‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 24 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

enchanté de retrouver leurs maximes, leur langage, leurs sentiments et leurs expressions affectueuses dans la bouche d'une femme qui avait fait de grands sacrifices pour se vouer au même genre de perfection. Familiarisé depuis longtemps avec un langage qui ne pouvait être bien entendu que par des âmes pieuses, il croyait qu'on ne devait pas soumettre aux règles d'une critique vulgaire ou aux caprices d'un goût profane des expressions exagérées ou des comparaisons singulières.

M™ de Maintenon se laissa gagner à l'entraînement général. Édifiée de quelques-unes des conférences de M"' Guyon , auxquelles elle avait assisté, elle forma le dessein de faire jouir Saint-Cyr des instructions d'une dame qui avait le don d'inspirer le désir de la perfection à tous ceux qui l'entouraient. M"' de Brinon, supérieure de Saint-Cyr, M""* de Maisonfort et Fénelon lui-même l'entretinrent dans cette pensée.

L'appui de M"' de Maintenon, la confiance des hommes les plus vertueux de la cour, Tenthousiasme qu'elle inspira à Saint-Cyr persuadèrent à M"' Guyon qu'elle était appelée à une mission extraordinaire. Pour mieux établir sa doctrine , elle confia à M"»* de Maisonfort et à celles des autres religieuses qui marquaient le même goût, quelques-uns de ses écrits, où elle avait développé toutes les parties de son système.

M"* de Maintenon, qu'une imagination natu-

rellement froide et une raison sévère prései'vaient de tout engouement, et qui ne lui avait accordé sa faveur que par un effet de sa confiance et de son estime pour Fénelon et pour les autres, amies de Mme Guyon , ressentait une certaine méfiance sur la singularité de ses maximes, dont la nouveauté rétonnait avec raison. Elle consulta à cet égard M. Godet des Marais, son directeur, devenu depuis évêque de Chartres.

Celui-ci, après s'être instruit, avec toute l'attention dont il était capable, des maximes de M"** Guyon, fut alarmé de ses doctrines et dénonça ses ouvrages comme remplis de nouveautés suspectes et d'erreurs dangereuses. Il observa dans cette circonstance tous les égards que lui prescrivaient le sentiment d'amitié qui rattachait à Fénelon, et la haute opinion qu'il avait de sa vertu. Mais en sa qualité d'évêque de Saint-Cyr, il s'expliqua avec franchise et fermeté à M*"' de Maintenon, et l'invita à prendre les mesures les plus promptes et les plus efficaces pour préserver cette maison du danger qui la menaçait.

Cependant M"* de Maintenon, dans une matière aussi délicate , crut ne pas devoir s'en rapporter uniquement aux lumières de l'évêque de Chartres, quelque déférence qu'elle eût pour ses' avis. Elle consulta Bossuet, M. de Noailles, alors évêque de Châlons-, elle interrogea secrètement Bourdaloue, MM. Joly , Tîberge , Brisacier et Tronson. Les

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