‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 27 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

encore ses opinions comme des erreurs, ni même comme des sentiments assez inquiétants pour s'opposer aux projets que Ton avait en sa faveur. Effectivement ce fut peu de temps après que Fénelon fut nommé à Tarchevêché de Cambrai.

Cette nomination fit naître à l'évêque de Chartres et à M""' deMaintenon Tidée d'associer Fénelon aux conférences d'issy. Ce dessein , qui avait pour objet d'amener Fénelon à modifier lui-même ce qu'il pouvait y avoir d'excessif dans son système de la charité parfaite , eut d'abord tout le succès qu'on en pouvait attendre , et aurait suffi pour tout concilier, si les malheureux incidents qui survinrent n'avaient fait évanouir toutes les espérances qu'on avait conçues des conférences d'Issy.

Fénelon , après avoir pris connaissance de trente articles rédigés par Bossuet, et en avoir fait ajouter quatre autres, se réunit entièrement de sentiment sur les principes et sur les expressions avec les trois autres commissaires , et tous ensemble ils signèrent à Issy les trente- quatre articles, le 18 mars 1695.

Bossuet et l'évêque de Châlons étaient convenus de publier, aussitôt quils seraient de retour dans leurs diocèses, les articles d'Issy^ dans une ordonnance qui porterait en même temps condamnation des ouvrages de M"*' Guyon , sans toutefois la nommer. C'est ce qu'ils firent dès le mois d'avril suivant.

Après avoir publié ces ordonnances dans leurs diocèses, Bossuet et l'évêque de Châlons revinrent à Paris , pour assister au sacre de Fénelon , qui eut lieu à Saint-Gyr, le lO juin 1695. Bossuet fut consécrateur, l'évêque de Châlons premier assistant, etTévêque d'Amiens second assistant. Cette cérémonie fut célébrée en présence de M"* de Maintenon et des petits-fils de Louis XIV, qui eurent la satisfaction de voir leur précepteur élevé à une dignité qui était la juste récompense de son mérite et.de sa vertu. Personne ne prévoyait encore que ce jour de gloire et d'édification , dont tout l'appareil extérieur annonçait la faveur, serait bientôt suivi d'une longue disgrâce et des plus amères contradictions.

Peu de temps après le sacre de Fénelon, M"" Guyon obtint de Bossuet un certificat trèsavantageux sur sa conduite, ses intentions et ses dispositions. Munie de cette pièce , elle quitta mystérieusement sa retraite , vint à Paris où elle répandit des copies de ce certificat, et ses disciples eurent l'imprudence de publier cet acte comme un témoignage de la pureté de sa doctrine, tandis qu'on n'y trouvait que l'excuse de ses intentiang. Une pareille conduite faisait juger avec assez de vraisemblance qu'elle s'était bien moins proposé de suivre les avis de ce grand évêque , que de surprendre sa bonne foi.

Le 6 août de cette même année , François de

Harlai , archevêque de Paris, mourut frappé d'une attaque d'apoplexie. Cette mort faisait vaquer le premier siège de TÉglise de France , et les amis de Fénelon regrettèrent peut-être alors son élévation si récente à l'archevêché de Cambrai. Peutêtre se flattèrent-ils qu'on aurait eu la pensée de le nommer à celui de Paris , mais il paraît peu vraisemblable que leurs espérances se fussent réalisées. Louis XIV avait plus d'estime que de goût pour Fénelon. On a même prétendu que son esprit trop brillant et ses théories politiques avaient plutôt éloigné qu'attiré un prince qu'une imagination calme et un jugement sain et juste portaient à se méfier de tout ce qui ressemblait à l'esprit de système.

Il parait qu'on balança quelque temps entre Bossuet et l'évêque de Châlons ^ mais ce dernier l'emporta , et fut nommé à l'archevêché de Paris , le 19 mars 1696 (1).

La conduite inexcusable de M"" Guyon envers Bossuet, et le mystère avec lequel elle était venue se cacher à Paris, avaient singulièrement indisposé contre elle M"' de Maintenon et Bossuet. Depuis cette époque , ils furent aussi aigris contre elle qu'ils avaient paru portés jusque alors à accueillir favorablement ses explications.

(1) Comme nous aurons souvent à parler de lui dans le couraiii de cette histoire, nous l'appellerons dorénavant le cardinal de NoaiUes, quoiqu'il n'ait été élevé au cardinalat qu'en 1700; mais il est plus connu sous ce titre que sous aucun autre.

Les suites fâcheuses de cette disposition retombaient nécessairemeot sur Fénelon. La prévention qu'il conservait pour elle ne lui permettait ni de la condamner, ni de Tabandonner entièrement. La délicatesse môme de sa conscience l'invitait à se montrer le défenseur, ou du moins l'interprète favorable des sentiments d'une femme dont il connaissait toute la piété.

Cependant il paraît que M"** de Mainienon conserva encore toute sa confiance et son affection pour Fénelon pendant son premier voyage de Cambrai , qui eut lieu quelques jours avant la mort de l'archevêque de Paris. On en trouve la preuve dans la correspondance qui exista entre eux pendant cette première absence.

En parlant de ce voyage , nous ne pouvons passer sous silence un trait de noblesse et de désintéressement par lequel Fénelon l'a signalé. Les besoins de l'État et les dépenses de la guerre venaient de forcer Louis XIV à établir, pour la première fois , une capitation (ou impôt personnel) sur tous ses sujets. L'archevêque de Cambrai ne se borna point à contribuer à ce subside dans la proportion de ses revenus. Il écrivit au contrôleur général des finances, pour le prier d'ajouter à sa taxe personnelle la totalité de la pension que le roi lui accordait en qualité de précepteur des princes ses petits-fils. Louis XIV sentit tout le mérite d'un procédé si délicat , mais il ne voulut pas en profiter.

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