‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 28 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

A son retour à Versailles, Fénelon continua à voir M"* de Maintenon avec la même liberté, sinon avec la même confiance : toujours fidèle à son caractère de franchise et de simplicité , il ne se croyait pas obligé 'de lui faire un mystère de l'estime et même de la vénération qu'il ne cessait d'avoir pour M"* Guyon.

Fénelon retourna une seconde fois- à Cambrai, vers le milieu de décembre 1696, et ce fut trèspeu de jours après qu'arriva le fâcheux éclat dont les suites funestes furent beaucoup plus malheureuses qu'on ne l'avait prévu. Bossuet avait sollicité l'arrestation de M*"* Guyon ] on découvrit difficilement sa retraite ; enfin elle fut trouvée dans une maison du faubourg Saint-Antoine, et conduite au donjon de Vincennes, le 24 décembre 1695.

Ce fut à Cambrai , où Fénelon venait à peine d'arriver, qu'il apprit que M"*' Guyon était arrêtée et détenue à Vincîennes. Ce coup d'autorité ne lui permit pas de douter qu'elle avait des ennemis puissants qui s'étaient proposé de faire ce premier essai de leur force et de leur crédit , pour attaquer avec plus d'avantage ses amis et ses protecteurs.

Dès lors Fénelon s'imposa la loi de ne se permettre aucune démarche qui put le faire regarder comme partisan d'une doctrine devenue si odieuse : il est vraisemblable que si l'on n'eut pas dans la suite exigé de sa part des actes au moins indi-

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rects, pour le faire expliquer sur la personne de j^me Guyon d uue manière. contraire à lopinion qu'il en avait, toutes ces malheureuses contestations auraient fini sans éclat , sans contradiction et sans scandale. Cependant , si une délicatesse excessive en amitié, ou plutôt la conviction intime de sa conscience sur la vertu de M"* Guyon , n'eût pas rendu Fénelon un peu trop inflexible , s'il eût bien voulu déférer à la droiture et aux conseils de l'évêque de Chartres et aux vues de conciliation de M. Tronson, qui ne pouvait lui être suspect, il aurait été encore temps de prévenir l'orage qui le menaçait.

^me Guyon était enfermée depuis près de huit mois dans le donjon de Vincennes ; elle persistait toujours à penser et à dire que sa doctrine était irréprochable , et qu'elle avait pu seulement se tromper en employant des expressions peu exactes. Enfin elle consentit à signer un projet de soumission qu'avaient rédigé Fénelon et M. Tronson, avec l'autorisation du cardinal de Noailles. Elle prenait , dans cet écrit , l'engagement formel de conformer désormais sa conduite et ses sentiments aux règles et aux instructions qui lui seraient prescrites par l'archevêque de Paris, son supérieur. Elle signa cette déclaration le 28 août 1696 , et demeura fidèle à l'engagement qu'elle avait contracté. En conséquence , elle fut transférée de Vincennes à Vaugirard , dans une petite maison ,

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