PREMIÈRE PARTIE. tU
Le 2 juin 1698, le roi ôta le titre de soufr-précepteur à Tabbé de Beaumont et à l'abbé de Lanrgeron. Le premier était propre neveu de Fénelon; le second, son ami le plus tendre et le plus fidèle. MM. Dupuy et de Leschelle , faisant les fonctions de sous - gouverneurs , eurent ordre, le même jour, de quitter la cour, et perdirent leurs places, sous prétexte de leur goût pour les maximes de spiritualité de l'archevêque de Cambrai; mais le véritable motif était leur tendre et inviolable fidélité pour lui. Les uns et les autres furent renvoyés après neuf ans de fonctions , sans recevoir la plus faible récompense de leurs vertus. On punit aussi sévèrement les hommes estimables qui avaient changé en vertus les vices du duc de Bourgogne , que s'ils lui eussent donné des vices et étouffé ses vertus.
Mais ce coup d'autorité ne fit pointa Rome tout l'effet que les adversaires de Fénelon en avaient attendu. On y fut scandalisé de cet abus du crédit et de la faveur, dans un moment où la cause était encore soumise au tribunal du juge supérieur, où les examinateurs étaient partagés de sentiments sur le livre dénoncé, où rien ne pouvait encore faire préjuger légalement si la doctrine de Tarchevêque de Cambrai serait approuvée ou condamnée. Dans une audience particulière que le pape accorda à Tabbé de Chantérac, ce bon ^t vertueux pontife ne put s'empêcher de lui en
témoigner son étonnement et sa douleur ; et plusieurs fois, dans la conversation, ces mots échappèrent de sa bouche: Expulerunt nepotem, expulerunt consanguineos , expulerunt amicoë ! Ils ont chassé son neveu, ses parents, ses amis.
Les examinateurs favorables à Fénelon, bien loin de se laisser intimider, élevèrent encore plus hautement la voix pour vanter sa piété et la pureté de sa doctrine. Rien ne prouve mieux peutêtre avec quelle impartialité Tinstruction de ce grand procès fut suivie à Rome, et avec quelle équité on prononça le jugement,
Bossuet, inquiet de voir l'opinion publique flottante et indécise, surtout depuis le partage des examinateurs de Rome -, excité par son neveu, qui lui mandait sans cesse que tout était perdu si on n'achevait de perdre Fénelon , se détermina enfin à changer la nature de cette controverse en y introduisant une discussion de faits personnels, qui pouvaient donner à Fénelon un tort réel ou apparent dans les procédés.
Ce fut ainsi que Bossuet se vit entraîné par l'emportement de son neveu dans un plan d'attaque qui avait paru d'abord répugner à la noblessé de sa grande âme*, et il publia sa Relation sur le quie'tisme.
Elle se composait presque entièrement des extraits d'un mémoire que Fénelon avait adressé à