‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 5 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

valent non-seulement sur les objets les plus sublimes de la religion, de la morale et de la philosophie , mais même sur les simples éléments des langues pour Finstruction de la jeunesse.

La vie simple des solitaires de Port-Royal ajoutait un nouveau lustre à la gloire que leur avaient méritée leurs ouvrages, premiers modèles de l'art d'écrire la langue française avec précision, goût et pureté. Aussi la glorieuse prérogative d'avoir fixé la langue française appartient-elle exclusivement à récole de Port-Royal. Les noms des deux Arnauld , des deux Lemaître , de Pascal , de Lancelot, de Nicole, de Racine, sont placés à la tête des grands écrivains qui ont illustré le siècle de 'Louis XiV.

Quel bonheur pour la religion, l'Église, les sciences et les lettres, si l'école de Port-Royal , satisfaite de la gloire d'avoir ouvert le beau siècle de Louis XIV, ne se fût pas livrée à l'esprit de secte et à la déplorable ambition de se distinguer par une rigidité d'opinions et de maximes, qui apporta plus de troubles que d'édification dans l'Église !

Parmi les hommes éclairés et vertueux qui s'affligeaient de cette rivalité, et qui prévoyaient les malheurs qu'elle entraînerait dans la suite, on peut citer la congrégation de Saint-Sulpice , qui , d'ailleurs , par la nature même et par l'objet de son institution^ difierant entièrement des deux sociétés opposées, ne prit aucune part à leurs di^utes.

Saint-Sulpice n'était point voué à combattre : il s'était borné à édifier et à être utile , etil s'est constamment renfermé dans le cercle des fonctions nécessaires au succès de sa vocation.

Dieu bénit les intentions qui avaient dirigé le marquis de Fénelon, en plaçant son neveu au séminaire de Saint-Sulpice. M. Tronson prit de jour en jour un ascendant remarquable sur cette âme douce et vertueuse, et lui insinua les principes et les sentiments de cette charité affectueuse et pure, de cet amour de Dieu pour lui-même , dont son j eune élève étendit peut-^tre ensuite les maximes au delà des bornes prescrites à la faiblesse humaine.

Le jeune Fénelon était d'une santé faible, mais son âme ardente conçut un projet au-dessus de ses forces et qui alarma sa famille, et surtout son oncle , l'évêque de Sarlat. Il voulait se consacrer aux missions du Canada, où la congrégation de Saint-Sulpice avait un établissement destiné à la conversion des sauvages et à procurer les secours de la religion aux habitants de la colonie.

L'évêque de Sarlat , auquel l'abbé de Fénelon avait demandé son agrément, fut effrayé d'utie détermination absolument incompatible avec la santé si délicate de son neveu. Il lui refusa son consentement , et lui ordonna de retourner au séminaire de Saint-Sulpice , pour se rendre plus digne , par l'étude et la retraite , d'exercer le saint ministère auquel il était appelé.

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