PREMIÈRE PARTIE
Bossuet avait aussi ses correspondants à Rome. C'étaient son neveu l'abbé Bossuet, et Tabbé Pheiippeàux, habile théologien, dune capacité estimée. Malheureusement ces deux ecclésiastiques, bien dififérents de Tabbé de Chantérac , contribuèrent , par leur emportement et leurs relations virulentes, à aigrir Bossuet contre Fénelon.
Le cardinal de Bouillon , alors ambassadeur de France à Rome, tint dans toute cette affaire une conduite impartiale et juste. Il eût été même porté à favoriser Fénelon , n'attachant pas la même importance que Bossuet à l'affaire du quiétisme; mais, chargé des ordres du roi , il n'aurait pu le faire sans trahir la fidélité qu'il devait au prince qui lui avait donné sa confiance.
Dans une lettre que Fénelon avait écrite à M. de Beauvilliers, et que celui-ci avait fait imprimer, il annonçait, de la manière la plus formelle , « que, si le pape condamnait son livre , il serait le pre- « mier à le condamner, et à faire un mandement « pour en défendre la lecture dans le diocèse de a Cambrai... ; qu'il demanderait seulement au « pape qu'il eût la bonté de lui marquer précisé- « ment les endroits qu'il aurait condamnés et les « sens sur lesquels porterait sa condamnation , « afin que sa souscription fût sans réserve. « Bossuet crut voir dans ces dernières expressions de Fénelon « l'intention d'éluder une condamnation «générale, et de préparer des défaites à son
« obéissance. Il l'accusait de vouloir faille renaître « les raffinements qui avaient fatigué les siècles « passés, et qui fatiguaient encore le siècle où ils « écrivaient. » Ce sont les termes qu'il emploie dans un écrit qui avait pour but de réfuter la lettre de Fénelon, et qui portait le titre de Lettrée d'un docteur.
Ce fut là le premier acte d'hostilité par lequel Bossuet se déclarait ouvertement la partie de Fénelon, et engageait ce combat interminable d'écrits qui se succédèrent avec la plus étonnante rapidité pendant plus de quinze mois. Fénelon se hâta de faire retomber une accusation à laquelle il était si loin de s'attendre, parce que la pensée en était loin de son cœur.
Nous ne suivrons pas Jes deux adversaires dans cette longue polémique qui , si elle ajoutait à l'opinion que l'on avait déjà des talents, du génie et de la fécondité de ces deux grands évêques, affligea sincèrement les amis de la religion et de l'Église. Nous ne parlerons de quelques-uns de ces écrits qu'autant qu'il sera nécessaire de le faire pour l'intérêt et pour l'intelligence du récit.
A peine Fénelon fut arrivé à Cambrai , qu'il publia une instruction pastorale , pour expliquer ses véritables sentiments sur le fond de sa doctrine. Il profita de cette circonstance pour ne laisser subsister aucun prétexte au reproche qu'on lui avait fait sur le silence qu'il avait gardé dans son