‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 4 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

publique. Du reste , ils étaient caractérisés par une sévérité de mœurs, une tempérance, une noblesse et un désintéressement personnel , que leurs ennemis mêmes n'ont pu leur contester, et qui sont la plus belle réponse à toutes les satires dictées par la haine, la jalousie et sui*tout par Timpiété.

Dès les premiers jours de sa naissance, ce corps forme des établissements dans tous les États catholiques , combat Phérésie avec intrépidité, fonde des missions dans le Levant et dans les déserts de TAmérique, et va porter TÉvangile dans les Indes, dans la Chine et au Japon. On ne remarque en lui ni enfance , ni vieillesse ] il est né et il a subsisté toujours avec toute la videur de la maturité. Sa constitution était si parfaite qu'on ne fut jamais obligé de suppléer par de nouvelles lois à rimperfection de celles quil avait reçues de son fondateur.

Frappée d'un coup terrible, et que ses ennemis croyaient mortel , cette société, après deux siècles d'existence, tomba tout entière^ mais elle sut honorer ses malheurs par un courage noble et tran* quille. Ces hommes qu'on avait peints si dangereux , si puissants, si vindicatifs, fléchirent, sans murmurer et avec une religieuse résignation , sous la main qui les écrasait. Exilés, dispersés pendant de longues années, ils virent renversersuccessivemeiit par la tempête révolutionnaire toutes les institutions, toutes les lois qu'ils avaient si longtemps

défendues. Enfin, quand le calme fut rétabli, quand le besoin de Tordre se lit sentir de toutes parts , on se souvint des jésuites. Lés mêmes autorités qui les avaient proscrits les rappelèrent. Ils reparurent alors dans TËurope catholique, moins nombreux, il est vrai, moins riches qu'autrefois, mais non moins zélés , non moins ardents à remplir la mission que leur a léguée leur saint fondateur. En France , Tesprit révolutionnaire s'alarma bientôt , et les jésuites furent proscrits de nouveau. Nous avons été témoins de leur soumission, qui rappelle tout ce que nous avons dit au sujet de la première persécution qu'ils eurent à souffrir.

Mais au moment où commence notre histoire de Fénelon , s'élevait à côté des jésuites une société rivale, l'école de Port-Royal-des-Champs. Dans l'origine, cette société ne fut que la réunion des membres de la famille Amauid, déjà connue par sa haine héréditaire pour les jésuites. Ils avaient choisi les environs de Port-Royal pour se rapprocher de leur sœur, la mère Angélique, abbesse de ce monastère. Bientôt leurs parents, leurs amis se joignirent à eux, et les déserts de Port-Royal, devinrent un asile sacré, où des hommes, autrefois distingués à la cour et dans la société, allaient, pieux solitaires, se recueillir loin du monde et de ses vaines agitations, dans la méditation des vérités éternelles.

L'étude occupait surtout leurs loisirs. Ils écri-

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