PREMIÈRE PARTIE
il ne pouvait reconnaître pour juges d'un livre qu*il avait déjà soumis au jugement du pape , leur supérieur commun, des collègues à qui ni les lois (canoniques et civiles , ni la discipline ecclésiastique établie en France ne donnaient aucune juridiction sur lui.
Après divers pourparlers et une correspondance assez longue entre Fénelon et les trois prélats , il finit par consentir à conférer avec Bossuet , par déférence pour le cardinal de Noailles et Tévêque de Chartres , mais aux conditions suivantes :
« 1" Qu'il y aurait des éveques et des théolo- « giens présents ^
« 2» Qu'on parlerait tour à tour et qu'on écri- « rait sur-le-champ les demandes et les réponses;
« 3" Que Bossuet ne se servirait point du pré- « texte de ces conférences sur des points de docc( trine pour se rendre examinateur du texte du « livre des Maximes , et que cet examen demeu- . « rerait, suivant le premier projet , entre l'arche- « vêque de Paris , M. Tronson et M. Pirot. »
Dès que Fénelon eut proposé ces conditions, on lui répondit qu'elles rendaient , selon les vues de M. de Meaux, les conférences inutiles, et tout fut irrévocablement rompu
Fénelon prit alors le parti d'écrire au roi pour lui demander la permission d'aller lui-même à Rome , pour défendre son livre , promettant de n'y voir personne que le pape et ceux que Sa Sainteté
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jugerait à propos de nommer pour l'examiner, et d'en revenir dès le moment où le pape aurait prononcé, soumis à son jugement, justifié ou détrompé , et toujours catholique.
Le jeudi , 1" août suivant, Louis XIV écrivait à Fénelon « qu'il ne jugeait point à propos de lui « permettre d'aller à Rome^ qu'il lui enjoignait, a au contraire, de se rendre dans son diocèse , et « lui défendait d'en sortir 5 qu'il pouvait envoyer « à Rome ses défenses pour la justification de son « livre. » Le même ordre lui prescrivait de ne s'arrêter à Paris, en se rendant à Cambrai, que le temps nécessaire pour expédier les afiaires qu'il pouvait y avoir.
Au moment où Fénelon reçut les ordres du roi , il se hâta d'écrire à M""* de Maintenon cette lettre dont l'original , en entier de la main de Fénelon , existe encore.
« A Versailles , ce i«' août.
« Je partirai d'ici. Madame, demain vendredi « pour obéir au roi. Je ne passerais point à Paris <* si je n'étais dans l'embarras de trouver quelqu'un « propre pour aller à Rome , et qui veuille bien « faire ce voyage. Je retourne à Cambrai avec un « coeur plein de soumission, de zèle, de recon- « naissance et d'attachement sans bornes pour le <x roi. Ma plus grande douleur est de l'avoir fati* « gué et de lui déplaire. Je ne cesserai aucun jour
PREMIÈRE jP'ARTIE. .-. "Ifit '
a de ma vie de prier Dieu îpfillê' comble de ses « grâces. Je consens à être écrasé de plus en plus. « L'unique chose que je demande à Sa Majesté, « c'est que le diocèse de Cambrai, qui est inno- « cent, ne souffre pas des fautes qu'on m'impute. (( Je ne demande de protection que pour l'Église, a et je borne même cette protection à n'être point ii troublé dans le peu de bonnes œuvres que ma « situation présente me permet de faire pour remet plir les devoirs de pasteur.
« Je serai toute ma vie aussi pénétré de vos
« anciennes bontés que si je ne lés avais point « perdues, et mon attachement respectueux pour <( vous , Madame , ne diminuera jamais, d
Cette lettre , dont chaque ligne respire un sentiment si doux et si tendre de calme , de courage et de résignation, laissa pendant longtemps une impression profonde de tristesse dans l'âme de M""*" de Maintenon , au point que sa santé même en fut affectée.
Dès le 27 juillet, six jours avant l'exil de Fénelon , Louis XIV avait écrit de sa propre main, au pape Innocent XII , une lettre rédigée par Bossuet. Le roi dénonçait au pape le livre de Varchevèque de Cambrai comme très - mauvais et très-dangereux, comme déjà réprouvé par des éveques et un grand nombre de docteurs et de savants religieux; il ajoutait que les explications offertes par l'archevêque de Cambrai n'étaient pas
ICB - - : .-.-;• HISTÇJRE DE FÉNELON.
' soùtenabios; cl finissait par assurer le pape qu'il emploierait toute son autorité pour faire exécuter la décision du saint-siége.
Le 6 août 1697, les trois prélats (le cardinal de Noailles, Bossuet et l'évêque de Chartres) signèrent une déclaration de leurs sentiments sur le livre des Maximes des Saints, et la remirent , le lendemain? août, avec Tautorisation du roi, entre les mains de M. Delfini , nonce du pape.
Cette déclaration, qui avait été extrêmement adoucie par le cardinal de Noailles et Tévêque de Chartres, s'exprimait en général avec toutes les formes de la décence et de la modération.
Fénelon ne s'était aiTêté que vingt^^iuatre heures à Paris , comme il Tavait annoncé à M™* de Maintenon. Au moment d^en partir pour Cambrai , il jeta un regard d'intérêt et d^attendrissement sur Saint-Sulpice, qu'il ne devait plus revoir, et où il avait passé les années les plus heureuses et les plus paisibles de sa jeunesse. Un sentiment délicat lui défendit de s'y montrer : il craignit d'entraîner dans sa disgrâce le supérieur de cette utile et respectable société. Il lui écrivit le jour de son départ pour lui faire part des motifs qui l'empêchaient d'aller Tembrasser -, il se plaint de l'acharnement de ses adversaires, qui ne se contentent pas d'attaquer son livre, mais qui n'oublient rien pour noircir sa personne. Il lui parle de son projet d'écrire à Rome pour sa justification, et tei*mine