PREMIÈRE PARTIE
en France ei à rétrangoi' pour chercher à réaliser ridée qui l'occupait.
Elle revint à Paris en 1687, après six ans d'absence, de voyages, de courses, de conférences et de prédications, qui ont donné lieu à ses ennemis de hasarder les reproches les plus graves contre ses opinions et même contre ses mœurs , quoique , sous ce dernier rapport surtout, il fut facile de convaincre ses détracteurs de calomnie.
Pendant ces deux voyages , elle composa deux ouvrages qui ont fourni des motifs légitimes de censure. L'un est intitulé Moyen court et très-facile pour l'Oraison, et l'autre , Explication mystique du Cantique des Cantiques. On crut remarquer dans ces écrits quelques traces de la doctrine de Molinos, condamnée par le pape Innocent XI ; et M. de Harlai , archevêque de Paris, s'empressa de les condamner, ainsi qu'un ouvrage du Père Lacombe, intitulé jiénalyse de T Oraison mentale.
Par suite de cette condamnation , un ordre du roi fit mettre en état d'arrestation le Père Lacombe, qui fut envoyé à l'île d'Oléron, etM"^ Guyon, qui fut conduite aux religieuses de Sainte-Marie de la rue Saint-Antoine. Sa conduite dans cette maison inspira le plus grand intérêt pour elle, et dissipa tous les nuages que la prévention avait pu élever.
Les personnes les plus recommandables s'intéressèrent auprès de M"»' de Maintenon pour faire cesrser sa captivité. Ce furent principalement M"*' de
Mirainion , si connue par une vie pleine de bonnes œuvres -, M"' de Maisonfort , parente de M"' Guyon , et liée à M""" de Maintenon , qui l'avait attirée à Saint-Cyr^ enfin M"*' la duchesse de Béthune, née Fouquet, Tamie la plus zélée de M''* Guyon. Le témoignage de trois personnes aussi recommandableâ triompha des scrupules qu^aurait pu conserver M"** de Maintenon : elle sollicita pour elle auprès du roi, et, après que M"* Guyon eut signé une déclaration de soumission à l'autorité ecclésiastique , elle recouvra sa liberté.
Aussitôt que M*"* Guyon eut quitté sa retraite , la reconnaissance la conduisit aux pieds de M""* de Maintenon; elle lui fut présentée par la duchesse de Béthune , qui Tintroduisit en même temps dans la société de M"*' de Beauvilliers. C'est là que , pour la première fois (en 1688), Fénelon connut M"' Guyon , et qu'il la vit fréquemment lorsqu'il fut devenu précepteur de M. le duc de Bourgogne. C'est là que M"*' Guyon obtint un ascendant extraordinaire sur les personne^ qui composaient cette société, et qui toutes étaient d'un esprit et d'un mérite supérieurs. Ses premiers entretiens se changèrent bientôt en des conférences pieuses, où M"*' Guyon exposait sa doctrine sous les formes les plus séduisantes et sous les couleurs les plus propres à la faire goûter par des âmes pures et religieuses. Fénelon, qui avait fait dans sa jeunesse une étude particulière des auteurs mystiques, fut