livre y et son intention étoit qu'il fût remis au Pape
après sa mort. « Je veux, dit -il dans la préface (0^
» que cette exposition de mes sentimens soit regardée
» comme une espèce de testament écrit sous les yeux
» de Dieu y qui constatera , après ma mort, qu'un évé-
» que catholique a gardé avec fidélité, et dans toute
]» son intégrité, le dépôt de la véritable doctrine, et
» qu'il n'a voulu ni enseigner , ni approuver aucune
9 des erreurs condamnées dans son livre. Dieu sait que
% je ne ments pas ».
Fénélon soumet avec une entière docilité son ma-
(0 Traduit da manuacrit latin.
384 PIECES II7STIFIciTIVES
noscrit et toute la doctrine qu'il y établit, à Fautoritë et au ji^^ement du saint Siège (0* « Je demande à Dieu » que ce que je vais écrire , dans la seule vue de dé« » fiemdre la cliarité, soit écrit danS cet esprit de paix, 3> d'humilité et d'édification qui caractérise la véritable » charité. Je soumets toutes mes paroles et toutes mes
» pensées k la correction de l'Eglise mère , et maîtresse » de toutes les Eglises. C'est dans cette disposition » que je veux vivre et mourir.
» Loin de moi la coupable pensée {p) de chercher » par des voies obscures et souterraines, à défendre » même indirectement le livre condamné par le pape » Innoccoit XIL J'ai déjà adh^é quatre foi», et adhère D encore sans aucune restrietion , dans toute la sincé- » rite de mon cœur, et avec une pleine et Hbre volonté, V au bref du souverain Pontife, et à toutes les qua- ^ lifications portées contre les propositions qu'il ren- » ferme. Il ne s'agit donc plus d'un livre que j'ai déjà » si souvent abandonné, mais uniquement d'un point » qui intéresse la pureté du dogme. A Dieu ne plaise » qu'on puisse me soupçonner le dessein de renouveler » de- malheureuses controverses. Mais ne m'est-il pas » permis d'bxposer dans un esprit de paix et de sou- » mission à FEglise, mère et maîtresse, mes véritables » sentimens , tels que je les ai , tels que je les ai tou* » Jours eus?
» Je crois avoir prouvé jusqu'à l'évidence p) que je » n'ai jamais prétendu défendre aucune des vingt-trois
(0 Traduit du manuscrit latin. •— C*l Ibtd. — P> Ibid.
» propositions,
V propositions y telles qu'elles sont énoncées dans le » bref. Pavois seulement pensé qu'avec les tempéra- » mens que j'avois eu l'intention d'etprimer dans le » livre, dles pouvoient n'o£Frir qu'un sens très-catho- » lique y et entièrement opposé à toute illusion ».
Fénélon rappelle son empressement à souscrire au
bref qui avoit condamné son livre (0« « Aussitôt que le
» jugement du saint Siège me fut connu, je me h&tai
» de souscrire à son décret par un mandement solen-
» nel que je publiai moi-même et fis imprimer avec
» profusion. Je mis ma gloire à prévenir par mon
» obéissance les ordres du Roi , et l'exemple de toutes
» les provinces ecclésiastiques de France. J'ai renouvelé
» mon adhésion au jugement du Pape dans l'assemblée
« des évéques de ma métropole. Sur un simple désir
» du Roi , j'ai publié une seconde fois;mon mandement.
» Depuis trois ans», je n'ai pas laissé échapper un seul
» mot, si ce n'a été pour attester et proclamer en trois
» occasions différentes cette sincère et intime soumis-
» sion que je professerai jusqu'au dernier soupir pour
» l'autorité du chef de l'Eglise ».
' On ne peut sans* doute Csure un crime à Fénélon d'avoir déposé dans le cœur paternel de son supérieur, et dans un acte secret où il lui rendoit compte de toutes ses pensées avec une candeur filiale, le -senti* ment -pénible qui oppressoit encore son ame (^). «Je » ne rappellerai point, très -saint Père, la rigueur des » procédés dont on a usé envers moi. Je demande tons
(0 Traduit du maiiuscr it latin. — (,*) Ibid.
Fénélon. Tom. u.
366 PlkCES JUSTIFICATIVES
9 les jours à Dieu de les pardonner à ceux qui ont pu
» s'en rendre coupables. On dey oit croire (et c'ëtoié
» Fespërance de tous les gens de bien et de toutes les
» dasses de la société) que des ëvéques ne feroient
« entendre que des paroles de douceur et de consola-
» tion à un éviêqùe soumis et malheureux. La simple
» déceiice sembloit leur ep faire une loi : cependant,
» c'est à Tévéque de Meaux j si généralement connu
» pour le plus passionné de mes adversaires y que Tas-
» semblée du clergé ( i^oo) a confié le rapport de
» toute cette controverse. L'évéque de Meaux n'a pas
» craint de; se montrer tout à la fois dénonciateur , té^
» moin ^ juge 9 historien , dans sa propre cause , et de
Il présider la commission qui devoit en transmettre It
V récit à toute TEglise de France ».
