‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 3 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

et de Rome , que se sont formés tous les ëcnvains , tous les orateurs remarquables du xvii*" et du xviii' siècle, et que c'est là que Fénelon a trouvé le secret de ce style facile, gracieux, élégant , plein d'un charme indéfinissable et empreint d'un cachet particulier f qu'on est convenu d'appeler le style de Fénelon.

A l'âge de douze ans il fut envoyé à Tuniversité de Cahors, où iLacheva son cours d'humanités et de philosophie , et prit les degrés qui lui suffirent dans la suite pour les dignités ecclésiastiques auxquelles il fut élevé.

La réputation du jeune Fénelon engagea son oncle, le' marquis Antoine de Fénelon, à le faire venir à Paris. Il le place au collège du Plessis, pour achever ses études de philosophie et commencer celles de théologie. Ce fut là qu'il se lia avec le jeune abbé de Noailles, depuis cardinal et archevêque de Paris.

Ses progrès au collège du Plessis furent tels qu'on lui fit prêcher , à l'âge de quinze ans , un sermon qui eut un succès extraordinaire.

Mais le marquis de Fénelon fut moins flatté qu'alarmé des applaudissements qu'on donnait à son neveu, et dans la crainte qu'on ne corrompît un si heureux naturel par des éloges exagérés ou prématurés , il fit entrer le jeune Fénelon au séminaire deSaint-Sulpice , et le plaça sous la direction de M. Tronson.

Le marquis de Fénelon avait été nourri dans les principes les plus purs de la religion et de Phonneur , et il portait dans l'observation des règles et des maximes qu'elles prescrivent, une exactitude scrupuleuse et sévère.

Lié avec M. Olier, instituteur et fondateur delà congrégation de Saint-Sulpice ^ ils avaient formé ensemble un projet bien extraordinaire. C'était une association contre le duel. La sévérité du cardinal de Richelieu avait réprimé la fureur des com* bats singuliers; mais depuis sa mort cette démence sanguinaire reprenait une nouvelle force. Si ce projet n'obtint pas le succès que s'en étaient promis ses auteurs , il ne faut s'en prendre qu'au préjugé barbare auquel notre nation reste encore asservie : plaie honteuse que la religion seule peut guérir , en ramenant les hommes aux véritables sentiments de l'honneur et de l'humanité.

Le marquis de Fénelon perdit son fils unique au siège de Candie , en 1669. Ce malheureux père trouva dans ses principes religieux le seul appui qui pût soutenir son courage dans sa douleur. Mais la Providence lui ménageait la plus douce des consolations , en substituant au fils qu'il avait perdu un neveu qui devint l'objet de ses soins et de ses plus tendres affections , et auquel il servit de père et de guide dans le chemin de Thonneur et de la vertu.

En plaçant le jeune abbé de Fénelon au sémi-

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naire de Saint-Suipice et en le mettant sous la direction de M. Tabbé Tronson , le marquis n'avait d'autre but que de faire prendre à son neveu le véritable esprit de son état. U ne pouvait assurément choisir une institution et un instituteur plus propres au succès de ses pieuses intentions.

Ce fut dans les lumières, les ex.emples et dans la piété tendre et affectueuse de ce sage directeur, que Fénelon puisa le goût de ces vertus vraiment sacerdotales dont il offcit ensuite le modèle le plus accompli dans les diverses situations de sa vie.

La congrégation de Saînt-Sulpice , établie si récemment encore , jouissait déjà de la plus haute considération. Destinée à former des ministres à rÉglise , pour les différents ordres de la hiérarchie , elle s'était pénétrée du véritable esprit qui convient à la sainteté du sacerdoce; elle s'attachait à donner à ses jeunes élèves le goût et l'habitude des études sérieuses , à diriger Tordre de leur travail et l'emploi de leur temps , et à établir dans leur esprit les premiers fondements de toutlesysrtème des sciences ecdé^astiques.

Un grand nombre d'ecclésiastiques qui ont été appelés au^ plus éminentes dignités de l'Église sont sortis de Saint-Sulpice \ mais parmi eux Fénelon est sans contredit un de ceux dont cette société peut se glorifier à plus juste titre.

A l'époque où Fénelon fut placé à Saint-Sulpice , la controvei*se du jansénisme agitait tous les

esprits. Ce fut surtout entre la société des jésuites et récole de Port-Royal que s'établit cette lutte qui fut si fatale à Tune et à l'autre. Fénelon fut ami des jésuites, sans leur être asservi , et opposé à Port-Royal, sans en être Tennemi. Quelques observations sur ces deux écoles et sur Tinfluence qu'elles eurent sur les affaires de l'Église de France pendant un siècle entier , ne seront point déplacées dansThistoire d'un prélat qui fut appelé dans la suite à remplir un rôle si remarquable dans la controverse religieuse.

L'institut des jésuites , auquel aucun autre n'a jamais pu être comparé , avait été créé pour embrasser dans le vaste emploi de ses attributs et de ses fonctions , toutes les classes , toutes les conditions, tous les éléments qui entrent dans l'harmonie et la conservation des pouvoirs politiques et religieux.

L'objet de cet institut avait été , dès sa fondation, de défendre l'Église catholique contre les nouvelles hérésies, et de protéger l'ordre social et la forme de gouvernement établie dans chaque pays, contre le torrent des opinions anarchiques qui marchent toujours de front avec les innovations religieuses. La considération qui s'attache à la supériorité des lumières et des talents , la confiance de tous les gouvernements catholiques et le succès de leur méthode firent passer presque exclusivement entre les mains des jésuites le dépôt de l'instruction

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