‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 35 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

venir Fénelon \ il le trouva causaot traoquillemeiit avec ses amis ; il crut qu'il ignorait encore ce malheui*, et il voulut le lui apprendre avec une espèce de ménagement. « Je le savais, mon cher abbé, « répondit Fénelon; il vaut mieux que le feu ait « pris à ma maison qu'à la chaumière d'un pau* « vre laboureur, » et il reprit avec la même égalité la conversation que l'abbé de Langeron avait interrompue; mais ses amis, les amis de la religion, des sciences et des lettres, déplorèrent la perte d'un grand nombre de manuscrits intéressants , qui avaient servi de matériaux à l'éducation de M. le duc de Bourgogne, ou qui avaient été le travail des plus belles années de sa vie.

Bossuet avait publié son Instruction sur les États d'Oraison environ un mois après que le livre de Fénelon eut paru; il l'avait appuyée de l'approbation du cardinal de Noailles et de l'évêque de Chartres, conçue dans les termes les plus magnifiques ; l'ouvrage était en effet digne de la réputation de son illustre auteur II avait coûté dix-huit mois de travail à Bossuet, et on doit bien croire qu'un ouvrage dont Bossuet s'était occupé avec tant de persévérance , devait être , comme il l'était en effet, un modèle d'érudition et de sagacité. Aussi cet ouvrage est resté parmi les théologiens comme la véritable règle à laquelle on doit s'atta- 4'her pour la croyance , et se conformer pour la pratique. Dans son livre, Bossuet parlait des écrits

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de M"* Guyon -, il en citait des passages nombreux ; il en révélait les conséquences absurdes et condamnables. Il ne faisait, à cet égard, que ce qu a* vait fait Tévéque de Chartres quinze mois auparavant. Mais pourquoi Bossuet exigeait-il de Fénelon ce que Tévêque de Chartres n*avait pas même jugé convenable de lui demander ?

Bossuet avait paru d^abord se borner à faire rectifier par Fénelon lui-même ce qu'il pouvait y avoir d'inexact dans le livre des Mcucimes des Saints, C'était dans cette disposition qu'il avait annoncé qu'il donnerait en secret ses remarques à Fénelon comme à son intime ami y mais depuis qu'il se voyait secondé par l'opinion. publique, depuis qu'il se sentait appuyé du cardinal de Noailles, de l'évêque de Chartres et de M""« de Maintenon, il ne dissimulait plus son intention d'arracher à Fénelon une rétractation absolue.

Cependant trois mois s'étaient déjà écoulés , et Bossuet n'avait point encore communiqué à Fénelon ces remarques annoncées et attendues depuis si longtemps. L'archevêque de Cambrai prit alors le parti de soumettre son livre au jugement du pape , par une lettre du 27 avril 1697 ; mais il ne fit cette démarche qu'avec l'autorisation du roi , et après avoir fait mettre sous les yeux de ce prince, par le duc de Beauvilliers , le modèle de la lettre qu'il se proposait d'écrire à Sa Sainteté.

Cette démarche , qui saisissait le saint-siége du

jugement de toute Taffaire , n'avait point ralenti l'activité de Bossuet.

Il semble que Fénelon , ayant porté à Rome la décision de tous les points de cette controverse , avec le consentement et l'approbation du roi, ayant en même temps pris l'engagement formel de se soumetti'e au jugement qui interviendrait , aurait pu se dispenser de répondre à toutes les interpellations de Bossuet.

Mais un désir estimable de conciliation, et la conviction pleine et entière où était Fénelon qu'il lui suffirait d'expliquer à ses collègues ses véritables sentiments pour calmer leurs inquiétudes , lui persuadèrent qu'il parviendrait à ce but en soumettant encore son livre à l'examen des théologiens les plus éclairés. Il communiqua cette disposition à Louis XIY dans une lettre qu'il lui adressa le 11 mai J697.

Dans le moment même où Fénelon écrivait au roi , il se passait à Saint-Cyr une scène qui dut le confirmer de plus en plus dans l'idée qu'on était parvenu à le décréditer entièrement dans l'esprit du roi et de M"* de Maintenon. On renvoya de ce monastère trois des religieuses qu'on soupçonnait être les plus attachées à ses maximes.

Dans le temps même où on renvoyait de Saint- Cyr les religieuses soupçonnées d'être trop prévenues pour la doctrine de Fénelon, le plus cher, le plus respectable de ses amis était exposé à un

violent orage. M"« de Maintenon avait le projet de faire renvoyer M. de Beauvilliers. Diaprés les avis de M. Tronson, que M. de Beauvilliers avait consulté, il écrivit à M"« de Maintenon une lettre dans laquelle il déclarait condamner les erreurs (|ue les évéques avaient condamnées dans les livres de M"*« Guyon. Il parait que cette démarche suffit dans le moment pour apaiser l'orage qui le menaçait.

Bossuet différait toujours de communiquer ses remarquer à Fénelon , qui ne demandait pas mieux que de s*y conformer, si elles paraissaient fondées; mats Bossuet voulait le forcer à une véritable rétractation.

Pour y parvenir, il avait proposé au cardinal de Noailles et à l'évéque de Chartres de s'assembler tous les trois pour examiner le livre de Fénelon, en extraire les propositions dignes de censure , et attacher à chacune des propositions les qualifications dont elle était susceptible. Ce ne fut que lorsque cet examen et cette espèce de jugement eut été arrêté et conclu entre les trois prélats, dans leurs assemblées particulières , qu'on invita Fénelon à s'y réunir en leur donnant le nom de fimples conféreneet.

Sa position devenait chaque jour plus difficile. En refusant de se rendre à l'invitation de ses collègues, il achevait de se perdre dans l'esprit du roi et de M"* de Maintenon. D'un autre côté,

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