Ces dernières expressions de Fénélon indiquent la Vérits^ble motif qui lui fit entreprendre 'ce grand travail où il Âç se proposoit que l'intérêt de la vérité , puisqu'il n'étoit jamais destiné à voir le jour. Bossuet, dans sa Relation à Fassembléç du clergé de 1700 ^ avoit assez manifesté son opinion contre la charité désinté^ ressée, D n'avoit pas manqué de rapporter, à l'appui de son opinion personnelle , celle de l'assemblée métropolitaine d'Aix^ où on ayoit posé en principe quo le prétendu pur funcmr était contraire à F essence de la charité, qui veut toujours posséder son objet; et à la natures de l'homme, qui désire toujours d^étr^ heu-reux.
Fénélon convenoît que le Pape avoit condamné cette partie de sa doctrine où il enseignoit qu'il y a un
'état habituel d'amour de Dieu, tjui est une charité pure, et. sans aucun mélange du motif de l'intérêt propre^
Il est bien certain qu'en condamnant ce prétendu état habituel, le Pape n'avoit rien prononcé. sur l'a-'. mûurpur en lui-même, que la plupart des tké<dogient croient non -seulement possible, mai» même de pré« cepte pour tout fid^e, plusieurs fois pendant la vie.
Fénélon craignit donc qu'il ne s'iatroduwit , à la foreur de la Relation adoptée par rassemblée de 1700^ une espèce de tradition contraire à l'opinion d'un très-> grand* nombre d'auteurs approuvée dans l'Eglise , et à la liberté des écoles, que le saint Siège* a voit paru respecter par son silence. G^ fut ce qui lui inspira la pensée de considérer cett^ question sous les rapports les plus vastes et les (>lus étendus, en prenant en même temps la sage précaution de soumettre ses opinions et ses sentimens à la décision du cbef de l'Eglise, n a divisé cet ouvrage en trois parties (■)• « Dans la » première , il considère l'amour dans l'ordre naturel. 1» Cette discussion est purement philosophique , et il » emprunte les témoignages de tous les philosophes I» anciens et modernes , pour démontrer que la nature « de thomme et l'essence de t amour ne supposent » point toujours dans diaque acte humain la possession 3» de l'objet , ni le désir d'être heureux. #
» n cherche à démontrer ip) dans la seconde partie 9 que la promesse de la béatitude n'est point le motif % essentiel de la charité , considérée comme une vertu
10 Traduit du manuscrit latin.— 'l^) Ibîd.
388 PliS££S JUSTIFIGAtlVES
» .surnaturelle et la première dès vertus théologales^
• n établit son opinion sur Tautoritë de l'Ecriture , do » la tradition y des Pères, des théologiens deFEcole,
• et des auteurs ascétiques les plus géhéralemeift ap- 9 prouvés»
» La troisième partie (0 est consacrée à montrer la » possibilité d'un état habituel de l'amour parfait^ » tel qiiil l^a exposé dans ses écr^s apologétûiues , et » tel qu'on en retrouve les notivns. les plus certaines f dans les Pères de l'antiquité la plus reculée ^ et dans » les auteurs mystiques qui ont marché sur leurs 9 traces, sans qu'elles puissent conduire aux excès si 9 justement réprouva» dans les quiétistes. Chacune de 9 ces trois parties est divisée en autant de livres que 9 l'eiiugent la nature des questions et la variété des » preuves.
» Bien éloigné, écrit Fénélon (^) , de renouveler des 9 contestations sur lesquelles je me suis imposé le si* 9 lence le ]^us absolu , mais jaloux de justifier la pureté 9 de mes sentimens devant le vicaire de Jésus-Christ, i> c'est à Sa Sainteté seule que je me permets de con- 9 fier cet exposé fidèle de ma doctrine» J'ose la sup- 9 plier dé recevoir dans le secret de son cœur paternel
• ces dernières paroles d'un évéque qui croit voir 9 l'éternité s'approcher à grands *pas. Je lui montra 9 toutes mes pensées , telles que je les ai développées 9 dans mes écrits apologétiques , et telles que j'avois 9 cru les avoir énoncées dans mon livre, sans avoir 9 jamais eu finiention de ni écarter de ces justes
(s) Traduit du manuscrit latin. •» («) Ibid*
»■ bômès. J*ose encore appeler Dieu à tëitioîa de mâr -»' sincérité »• '
Tel est le plan <le ce grand ouvrage, dont sous avons Ppri^al entièrement écrite la main de Féné- Ion. Si on é%i étbnpé de l'art admirable avec lequel il à su répandre sur^'âé» matières si abstraites toutes les couleurs et toute la grâce de la latinité la plurpure et la plus élégante^ on Test encone davantage de la sagacité et de la fécondité avec ^squelles il d^velo^pe tous les moyens théologiques et philosophiques qui
,pouvoientVaIlier à un pareil sujet*