PREMIÈRE PARTIE
Ions parler de l'aiïaire du quiélisme et de sa <;on~ iroverse avec Bossuet.
Nous n^entrerons pas dans tous les détails de cette longue controverse , qui d'ailleurs n'offrirait que peu d'intérêt à la plupart de nos jeunes lecteurs. Le seul, le grand intérêt qu'elle puisse inspirer aujourd'hui , c'est d'en observer le résultat , qui fut tout entier en faveur de la religion et de la vérité. Bossuet eut le mérite de faire condamner des erreurs qui n'étaient pas sans danger. Fénelon eut le mérite encore plus rare de se soumettre au jugement qui l'avait condamné.
On appelle quietisme un système de mysticité qui fait consister la perfection chrétienne dans un acte continuel et invariable de contemplation et d^ amour qui donne à l'âme un état de tranquillité, de repos inaltérable. C'est cet état que Ton nomme quiétigme.
Michel Molino9, prêtre espagnol, peut être regardé comme le patriarche des quiétistes modernes. Ses écrits furent condamnés en 1687, par une bulle du pape Innocent XI.
Peu de temps après cette condamnation , le quietisme s'introduisit en France , mais avec des modifications qui l'éloignaient beaucoup de celui de Molinos, et qui pouvaient faire croire aux partisans de ce système mitigé, qu'ils ne partageaient en aucune façon les doctrines du prêtre espagnol.
70 HISTOIRE DE PÉNELON.
Peut-éti'c ce nouveau quietisme serait-il passé inaperçu, ou du moins n aurait pas eu autant de relentissement et d'éclat, si, par un concours malheureux de circonstances , les prélats les plus recommandâmes de TÉglise de France et les personnages les plus vertueux de la cour de Louis XI V^ ne se fussent trouvés mêlés à ces affligeantes discussions.
Une femme, M"' Guyon, donna lieu à cette controverse. Quelques mots sur Thistoire de cette femme sont nécessaires pour Tintelligence de notre récit.
M°** Guyon, née en 1648, resta veuve à Tâge de 28 ans, avec trois enfants en bas âge. Elle avait montré de bonne heure un penchant décidé pour toutes les œuvres de charité, et un goût extrême pour une dévotion tendre et affectueuse. Son imagination trop vive et trop exaltée la porta à croire qu'elle était appelée à exercer dans TËglise un ministère extraordinaire , et malheureusement elle fut entretenue dans ces idées par le Père Lacombe, barnabite, qui lui-même était disposé ayx illusions d'une imagination désordonnée.
Tourmentée de la manie de fonder une espèce d'association mystique , elle cessa de remplir ses devoirs de mère de famille, abandonna la garde de ses enfants à ses parents, avec un revenu de plus de 40,000 livres-, et, ne se réservant pour elle-même qu'une rente assez modique , elle se mit à voyager