‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 15 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

matures , et faire valoir le mérite de lem's soins et de leurs talents. Souvent même on lui faisait abandonner l'étude pour se livrer avec lui à la conversation. On pense bien que ce n'était pas un entretien futile et sans but; loin de là, cette conversation avait pour objet de le rendre sociable et de Taccoutumer à connaître les hommes : son esprit y faisait de sensibles progrès sur les matières de littérature , de politique , même de métaphysique. Son humeur s'adoucissait dans de tels entretiens; il devenait tranquille, complaisant, gai, aimable ; on en était charmé , il n'avait alors aucune hauteur, et , dans la douce liberté de ces conversations , il lui arrivait souvent de dire : Je laisse derrière la porte le due de Bourgogne, et je ne suis plus avec vous que le petit Louis, Ce jeune prince se passionnait tellement pom* les sujets et les personnages dont ses lectures lui retraçaient le tableau et le caractère , que Fénelon se plaisait encore à rappeler, après sa mort, les premières émotions de cette âme sensible. On trouve ce passage dans une lettre de Fénelon à l'Académie française: « J'ai vu un jeune prince à r< huit ans, saisi de douleur à la vue du péril du u petit Joas; je l'ai vu impatient sur ce que le (( grand prêtre cachait à Joas son nom et sa nais- <c sance ; je Tai vu pleurer amèrement en écoutant « ces vers :

50 HISTOIRE DE FÉNELOlf.

« Ah ! miseram Eurydicen anima fUgiente vocabat : «' Eurydicea t9io refçrebant (luioine ripa. »

Avec Un esprit doué de tant de facilité et de pénétration, avec une intelligence précoce qui lui faisait Saisir ce qu'il y a de plus délicat et de plus fin dans la poésie et l'éloquence , mais surtout avec d'aussi habiles maîtres qui surent tirer un parti admirable de ces heureuses dispositions , il n'est pas étonnant quie M. le duc de Bourgogne ait fait d'aussi rapides progrès. A dix ans, il était parvenu à écrire élégamment en latin , à traduire les auteurs les plus difficiles avec une exactitude et une finesse de style qui étonnait toujours les personnes les plus instruites ; à expliquer Horace , Virgile , les Métamorphosés d'Ovide ; à sentir toutes les beautés des harangues de Cicéron. A onze ans, il avait lu Titc-Livé tout entier; il avait traduit les Commentaires de César, et commencé une traduction de Tacite, qu^il acheva dans la suite, et qu'on n'a pu retrouver.

On a trouvé parmi les papiers de Tabbé Fleury deux mémoires écrits en partie de la main de Fénelon , et adressés à l'abbé Fleury lui-même , pour lui servir d'instructidns et régler les occupations du jeune prince pendant les années 1695 et 1696.

Dans ces mémoires , que leur longueur ne nous permet pas de transcrire , on voit par la multitude et la variété des lectures et des compositions qui

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