‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 41 sur 75 · PREMIÈRE PARUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARUE

M"' de Maîntenon, dans répanchement de la confiance et de Tamitié^et des fragments de quelques manuscrits que M""'Guyon* avait livrés à la discrétion de Bossuet, dans le temps où elle avait réclamé ses avis et ses instructions.

Bossuet avait mis tant d'art dans Texposé des faits , il avait trouvé le moyen de répandre tant de charme et d'intérêt dans un sujet si grave , il avait fait ressortir avec tant de finesse et sous une forme si piquante les singularités, les visions et les prétextes de M"** Guyon, il y paraissait enfin déplorer avec tant d'onction téhlouùêement de l'archevêque de Cambrai , que rien ne peut être comparé au succès qu'obtint cet ouvrage aussitôt qu'il fut devenu public. Il fut accueilli surtout avec enthousiasme à la cour.

Cet ouvrage de Bossuet arriva à Rome peu de temps après la nouvelle de la disgrâce des parents et des amis de Fénelon. Ses ennemis triomphaient; ses amis et ses défenseurs, déjà étourdis de tous les coups dont on cherchait à l'accabler, furent tout à fait consternés. Cette relation paraissait dire tant de choses , elle paraissait en supprimer tant d'autres, par égard et par ménagement; Louis XIV et M"** de Maintenon donnaient, par leurs discours et leur approbation , un tel caractère d'authenticité à toutes les accusations , qu'on ne savait plus que croire et que penser. L'opinion publique, naguère favorable à Fénelon, semblait

aujourd'hui se tourner contre lui , ou du moins flotter incertaine.

Au milieu de cette violente tempête, Fénelon était calme et tranquille. C'est dans les lettres qu'il écrivit alors à l'abbé de Chantérac qu'on admire cette douce sérénité de la paix et de l'innocence^ c'est même avec un esprit de gaieté qu'il relève le courage abattu de son parent.

Fénelon était même décidé à ne point répondre à la relation de Bossuet. Les causes de cette détermination qui le faisait consentir à laisser son honneur, sa réputation et la dignité de son caractère exposés aux plus honteux soupçons, sont peut-être un des plus beaux traits de la vie de Fénelon. C'était encore à l'héroïsme de l'amitié qu'il consentait à sacrifier ce qui lui était plus cher que sa vie , son honneur. En effet, les deux seuls amis qui lui restaient à la cour, les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, étaient alors menacés de nouveau de perdre leurs places et d'essuyer une honteuse disgrâce. Fénelon craignait avec raison que ses réponses, qui devaient nécessairement blesser Bossuet et le cardinal de Noailles, n'achevassent la ruine de ses amis, en leur retirant le seul appui qui pût encore les soutenir.

Tous ces ménagements firent craindre à l'abbé de Chantérac que Fénelon ne consentît à sacrifier trop facilement son nom , sa gloire et l'honneur de son ministère à une excessive délicatesse en ami-

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