PREMIÈRE PARTIE
en rengageant à prier Dieu à son intention , et à conserver son amitié pour un homme qui sera toujours plein de tendresse, de confiance et de vénération pour lui.
Aussitôt que le duc de Bourgogne fut instruit de l'exil de son précepteur, il courut se jeter aux pieds du roi son grand -père, et dans la tendre émotion d'un cœur jeune, sensible et vertueux, il offrit pour garant de la doctrine du maître, la pureté des maximes que le disciple avait puisées à son école. Louis XIV, touché de ce dévouement naïf et généreux , lui répondit : « Mon fils , je ne « suis pas maître de faire de ceci une affaire de ft faveur; il s'agit de la pureté de la foi, et M. de « Meaux en sait plus sur cette partie que vous et a moi. » Cependant , malgré toute la prévention qu'on était parvenu à lui inspirer, il accorda au duc de Bourgogne que Fénelon conservât le titre de précepteur des princes ses fils.
Tous les amis de Fénelon lui restèrent attachés dans sa disgrâce , et on vit alors à Versailles Un spectacle dont les cours sont rarement témoins, la vertu proscrite et malheureuse défendue jusqu'au pied du trône par l'amitié fidèle et courageuse.
Mais, dans cette circonstance, personne ne montra autant de désintéressement et de dévouement que M. de Beauvilliers. Nulle considération de crainte ou de faveur ne put lui arracher le désaveu des nobles sentiments qui l'unissaient à son
ami. En vain Fénelon lui-même s'opposa à cet excès de générosité et de délicatesse, en lui représentant qu'il était bien plus fort lorsqu'il n'avait à combattre que ses adversaires, mais que tout son courage expirait à la pensée et à la crainte d'associer à ses malheurs le plus vertueux de ses amis. M. de Beauvilliers n'en persista pas moins dans sa conduite si extraordinaire aux yeux des courtisans, qui ne pouvaient comprendre comment on s'exposait à compromettre son rang, ses honneurs et sa fortune , pour se montrer fidèle à un ami disgracié.
Louis XIV avait refusé à Fénelon la permission d'aller à Rome, et Fénelon fut réduit à la nécessité et à l'embarras de trouver un défenseur qui pût le suppléer dans l'instruction d'une cause que les circonstances rendaient aussi difficile que délicate. Fénelon eut le bonheur de rencontrer toutes les qualités nécessaires pour cette mission dans un parent, dans un ami, pénétré pour lui de la plus tendre vénération et d'un dévouement à toute épreuve. Cet ami, ce parent était l'abbé de Chantérac, homme sage, pacifique, instruit et vei^ tueux, selon le témoignage même d'un partisan zélé de Bossuet(l).
La correspondance de l'abbé de Chantérac avec Fénelon présente un véritable modèle de la sage modération que l'on doit toujours observer dans les controverses ecclésiastiques.
(0 L'abbé Pirot.» Manuscrits.