PREMIÈRE PARTIE. 5l
devaient remplir les jours et les heures de M. le duc de Bourgogne pendant une seule année , combien son éducation avait été fortement nourrie et soigneusement développée dans toutes ses parties.
Parmi les livres dont Fénelon prescrivait la lecture à M. le duc de Bourgogne, il en est quelques-uns du genre le plus sérieux et le plus grave. C'étaient les Lettrée choisies de saint Jérôme , écrites avec une éloquence si remarquable 5 celles de saint Augustin j si pleines d'esprit et de sentiment; celles de saint Cyprien et de saint ^mbroise, modèles d'élégance et de goût. Ces lectures avaient pour objet de faire connaître la religion au jeune prince, dans les écrits mêmes de ces grands hommes , qui Font honorée par leurs lumières autant que par leurs vertus.
Fénelon savait que la religion était le seul frein des rois ; il convenait à Tintérêt des peuples, comme à celui des rois , de diriger avec le plus d'ardeur tout son zèle et tous ses soins vers cet objet important. Il fut secondé dans ce noble dessein par l'abbé Fleury, Fhomme le plus digne et Je plus capable d'en assurer l'exécution.
Fénelon et Fleury pensaient qu'on devait initier les hommes à la connaissance de la religion, bien plus par la narration des faits que par des raisonnements abstraits.
Fénelon voulait que M. le duc de Bourgogne fût assez instruit et qu'il eût une religion assez
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éclairée pour n*a\oir rien à redouter des sopbîsmes de l'impiété, ni des illusions d'une crédulité superstitieuse ', il voulait former un prince profondément pénétré de sa dépendance d un Être plus puissant que les rois les plus puissants.
C'était dans cette vertueuse intention que Fénelon s*attachait à nourrir dans Tàme du duc de Bourgogne des sentiments vraiment religieux , et les saintes habitudes des pratiques et des devoirs (lue la religion prescrit. En effet , dans l'exercice habituel de ces pratiques, la pensée même de Dieu s'évanouit au milieu du tourbillon des passions et des plaisirs , et se réduit à une vaine théorie qui ne dit rien au cœur, et n'a aucune influence sur la morale.
I.orsque Fénelon jugea son élève suffisamment préparé pour qu'il pût s'approcher des sacrements, il lui fit faire sa première communion. Cette cérémonie fut l'objet de l'édification de toute la cour, et M. le duc de Bourgogne en recueillit l'impression d'une piété sincère et profonde. On a conservé le discours que Fénelon lui adressa dans cette circonstance-, son peu d'étendue nous permet de le donner en entier.
« Le voilà enfin arrivé , Monseigneur, ce jour « que vous avez tant désiré et attendu , ce jour a qui doit apparemment décider de tous les autres « de votre vie, jusqu'à celui de votre mort.
u Votre Sauveur vient à vous sous les apparences