‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 17 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

« de raliment le plus familier, afin de nourrir <c votre âme comme le pain nourrit tous les jours a votre corps : il ne vous paraîtra qu'une parcelle « d'un pain commun *, mais la vertu de Dieu y est « cachée, et votre foi saura bien l'y trouver. Di- « tes-lui comme Isaîe le disait : Vere tu es Deus « absconditus. C'est un Dieu caché par amour *, « il nous voile sa gloire , de peur que nos yeux n'en « soient éblouis, et afin que nous puissions eu ap- « procher plus familièrement ; c'est là que vous (( trouverez la manne cachée avec les divers goûts « des vertus célestes. Vous mangez le pain qui est « au-dessus de toute substance -, il ne se changera (( pas envoies, homme vil et mortel, mais vous « serez changé en lui , pour être un membre vivant « du Sauveur. Que la foi et l'amour vous fassent , « goûter le don de Dieu : Gustate et videte quo- « niam tuavis est Daminus, »

L'heureuse révolution que la religion était parvenue à opérer dans toutes les parties du caractère de ce prince fut si sensible , qu'elle frappa toute la cour. M"* de Maintenon elle-même raconte que, depuis la première communion du duc de Bourgogne, on avait vu disparaître peu à peu tous les défauts qui, dans son enfance, donnaient de grandes inquiétudes pour l'avenir.

La religion avait tellement brisé ce caractère si dur, si hautain , si plein de lui-même , qu'on ne lui disait rien de ses défauts, qu'il ne connût, qu'il

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ne sentit et qu^il n'écoutât avec reconnaissance. « Je « n'ai jamais vu personne , dit Fénelon , à qui «j'eusse moins craint de déplaire^ en lui disant « contre lui-même les plus dures vérités; j'en ai « fait des expériences étonnantes. »

Les principes de religion et les sentiments de piété que les instituteurs du duc de Bourgogne s'attachaient à lui inculquer, n'apportaient pas la plus légère diversion à ses études littéraires-, Fénelon voulait faire de son élève un prince aussi religieux qu'éclairé, il voulait qull montât sur le trône avec toutes les vertus du christianisme et toutes les connaissances nécessaires au gouver^ nement d^un grand empire.

C'était dans cette pensée que Fénelon s'était attaché à donner à M. le duc de Bourgogne une connaissance de l'histoire ancienne et de la moderne, aussi approfondie que son âge pouvait le comporter. Lorsque Fénelon crut remarquer que son élève avait fait des progrès assez rapides dans cette partie de ses éludes, il conçut le projet de lui faire connaître successivement les principaux personnages qui ont marqué sur la scène du monde , et il composa dans ce but ses Dialogues des morts. Il voulut apprendre au duc de Bourgogne à juger et à réduire à leur juste valeur tant de réputations usurpées. Il passe en revue, dans ces dialogues, presque tous les personnages connus de l'histoire ancienne et de l'histoire moderne, nies met en présence les

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