PREMIÈRE PARTIE
sa conduite et soumettre sa doctrine à un examen régulier. On lui refusa les commissaires laïques , mais on lui accorda les trois juges ecclésiastiques qu'elle désigna elle-même , savoir : Bossuet , M. de Noailles, évêque de Châlons, et M. Tronson, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice
Les trois commissaires nommés pour Texamen des doctrines de M"' Guyon dédaignèrent avec raison de discuter les imputations calomnieuses qu'on avait cherché à répandre contre ses mœurs. On Tinterrogea sur sa doctrine , et ses réponses parurent annoncer Tintention de n'avoir jamais voulu s'écarter de la doctrine de l'Église , et des regi^ets sincères d'avoir pu donner des soupçons sur la pureté de sa foi.
Après avoir ainsi écarté tous les faits personnels qui étaient étrangers à l'objet de leur commission^ après avoir obtenu, sur les intentions de M"' Guyon, des éclaircissements qu'ils jugèrent suffisants, les trois commissaires fixèrent toute leur attention sur les points de doctrine . Ils conçurent le dessein d'exposer les véritables sentiments de l'Église sur les points controversés , par quelques maximes doctrinales qui serviraient désormais de règle pour l'enseignement et la pratique dans les matières de spiritualité, et préviendraient tous les abus qu'on serait tenté de faire des expressions trop figurées qui sont répandues dans un grand nombre d'auteurs mystiques.
Tel fut lobjet des conférences d'issy : c eiaît la maison de campagne du séminaire de Saint-Siilpice que les conunissaires avaient adoptée pour leurs réunions. Ces conférences durèrent plus de six mois. Fénelon y prenait un vif intérêt , quoiqu'il n'y fût point admis ; mais ses anciennes et habituelles relations avec Bossuet, M. de Noailleset M. Tronson, son zèle pour la doctrine de V amour de Dieu pour lui-même, son amitié, et méme^ si Ton veut; sa prévention pour M"* Guy on, l'étude approfondie qu'il avait faite de tous les auteurs mystiques y lui donnaient en cette matière des connaissances et des avantages que les commissaires eux-mêmes ne crurent pas devoir négliger.
C'est vers cette époque que M""* de Maintenon , encore fidèle à son amitié pour Fénelon, et uniquement occupée de la pensée de rendre ses talents utiles à l'Église dans une grande place , avait le projet de le faire nommer à l'archevêché de Cambrai , qui était alors vacant \ mais elle aurait employé tout son crédit à l'en écarter, s'il fût resté le plus faible nuage sur la pureté de sa doctrine. Aussi désirait-elle , par suite des conférences d'issy, s'assurer, par le témoignage de Bossuet et de l'évêque de Châlons, des véritables sentiments de Fénelon. Ces deux prélats , ainsi que l'évêque de Chartres, applaudirent aux vues de M"' de Maintenon sur l'élévation de Fénelon, d'où l'on doit conclure que ni l'un ni l'autre ne regardaient