‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 18 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE. Ô · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. Ô

uns des autres-, il les suppose dégagés de tous les préjugés et de tous les intérêts qui les avaient séduits ou égarés pendant leur vie ^ il les fait parler, sans déroger à la vérité de leur caractère, avec une franchise et une Hberté qui n'appartiennent qu^à l'histoire et à la postérité. 11 fait ressortir par leurs propres aveux , ou par le combat de leur amour-propre , tous les défauts de leur caractère , tous les torts de leur conduite , tous les crimes de leur ambition ^ et il annonce ainsi au jeune prince comment il sera jugé à son tour par l'histoire et la postérité.

On voit dans ces dialogues jusqu'à (Juel point Fénelon s'était rendu maître de tout ce qui appartient à l'histoire , à la politique, à la littérature et à la philosophie. On est surtout frappé de la justesse de ses jugements et de ses réflexions, que le lecteur est porté à s'approprier sur-le-champ, comme si Fénelon n'avait fait que le prévenir.

Mais si l'on est étonné du génie du précepteur, on a le droit de s'étonner encore plus , à quelques égards , de celui d'un élève de treize à quatorze ans , déjà assez instruit poui' être en état de saisir et d'embrasser tous les objets d'une éducation si avancée.

Quelle idée doit-on se former des instituteurs qui avaient réussi à placer dans l'esprit d'un enfant de quatorze ans tout ce que la religion, considérée sous le double rapport de sa doctrine et

de son histoire , peut renfermer de plus instructif et de plus merveilleux ^ tout ce que la littérature ancienne et la littérature moderne peuvent offrir de plus enchanteur ^ tout ce que le magnifique tableau de rhistoire peut présenter de grandes leçons politiques et morales!...

L^abbé Fleury, qui jamais, ni par intérêt, ni par flatterie , n'a altéré la vérité dans sa bouche ni dans ses écrits , disait de M. le duc de Bourgogne « quMl eût été difficile de trouver dans le royaume, (( non pas un gentilhomme , mais quelque homme « que ce fût de son âge plus instruit que lui. »

En un mot Téducation de M. le duc de Bourgogne fut le chef-d'œuvre de la vertu et du génie ; sa mémoire est encore chère à tous ceux qui ramènent leurs pensées sur ces temps déjà si loin de nous. Si l'élève de Fénelon avait succédé à Louis XIV, le xviir siècle n'aurait-il pas reçu une autre impulsion, une autre marche que celle qu'il a suivie? Aurions-nous été témoins de l'épouvantable catastrophe qui l'a terminé ? Vains regrets, vœux inutiles: il semble que la Providence n'ait montré ce prince à la France, que pour lui laisser entrevoir le trésor qu'elle lui réservait , si elle avait su s'en rendre digne.

Fénelon fut également chargé de l'éducation des frères du duc de Bourgogne, le duc d'Anjou (depuis Philippe V, roi d'Espagne) et le ducdeBerri.

Malgré les soins assidus qu'il apporta à l'édu*

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