pour calomnier les motifs de Bossuet. Le jugement du
(>) Voyez sur ce traité, les Pièces^uttificaUpes du livre troi- «iéme,ii.'XIII.
Pape nétoitpas encore prononcé , mais il alloit Tétre; et Jurieu se flattoit que Fénélon refuseroit d*y soascrire; à paine mettoit-il la dernière tnain à son ouvrage , qu'il apprit la g<énéreuse soumission de Farchevéque de Cambrai. Dans Vexcès de son dépit y le ministre Jurieu se déchaîna contre Fénélon , avec le même emportement qu'il l'avoit fait contre Bossuet.
La censure amère d'un mmistre protestant |, qui ne soupiroit que la ruine de l'Eglise romaine » étoit le plus" bel éloge d'un évéque td que Fé«^ nélon.
Ce n'est pas sans raison que le dbanoelier d'Agaesseau, en rendant compte dans ses m<&noires de la conclusion de l'affaire du quiétisme, a dit (0 : « Qiie la soumission de l'ardievéque de » Cambrai est un exemple peut-être unique dans » l'Eglise', d'une querelle de doctrine terminée » sans retour p^r un seul jugement qu'on .n'a » cherché depuis y ni à faire rétracter ni à éluder » par des distinctions. La gloire en est diie, ajoute » ce grand magistrat , à la sagesse et à la supé* s» riorité du génie de l'archevêque de Cambrai , » qui comprit tout d'un coup que le trop grand 3) désir de se justifier nuit souvent plus qu'il ne » sert^ et que, de toutes les manières d'efiacer
(0 Tome xin, page 190.
3l3 HISTOIRE DE FÉNÉLON,
» les torts qu'on noos impute , la plus sâire et la » plus efficace est de les laisser oublier et se per- » dfey pour ainsi dire, dans le «silence; outre que » Fexpérience qu'il aVoit faite des jugemens des » hommes dans le cours de la dispute , auroit d(k »' lui faire sentir qu'il çeroit toujours condamné » par plus des trois quarts dont il he serait pas » entendu. U se contenta donc de protester en » un seul mot ^ en faveur de Finnocence de son ». cœur et de la droiture de ses intentions dans la » letti^ quil écrivit au Pape, et il a gardé depuis V un silence absolu sur sa condamnation , si ce » n est pour déclarer encore qu'il y acquiesçoit ». On ne nous soupçonnera certainement pas de vouloir afibiblir le ^éiite de la soumission de Fénélon, et i'heurease influence qu*elle eut pour assurer la paix et la tranquillité de l'Eglise.. Mais noiis dirons que cVst surtout dans de pareilles r circonstances que l'on doit observer l'admirable constitution de TEglise catholique. Son divin fondateur^ en lui donnant un centre invariable d'unité^ à voulu qu'elle montrât sans cesse\à toute la terre un chef visible y un juge supérieur pour veiller à la stabilité de cet édifice spirituel , en calmant par. sa sagesse les tempêtes que les pas-* sionsdes hommes soulèvent contre la religion , et
en extirpant les erreurs et les nouyeauté$ que