‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 20 sur 75 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Situation de Fénelon à la cour.— DésintéresBement de Fénelon.— 11 estnommè à Tabbaye de Saiat-Valery.— L*année suivante il est

nommé à l'archevêché de Cambrai Il se démet de son abbaje.-^

Du quiétisme. — Moliuos. — Mm* Gujon et le Père Lacombe. ^ Mm< Guyon est arrêtée. — Mdi« de Maintenon obtient sod élargissement et Pattire à Saint-Cyr. — Elle se refroidit hientAt pour M">« Gayon. — Conférences d'Issj. — Fénelon y est associé après sa nomination à l'archevêché de Cambrai. — Il est sacré à Saini-Cyr. — Mme Guyon abuse de la confiance de Bossuet. — Elle est de nouveau arrêtée. — Situation embarrasaante de Fénelou.

Les premières années de l'éducation de M. le duc de Bourgogne furent peut-être l'époque la plus heureuse de la vie de Fénelon. 11 avait dompté le caractère de ce jeune prince y et ouvert son cœur à tous les sentiments vertueux ; il avait dirigé son esprit vers les sciences utiles et agréables avec une rapidité dont l'éducation d'aucun autre prince n'avait offert d'exemple. La cour admirait avec surprise un changement qui surpassait tout ce que la flatterie aurait pu supposer.

Fénelon se livrait aux plus douces espérances , et jouissait de tout le bonheur qu'il avait su réunir autour de lui. La société de quelques amis vertueux

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était sa seule distraction pendant les courts instants de liberté que lui laissaient les devoirs de sa charge. Son esprit , ses talents , le charme de sa conversation et l'heureuse séduction de ses manières lui avaient concilié tous les suffrages.

La cour de Louis XIV, devenue plus sérieuse à mesure que le monarque se montrait de jour en jour plus religieux et plus régulier dans ses mœurs, conservait toujours ce bon goût, cette noblesse et cette décence si bien assortis au caractère de Tabbé de Fénelon.

Le charme de son caractère avait entraîné M"* de Maintenon -, elle lui montrait une confiance qu'elle n'avait éprouvée pour personne au même degré. Elle l'avait rencontré souvent chez M. de Beauvilliers , et cette femme , pleine de tact et d'esprit, avait su apprécier d'abord tout le mérite de Fénelon. Mais ce fut la piété de Fénelon , encore plus que son esprit , qui inspira à M""' de Maintenon un véritable attachement pour lui. Dans une de ses lettres à M"* de Saint-Géran , on trouve ce passage : « J'ai vu encore aujourd'hui l'abbé de (i Fénelon. Il a bien de l'esprit , il a encore plus « de piété : c'est justement ce qu'il me faut. »

Elle était alors occupée à donner à la maison de Saint-Cyr des règlements conformes à Tesprit de religion et aux vues de sagesse qu'elle s'était proposées dans cet établissement. Elle réclama pour cet objet les conseils et les instructions de tout ce que

rÉglise de Paris offrait alors de plus vertueux et de plus éclairé. C^étaient des hommes aussi célèbres parleurs connaissances que par leur piété : c'étaient le Père Bourdaloue, MM. Tiberge et' Brisacier, supérieurs des Missions- Étrangères; M. Joly, su* périeur général de Saint-Lazare ; Tabbé Godet des Marais, depuis évéque de Chartres. Fénelon fut associé à ces hommes respectables.

On reconnut bientôt que , par la flexibilité de son esprit, il était propre à tous les genres d'instruction. Par un contraste singulier, on vit le même homme qui élevait le petit-fils de Louis XIV et préparait à la France un grand roi , enseigner à des religieuses les vertus humbles et cachées du cloître , et à déjeunes pensionnaires les premiers éléments du christianisme. Ses écrits et ses instructions passaient par les mains de M"''' de Maintenon , qui y trouvait chaque jour de nouveaux motifs pour goûter le caractère et les principes de Tabbé de Fénelon. 11 réunissait tout ce qui pouvait convenir à sa piété et plaire à son goût. Plus elle le voyait, plus elle s'attachait à lui ; elle eut même la pensée de le choisir pour son directeur après la mort de Tabbé Gobeliz j qui avait eu sa confiance dès sa première jeunesse. Elle hésita quelque temps entre lui et Tabbé Godet des Marais , depuis évéque de Chartres. Ce dernier eut la préférence , quoiqu'il eût un air froid y sec et austère ; mais tout ce qu'elle avait vu en lui , dans ses rapports avec Saint-Cyr,

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parut à M"^ de Maintenon si saint, si vertueux , si sage , si modéré , si prudent , qu'elle se décida à lui donner sa confiance. C'est M"^ de Maintenon elle-même qui donne ces détails, et qui ajoute qu'elle a souvent pensé depuis , sans pouvoir s'en rendre compte , pourquoi elle ne prit pas l'abbé de Fénelon , dont toutes les manières lui plaisaient, dont l'esprit et la vertu l'avaient si fort prévenue en sa faveur.

On voit par tous les détails de confiance qu'elle conserva avec lui , lors même que l'affaire du quiétisme eut commencé à faire un certain éclat , com** bien elle goûtait ses maximes, vénérait sa vertu , et admirait son désintéressement.

Cette dernière qualité devait surtout frapper M"" de Maintenon , car elle en offrait elle-même le modèle le plus admirable dans une place qui mettait à ses pieds toute la cour et tous les ambitieux. On aura peine à croire que Fénelon fut cinq ans précepteur des enfants de France sans recevoir la plus faible grâce. Il est assez curieux d'apprendre jusqu'à quel point la situation de Fénelon fut longtemps gênée et embarrassée dans une place si brillante et si enviée. Il n'eut pour tout revenu ecclésiastique , jusqu'à l'âge de quarante-trois ans , que le petit prieuré de Carennac , que l'évêque de Sarlat , son oncle , lui avait résigné pour l'aider à subsister à Paris pendant qu'il y exerçait les fonctions du saint ministère. Il resta cinq années dans

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