‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 34 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

trompé sur Timpression que devait produire le livre des Maximes des Saints. En effet , l'opinion publique ne tarda pas à se prononcer contre cet ouvrage avec une véhémence qui dut singulièrement étonner Fénelon.

Ce fut alors seulement que Louis XIV fut instruit pour la première fois de la diversité d'opinions qui existait entre leià évêques les plus recommandables de sa cour 5 car tels étaient ces hommes estimables, qu'au milieu de leurs controverses ils s'étaient attachés depuis trois ans à en dérober le secret à la connaissance du public et à l'inquiétude du souverain. Mais enfin M"* de Maintenon crut ne pouvoir dissimuler plus longtemps réclat fâcheux, que faisait dans le clergé le livre des Maximes des Saints, Bossuet en instruisit lui-même Louis XIV, en lui demandant pardon de ne pas lui avoir révélé plus tôt le fanatisme de son confrère. On conçoit combien une telle déclaration dut augmenter la prévention du roi contre Fénelon , pour lequel nous avons déjà vu qu'il n'avait aucun sentiment de goût et de préférence , surtout en voyant un évêque du rang, de l'âge et de la considération de Bossuet , se croire forcé , par un devoir sacré , de venir dénoncer lui-» même celui de ses confrères qu'il avait le plus affectionné. Louis XIV dut naturellement croire le mal encore plus grand , et Fénelon encore plus coupable qu'il ne l'était en effet.

94 HISTOIRE D£ FÉKELON.

Ce fut au moment de cette effervesceace générale que Fénelon revint à Paris, et il eut lieu de reconnaître qu elle était encore supérieure à l'idée qu'il avait pu s'en former. Ses amis les plus chers paraissaient accablés sous le poids de la prévention générale. CeuiL mêmes qui pensaient comme lui sur d'autres points, ne craignirent pas de lui montrer avec sincérité leur chagrin et leur douleur sur une doctrine qui allait l'exposer aux plus violentes contradictions.

On répandit en même temps avec affectation dans le public des lettres du célèbre abbé de Rancé à Bossuet, sur l'ouvrage de Fénelon. Les expressions peu convenables et peu mesurées dont il se servait dans ces lettres parurent très-déplacées dans la bouche d'un religieux , en parlant d'un prélat aussi recommandable que l'archevêque de Cambrai.

Au milieu des orages qui s'élevaient autour de lui , et qui prenaient chaque jour un caractère plus menaçant, il fut frappé d'un malheur d'un genre bien différent , mais qui aurait pu affecter vivement tout autre que Fénelon. Le feu consuma en quelques heures son palais de Cambrai , tous ses meubles , tous ses livres , tous ses papiers. U en apprit la nouvelle non avec une indifférence affectée, mais avec la douceur et la sérénité habituelle de son âme L'abbé de Langeron, instruit de cet événement, counit à Versailles pour en pré-

Page 1